Thierry Coppée ("Les Blagues de Toto") : « Toute adaptation demande des concessions. Si vous n’êtes pas prêt à en faire, mieux vaut laisser tomber ! »

22 juillet 2020 2 commentaires
  • Le 5 août sort en salle l’adaptation cinématographique des "Blagues de Toto" (Ed. Delcourt) (cinq millions d’albums vendus). Mais la BD du film est déjà dans les bacs des libraires. Belle occasion pour demander à son auteur, Thierry Coppée, comment s’est déroulée cette aventure, surtout qu’une seconde saison de dessin animé est déjà annoncée pour septembre sur M6 !
Thierry Coppée ("Les Blagues de Toto") : « Toute adaptation demande des concessions. Si vous n'êtes pas prêt à en faire, mieux vaut laisser tomber ! »
L’adaptation du film en BD (56 pages) est déjà dans les bacs !

Comment a débuté cette aventure du film des Blagues de Toto : étiez-vous demandeur ou plutôt récalcitrant à l’idée qu’on adapte votre univers ?

Je n’étais pas particulièrement demandeur , mais pas peut-être pas récalcitrant non plus. Plutôt un petit peu dubitatif je l’avoue… et surtout curieux ! Pourquoi pas ne pas tenter l’aventure ? Toto m’avait déjà ouvert plein de nouvelles expériences, pourquoi se priver d’un nouveau développement ?

Cela a débuté il y a quand ans environ, quand Delcourt m’a annoncé l’intérêt que Superprod portait sur Toto. Puisque je connaissais Clément Calvet (l’un des producteurs de Superprod) depuis dix ans , alors qu’il travaillait chez Alphanim et qu’il avait produit à l’époque la première saison du dessin animé des Blagues de Toto, j’étais en confiance : nous nous respectons mutuellement, nous connaissons chacun le travail de l’autre, on pouvait donc se lancer dans l’aventure sereinement.

Pas mal d’adaptations de BD naissent, mais les films ne voient pas toujours le jour. Quel a été votre sentiment lorsque vous vous êtes rendu compte que le financement allait être bouclé ?

Quand j’ai appris qu’ils avaient obtenu les budgets, je me suis dit : « Cool, l’histoire continue ». Mais j’étais surtout content pour Clément, Lilian, Jérémie, bref l’équipe qui était à la base du projet : je me suis dit que leurs efforts étaient récompensés.

Qu’est-ce que cette adaptation au grand écran représentait pour vous ?

Une expérience de plus, un moyen supplémentaire d’apprendre et pouvoir partager cette découverte à mes proches.

Avez-vous eu votre mot à dire sur cette adaptation ?

Bien sûr, j’ai pu dire ce que je voulais, donner mon avis, soumettre des noms, des idées.. Bref participer à l’élaboration du film ! Mais bon, après, ce n’est pas pour ça qu’on est entendu. Il ne faut pas se leurrer : je cède les droits et je ne mets pas d’argent sur la table, le poids de la parole est donc différent en fonction de l’investissement. Tout cela est normal. Puis, j’avais confiance dans la production : ils respectaient mon travail d’auteur de bande dessinée, on s’appréciait, ils allaient tout faire pour ne pas nuire à mon univers, j’en étais conscient.

Sur le tournage : Thierry Coppée avec le réalisateur Pascal Bourdiaux

Le fait que Pascal Bourdiaux avait déjà adapté des héros de bande dessinée au grand écran (Boule et Bill 2) vous a-t-il convaincu de la qualité du projet ?

Je n’avais pas à l’être, ce sont la production et le diffuseur qui devaient être convaincus. Je n’avais aucun poids dans la prise de décision. Mais personnellement, je ne regrette pas du tout ce choix : Pascal est une personne vraiment très riche humainement parlant. Il fait partie des belles rencontres de l’aventure. Son côté humain transparaît bien dans le film. Il n’a pas fait juste une aventure ou une comédie, il propose une vision touchante.

Avez-vous été consulté lorsque la mouture finale du scénario a été écrite ?

Oui, j’ai été convié à toutes les étapes de l’écriture, j’ai rencontré les auteurs, donné des pistes, et aiguillé parfois certains choix. Par exemple, dans les versions précédentes, les parents de Toto n’étaient pas divorcés. Or, dans ma bande dessinée, ils le sont, ce qui confère un aspect plus contemporain à l’univers (par rapport à Boule et Bill que par ailleurs j’apprécie beaucoup). J’ai dû argumenter pour que la situation des parents soit identique à celle de mes albums, J’ai été très heureux d’avoir été entendu sur ce point, c’était respectueux de mon travail.

Le film sort en salles le 5 août 2020.

Au regard d’autres adaptations récentes de héros jeunesse au grand écran (Ducobu, Le Petit Spirou, Boule et Bill, etc.), y avait-il des éléments que vous aviez particulièrement craint dans le traitement qui allait être fait de votre univers ?

Difficile de répondre car je n’ai pas vraiment regardé les autres adaptations, sauf celle du Ducobu. Je voulais surtout qu’on ne prenne pas les spectateurs pour des imbéciles, qu’on fasse un film honnête, sincère, sans une volonté affichée de faire des sous. En utilisant le nom des Blagues de Toto, il y avait un risque de faire de l’argent facile. C’est d’ailleurs une réflexion que j’ai entendue lors de la parution de mon premier tome des Blagues de Toto, or je ne me suis jamais inscrit dans cette logique. J’espérais donc que la production s’inscrive dans cette continuité.

On retrouve dans le film certains gags de la série ; était-ce une demande de votre part, afin que les fans de la série puissent s’y raccrocher ?

Dans les premières versions du scénario, je trouvais que ça manquait de punchlines : Toto est avant tout un gamin qui sort des réflexions qui déconcertent l’adulte. Les blagues sont de l’ordre de l’oral, elles se racontent dans les cours de récré, à la maison… Donc Toto doit parler, dire des choses drôles !

Dans un premier temps, Toto était vu comme un gaffeur, un gars qui fait des bêtises, ce qui ne correspond pas vraiment au personnage de la bande dessinée . Les auteurs ont donc été relire mes albums pour répondre à cette réflexion. Je pensais qu’on aurait sans doute pu encore aller plus loin à ce niveau-là, mais la direction finale fut la bonne !

Thierry Coppée sur le tournage du film des "Blagues de Toto"
Photo : © Thierry Joor.

En parallèle du film, il a été décidé de réaliser une bande dessinée qui reprend l’intégralité du scénario. Comment avez-vous accueilli ce principe ?

L’idée vient de Guy [Delcourt] car il avait déjà réalisé ce genre d’album avec Dany Boon . Il était hors de question que je le réalise, entre autres pour des questions de délai. J’ai donc proposé des noms d’auteurs que j’apprécie beaucoup et qui allaient assurer sur le projet. Et globalement, j’ai servi de lien entre les membres de l’équipe

Pourquoi avez-vous décidé de confier ceci à Lapuss’ et Ztnarf ?

J’ai moi-même proposé ces noms car j’ai déjà travaillé avec chacun d’entre eux sur Les Blagues de Toto, que ce soit sur des gags pour Lapuss’, ou sur des livres jeux pour Ztnarf.

Thierry Coppée et Lapuss’ en pleine dédicace

Quelle a été votre implication dans la bande dessinée : avez-vous aidé Ztnarf à prendre votre univers en main ?

Oui, j’ai essayé. J’ai adoré encrer certains de ses persos revisités afin de coller au mieux à la série-mère. Ztnarf a un sens du mouvement, du cadrage qui est très dynamique. J’ai donc fait des corrections sur les persos principaux, plus par honnêteté vis-à vis du lecteur, par peur de le « déstabiliser », mais aussi pour me rassurer très certainement. Mais Ztnarf a fait un super travail, dans des délais de fou ! Respect !

Un œil exercé voit directement la différence entre cette adaptation du film et la série elle-même : dans son rythme, le nombre de cases par planches, le nombre de pages dans l’album, les détails des arrière-plans, etc. On imagine que ce sont des éléments qui étaient inhérents à cette transposition et qu’il vous fallait accepter ?

En effet, ce n’est jamais facile pour un dessinateur de dessiner « à la manière de… », de se placer dans mes pantoufles. Que cela soit différent par rapport à la série n’est pas dérangeant. Par son format, sa pagination et son contenu, l’album se distingue de mon travail.

Une page de l’adaptation respectueuse de Lapuss’ et Ztnarf...

Quelle technique avez-vous adopté pour que l’album soit prêt pour la sortie du film ?

J’ai tout simplement fourni le scénario final du film à Lapuss’ qui a réalisé le découpage à partir de là. Puis j’ai aussi envoyé quelques visuels à Ztnarf pour l’aider dans les décors .

Nous avons vus que le film soulignait le fait que les parents de Toto soient divorcés (deux maisons, deux chambres, etc.), et que cela ne l’attriste pas. Ces éléments sont moins présents dans l’adaptation en bande dessinée. Était-ce votre choix ?

Non, la contrainte principale de l’adaptation en bande dessinée restait la pagination. Lapuss’ a donc dû faire preuve de savoir-faire et faire appel à son génie pour rendre l’ensemble lisible et respectueux du film.

... et avec les couleurs de Lorien.

Une seconde saison des Blagues de Toto en dessins animés sera diffusée dès le mois de septembre sur M6. La grande nouveauté sera son traitement en 3D ! Cela n’a pas éloigné un peu le graphisme des personnages de votre dessin originel ?

Oui, j’avais quelques appréhensions au début, mais il fallait aussi inscrire Toto dans le 21e siècle. De plus, je travaillais avec une équipe connue et en qui j’avais confiance, à savoir l’équipe de Superprod, Toute adaptation demande des concessions, des compromis, c’est normal, Si vous n’êtes pas prêt à en faire, mieux vaut laisser tomber, vous risquez de vous choper une jaunisse ou une crise de psoriasis. Mais Superprod et moi étions d’accord sur les bases graphiques, les modèles de dessin animé 3D et nous savions l’un et l’autre ce que nous ne voulions pas voir à l’écran, ça aide !

Outre la 3D, quels en seront ses grands points forts de cette seconde saison ?

Le dynamisme, l’ambiance, un univers très chaleureux, et un rythme correspondant plus à notre époque ! Je trouve le visuel très chouette, et à nouveau, ce fut pour moi l’occasion de rencontrer des gens charmants où l’ego de chacun est mis au placard, car ce qui compte est de proposer un travail honnête et sérieux.

Dès le mois de septembre prochain, M6 va diffuser les 52 épisodes de treize minutes de la seconde saison des "Blagues de Toto" en dessin animé

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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L’adaptation du film en bande dessinée : Les Blagues de Toto - Drôle d’aventure par Lapuss’, Ztnarf & Lorien d’après Thierry Coppée - Delcourt. En librarie depuis le 15 juillet.

Le film des Blagues de Toto - en salle le 5 août 2020.

Concernant la série des Blagues de Toto, lire également :
- une précédente interview de Thierry Coppée : « J’éprouve beaucoup de plaisir à détailler mes arrière-plans » (février 2011)
- « Les blagues de Toto » adaptées en dessin animé.
- la chronique du tome 3 des Blagues de Toto
- une interview filmée de Thierry Coppée sur le site de notre partenaire France Télévision

Tous les visuels de la bande dessinée sont : © Editions Delcourt, 2020 – Lapuss’, Coppée, Ztnarf
Petite photo en médaillon : © Thierry Joor.
Toutes les autres photos sont DR.

 
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