Grand Prix d’Angoulême : le collectif AAA joue l’apaisement et pense à la suite

9 juin 2021 18 commentaires

GRAND PRIX. L’attribution du Grand Prix d’Angoulême a cristallisé les tensions ces derniers jours entre un collectif d’auteurs et l’organisation du festival. Profitant de l’élection du Grand Prix 2021, les Autrices Auteurs en Action ont appelé à voter pour Bruno Racine, artisan d’un rapport mettant en lumière la condition des auteurs de bande dessinée et listant des propositions pour l’améliorer. S’en est suivi un échange entre les AAA et le FIBD, qui pouvait faire craindre une impasse. Mais une sortie de crise semble voir le jour.

Ouvert le 27 mai dernier, le premier tour de vote pour choisir le Grand Prix d’Angoulême 2021 a été l’occasion pour le collectif AAA de se manifester de nouveau. Après deux manifestions lors de l’édition 2020 du Festival international de la bande dessinée, l’appel au boycott en 2021 pour un festival finalement annulé, et la publication d’une Charte de bonnes pratiques en festival, les AAA souhaitaient utiliser l’événement comme une « caisse de résonance » pour leurs revendications.

Grand Prix d'Angoulême : le collectif AAA joue l'apaisement et pense à la suite
Bruno Racine emprisonné : dessin du collectif AAA

Celles-ci ont été précisées sur notre site même dans un entretien accordé par Marie Bardiaux Vaïente et Cédric Mayen, membres de la commission de coordination du collectif : travailler à une amélioration de la représentation, de la rémunération, des conditions sociales et du statut juridique des artistes-auteurs de bande dessinée. Pour cela, les AAA demandent l’ouverture d’un grand chantier, en concertation avec tous les acteurs de la « filière bande dessinée » - auteurs, éditeurs, institutions publiques nationales et locales, organismes représentatifs et professionnels - et fondé sur le Rapport rendu par Bruno Racine en janvier 2020.

Se posant d’abord comme une force d’interpellation, le collectif a voulu s’exprimer en choisissant l’un des événements les plus médiatiques concernant la bande dessinée : le Festival d’Angoulême. Afin de créer un électrochoc, ou au moins une piqûre de rappel, il a donc appelé les auteurs à voter pour Bruno Racine pour le Grand Prix 2021. Mais, comme annoncé par Franck Bondoux, qui dirige l’organisation de l’événement, les voix qui se sont portées sur Bruno Racine n’ont pas été comptabilisées - on ne sait d’ailleurs pas si elles ont été comptées. Trois noms sont finalement ressortis : Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware.

© 9E ART+

Les AAA ont rapidement réagi en appelant à davantage de transparence de la part du FIBD. La publication du règlement du vote et le décompte des voix apporteraient selon eux une clarification et une légitimation plus grande de cette élection. Ils ont également réaffirmé qu’ils ne visaient pas le FIBD, mais voulaient provoquer un écho médiatique susceptible de replacer la situation des auteurs dans le calendrier politique.

La réponse du FIBD a elle aussi été rapide. Envoyée directement au collectif, elle est signée par Franck Bondoux et accompagnée du règlement complet du vote. Elle souligne le fait que le FIBD est « sensible » à la situation des artistes-auteurs de bande dessinée. Elle réitère également l’affirmation, déjà avancée au moment du premier tour, que seules les voix pour une autrice ou un auteur de bande dessinée peuvent être comptées. Elle signale que le vote Bruno Racine a d’ailleurs été minoritaire et que l’ensemble de la procédure a été réalisé sous contrôle d’huissier. Elle appelle enfin au dialogue, posant le FIBD comme un espace d’échange pour tous les acteurs concernés.

Cette demande d’ouverture et de communication a été entendue par les AAA, comme en témoigne leur lettre adressée au FIBD et à la presse. Elle montre à la fois une volonté d’apaisement et une fermeté sur les objectifs. Le collectif rappelle que leur action visait avant tout à interpeler les pouvoirs publics et non à mettre en cause le FIBD. Il regrette cependant que l’organisation du festival ait purement et simplement annulé le « vote Racine » et n’aille pas plus loin dans son soutien aux auteurs, par exemple en décernant un « Fauve honoraire » à Bruno Racine afin de saluer son action en faveur de la bande dessinée.

Les AAA suggèrent que le FIBD pourrait être le cadre de tables rondes entre les syndicats d’auteurs et le SNE - Syndicat national de l’édition. Ils engagent aussi le FIBD à s’approcher au plus près des critères de leur « chAAArte », comme le font déjà d’autres festivals, notamment sur « la rémunération de la présence des auteurs et autrices invitées par les éditeurs adhérents au SNE, et ceci non par une hausse du prix du billet d’entrée, mais par un financement tripartite festival, SNE, CNL ou SOFIA par exemple ».

Le collectif souligne en conclusion qu’il a conscience que le FIBD doit négocier avec l’ensemble de ses partenaires, prestataires et clients. Il craint d’ailleurs un blocage de la part du SNE. Nommé plusieurs fois et destinataire de la lettre des AAA, celui-ci sera probablement amené à s’exprimer dans les prochains mois. En dialoguant avec le FIBD tout en pointant le SNE, dont les plus importants adhérents sont non seulement éditeurs mais aussi diffuseurs voire distributeurs, le collectif clarifie encore ses objectifs : rééquilibrer les rapports entre les acteurs de la « chaîne du livre » afin de garantir une rémunération décente aux auteurs, en s’appuyant au besoin sur une intervention des pouvoirs publics.

FH

Consulter le site du Collectif Autrices Auteurs en Action & lire la réponse du FIBD aux demandes initiales du collectif.

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18 Messages :
  • « Elle signale que le vote Bruno Racine a d’ailleurs été minoritaire »

    Il y a évidemment une malhonnêteté dans ce propos. Pour tous ceux qui, comme moi, ont voté Bruno Racine en inscrivant trois fois son nom, le FIBD ne compte qu’un seul vote. C’est facile de dire que le vote est minoritaire quand on divise le suffrage par 3. Ils peuvent d’ailleurs dire n’importe quoi puisqu’ils ne justifient rien et ne donnent aucun chiffre, une bonne grosse magouille quoi.

    Il va sans dire que je boycotte le second tour de ce scrutin truqué (dont de toutes façons le "vainqueur" sera de fait illégitime)

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    • Répondu le 10 juin à  11:29 :

      Laurent Colonnier boycotte. Je ne suis pas certain que le festival s’en remette.

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      • Répondu par Auteur-trice le 10 juin à  15:04 :

        Il n’est certainement pas le seul, mais on n’aura sûrement pas non-plus les chiffres de l’abstention entre le premier et le deuxième tour puisque le FIBD aime l’opacité. Rappelons que c’est l’appel au boycot du collectif AAA qui a amené le FIBD à annuler le festival prévu ce mois de juin. Sans les auteurs il n’y a pas de festival, c’est ainsi.

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        • Répondu le 11 juin à  09:56 :

          Vous avez déjà entendu parler de la covid-19 ou vous revenez récemment d’une île déserte ?

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          • Répondu par Toca le 11 juin à  17:37 :

            Le covid-19 a entrainé l’annulation en janvier, mais il a été reporté en juin où on savait qu’il pourrait se tenir, mais c’est le boycotte des auteurs qui a précipité son annulation ( et peut-être Lyon BD qui râlait à la concurrence déloyale).

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            • Répondu le 11 juin à  20:31 :

              Non le festival a été annulé bien avant le début du déconfinement et 100% à cause du Covid. Il ne faut pas prêter aux auteurs un pouvoir de nuisance qu’ils n’ont pas ou pas encore.

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              • Répondu le 12 juin à  09:36 :

                Pourquoi les autres festivals se tiennent alors ?

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                • Répondu le 12 juin à  12:49 :

                  Chacun sa décision. Et les autres festivals n’ont pas du tout l’ampleur d’Angouléme. Amiens et Lyon se sont maintenus à la dernière minute. Quand le FIBD a annulé, la vaccination n’avait pas commencé son accélération. Ce serait politiquement remarquable que les auteurs aient la puissance de mobilisation pour faire annuler le plus gros festival mais pour l’instant c’est douteux. On verra ça en janvier.

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                  • Répondu par Auteur-trice le 13 juin à  12:12 :

                    Ce serait politiquement remarquable que les auteurs aient la puissance de mobilisation pour faire annuler le plus gros festival

                    Mais ils l’ont. Sans auteurs les festivals perdent tout leur intérêt, Si les auteurs ne viennent pas, il n’y a pas de festival.
                    C’est ce qui est arrivé cette année avec l’appel au boycott du collectif Autrices Auteurs en Action, 780 signatures et non des moindres, dans ces conditions le FIBD ne pouvait maintenir l’édition 2021, l’excuse du covid ne tient pas devant la réalité des faits.

                    https://autricesauteursenaction.org/tribune-fibd-juin-2021/

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                    • Répondu le 13 juin à  15:30 :

                      780 signataires, c’est trop peu pour avoir provoqué la décision d’annulation, à mon avis. Qui pourrait nous mettre d’accord ? Qu’en pensent les journalistes d’Actua Bd ? Pas moyen de savoir la vérité sur ce qui s’est passé ?

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                      • Répondu par Jack’s le 13 juin à  17:56 :

                        Il y a une conjonction de raisons, dont les autres Festivals qui ont protesté à la concurrence déloyale, le déconfinement (jauge, pass sanitaire) et la colère et l’appel au boycott des auteurs (c’est une bonne majorité 780, et regardez les noms, ce sont aussi des têtes d’affiches pour lesquelles les gens se déplacent).

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                        • Répondu le 13 juin à  19:28 :

                          Ce ne sont que des suppositions. Je n’ai pas lu d’enquête journalistique sur les raisons de l’annulation. Pas plus que sur l’éviction de Felder de la direction artistique.

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            • Répondu le 12 juin à  08:02 :

              On savait qu’il pourrait se tenir. Qui est ce on ? Vous êtes mieux informé que les cellules de crises anti-covid ?
              On ne savait rien du tout.

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        • Répondu par Milles Sabords le 11 juin à  19:09 :

          Malheureusement, vos pouvoirs de nuisance face aux éditeurs sont dérisoires. Une grosse partie de l’opinion publique se fiche royalement du FIBD et de ses trémolos, jusqu’au journaux télévisé qui médiatise de moins en moins l’évènement chaque année...

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          • Répondu le 12 juin à  08:36 :

            Le pouvoir face aux éditeurs s’exerce dans la négociation. Une fois l’accord trouvé, l’éditeur n’est pas un adversaire mais un partenaire. Pour ce qui est de seq fédérer aqcollectivement pour améliorer leurs droits et statuts, les auteurs n’en sont qu’au début. Il ne faut pas les enterrer d’avance.

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    • Répondu par Geraud le 10 juin à  13:06 :

      Salut,
      Aucune malhonnêteté dans ce propos, juste une application du règlement , censé être connu de tous :
      « Article 5.2 : Si le votant.e inscrit trois fois le même nom, il ne sera comptabilisé qu’une seule fois. »

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      • Répondu par Laurent Colonnier le 10 juin à  14:54 :

        C’est bien pour ça qu’on sait qu’ils ont divisé le suffrage par 3.
        Ce qui est malhonnête c’est de dire que le vote est minoritaire du coup. Qu’ils publient les chiffres pour une fois, au moins les 4 premiers.

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        • Répondu le 11 juin à  12:04 :

          Ça veut dire que tous les votants ont 3 voix, sauf ceux qui ont voté Bruno Racine qui n’en ont qu’une. Rapporté au nombre de voix Bruno Racine était peut-être largement majoritaire.

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