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Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware en tête pour le Grand Prix de la ville d’Angoulême 2021

  • La communauté des autrices et auteurs de bande dessinée a donc statué sur trois d’entre eux et pas des moindres. Sans surprise et comme l’avait annoncé Franck Bondoux dans un communiqué le 28 mai, Bruno Racine ne figure pas dans ce triangle final. Les trois artistes arrivés en tête des suffrages sont donc : Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware.

Encore un Grand Prix de la controverse ! Malgré l’appel du collectif AAA à voter en masse pour Bruno Racine afin de remettre la lumière sur les conditions de vie des auteurs et les pistes de réflexions visant à les améliorer, ce sont deux autrices et un auteur qui sont ressortis des votes exprimés. L’ensemble des votes pour Bruno Racine ont été considérés comme invalides.

Ce sont donc trois figures de la bande dessinée contemporaine qui constituent le trio final. Mais pour la première fois dans toute l’histoire du festival, cette ultime sélection est composée de deux femmes et d’un seul homme.

Nous retrouvons donc, et sans surprise, Catherine Meurisse. C’est la deuxième fois que la dessinatrice est nommée pour le Grand Prix. C’est une autrice qui a débuté sa carrière dans le dessin d’humour avec Charlie Hebdo entre autres, mais qui s’est très vite affirmée dans d’autres genres. Parmi ses travaux les plus remarquables, nous retiendrons évidemment La Légèreté, véritable livre-catharsis dans lequel elle raconte son traumatisme et sa rédemption des suites de l’attentat du 7 janvier 2015. Aujourd’hui, elle s’attache à créer des ponts entre la bande dessinée et la littérature comme en témoigne son adaptation d’Alexandre Dumas autour du peintre Delacroix. Elle construit une œuvre singulière avec des accents proustiens remarquables.

Pénélope Bagieu, Catherine Meurisse et Chris Ware en tête pour le Grand Prix de la ville d'Angoulême 2021
Catherine Meurisse
Photo : Nicolas Trouillard

En revanche, première nomination pour Pénélope Bagieux. La dessinatrice s’est faite connaître en 2007 par l’intermédiaire d’un blog BD intitulé «  Ma vie est tout à fait fascinante » dans lequel elle réalise le récit humoristique de certaines anecdotes de sa vie. Elle publiera ensuite un certains nombre d’albums remarqués comme « Joséphine » ou «  California Dreamin » mais c’est véritablement en 2016 que sa notoriété explose avec la publication des Culottées, dont le parti-pris était de raconter le destin de femmes exceptionnelles méconnues ou tombées dans l’oubli . Série avec laquelle elle décrocha un Eisner Award aux États Unis. En 2020, elle a publié une adaptation en BD du roman de Roald Dalh « Sacrées Sorcières ».

Pénélope Bagieu
Photo : Simone Eusebio

Chris Ware est désormais un habitué de ce triangle final puisque c’est la sixième fois que sa nomination est annoncée. Pionnier de la bande dessinée alternative américaine, Chris Ware est de ces auteurs qui bouleversent les codes et les conventions de la bande dessinée pour proposer autre chose. Celui-ci a imaginé des albums qui sont de véritables livres-objets et qui font aujourd’hui date dans l’histoire de la bande dessinée à commencer par ce qui reste probablement son chef d’œuvre : Jimmy Corrigan. En 2020, il a publié « Rusty Brown » une livre original et plein de prouesses. Dessinateur multi-primé à travers le monde, Chris Ware est l’un des artistes majeurs de sa génération.

Chris Ware
Photo : Seth Kushner

Un trio exceptionnel que les auteurs devront départager du 8 au 14 juin 2021, pendant le second tour de cette élection. Le Grand Prix de la ville d’Angoulême 2021 sera proclamé le mercredi 23 juin.

(par François RISSEL)

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30 Messages :
  • Ce qui est assez dégueulasse de la part du FIBD envers ces 3 "finalistes", c’est que quelque soit le résultat, il ou elle sera illégitime.

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    • Répondu le 4 juin à  13:45 :

      Quand on est auteur, qu’on a vu passer des dizaines d’intentions de votes des collègues des diverses chapelles sur les réseaux sociaux, ce trio final est très étonnant.

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  • Cette énième course en sac est absolument passionnante.

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  • Ce choix mainstream n’est vraiment pas surprenant. Festival de Cannes, ou Angoulême, même combat !

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    • Répondu par denis le 5 juin à  08:00 :

      Meurisse et Ware (connais pas Bagieu) mainstream, qu’est-ce qu’il ne faut pas lire !? Ils font parti des auteurs les plus intéressants et originaux de la bd actuelle donc cela me semble logique qu’ils figurent sur le podium.

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    • Répondu par Evariste Blanchet (Bananas-comix) le 5 juin à  17:09 :

      La différence entre le monde du cinéma et le monde de la bande dessinée, c’est que le premier semble savoir qu’il y a des artistes qui
      ne sont ni américains, ni français.
      (Et s’il n’y avait pas eu Chris Ware dans la liste, j’aurai ajouté : le premier semble également savoir que ce n’est pas un art né au XXIe siècle, et que certains artistes toujours actifs l’ont pratiqué dès le siècle précédent... S’agissant d’un prix récompensant non pas une production de l’année ou de l’année précédente mais l’ensemble d’une carrière, il me semble que c’est un élément qu’il ne serait pas déraisonnable de prendre en considération.)

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  • Non, non, "La communauté des autrices et auteurs de bande dessinée a donc statué sur trois d’entre eux et pas des moindres." La communauté des auteurs N’A PAS statué sur trois d’entre eux, c’est le salon qui communique sur SES chiffres ! C’est très différent, tant que les résultats ne seront pas connus et validés pas HUISSIER, inutile de déblatérer sur un quelconque trio !!!! Merci.

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    • Répondu le 4 juin à  09:35 :

      Puisque rien n’est validé par huissier, puisque rien n’est transparent, pourquoi les auteurs votent-ils ?
      Que Franck Bondoux élise tout seul les auteurs les plus médiatisés pour faire de la publicité pour son FIBD.

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  • Connaissez-vous le pourcentage d’auteurs qui ont voté Bruno Racine ?
    Ceux qui ont voté Bruno Racine vont-ils voter à second tour ?
    Quel est le pourcentage d’auteurs qui votent par rapport à ceux recensés et appelés à voter ?
    Quel est le pourcentage de chacun des nominés ?
    Tout ça est bien opaque.

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  • Celle-là c’est pas comme si on l’avait pas vue arriver ; on hésite entre hilarant ou pathétique, mais on est bien obligé de dire : "finement joué" ! On en imagine rire comme des bossu.e.s.

    Bravo à tous, pendant que d’un côté on multiplie les coups de bâton dans l’eau et les balles dans le pied, les gentrifieurs, organisés et toujours mobilisés avancent leurs pions à la barbe d’une majorité - important dans un vote- qui gesticule, s’écharpe et brasse de l’air. Mais qu’entend-on à présent, il y aurait eu tricherie ? Même pas sûr messieurs et mesdames les éternel.e.s roulé.e.s dans la farine. Quand on pense que la BD a plus besoin de lecteurs que de ministres... Bah !

    Va-t-on maintenant deux années de suite, pour encore profiter du désordre occasionné par la crise de la Covid, oser nous proposer subrepticement une seconde fois dans la même édition, deux fois des prix de la BD alternative ?
    Suspense.

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  • à quand un HALL OF FAME pour tous ces dessinateurs, dessinatrices , qui méritaient un Grand Prix et ne l’ont pas eu , et son pourtant pour tous les passionnés de Bande Dessinée , c’est Légendes ?

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  • Interressant, avec ce vote, on mesure maintenant les conséquences dépressives du covid sur les auteurs de bd.

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    • Répondu par Milles Sabords le 5 juin à  08:06 :

      Je rejoins pleinement Monsieur Aggabi dans son analyse. L’édition BD a toujours voulu conquérir des lettres de noblesses pour devenir l’égal de la danse, du cinéma, des arts plastiques ou lyriques et ne plus être considérée comme un truc pour gosses. Mais à force de jouer avec les médias, la BD est devenue l’inverse, un art plus du tout populaire mais gentrifié, un papier glacé pour magazine culturel, coincé entre les velléités de starisation de certains auteurs et autrices et les combats de chapelles éditoriales pour faire du buzz. Heureusement, pendant ce temps, d’autres auteurs et autrices, poursuivent artisanalement et sans éclats médiatique du "moi je", leur travail BD, pour un large public. Mais ils deviennent de plus en plus rare...

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      • Répondu le 5 juin à  10:02 :

        La bd populaire se porte très bien commercialement, il suffit de voir le succès des mangas. À côté, il y a une bd plus spécialisée qui intéresse un public différent qui ne lisait pas forcément de bd avant. Vous pouvez dire que c’est « bobo » ou « gentrifié » mais c’est un enrichissement pour le média qui va s’aventurer sur le terrain de l’essai, de l’histoire, de la politique, des sciences humaines, à destination d’un public plus adulte et plus intellectuel. Ça offre aussi de nouveaux débouchés pour les auteurs. Les libraires sont très prescripteurs de cette tendance.

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        • Répondu par Pascal Aggabi le 5 juin à  21:54 :

          On en tient un, là, de rouleur dans la farine !

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        • Répondu par Milles Sabords le 6 juin à  06:50 :

          Pour qu’une BD soit populaire, il ne faut pas seulement qu’elle vende mais qu’elle touche aussi tous les publics. Malheureusement, le Manga touche essentiellement les jeunes. Le roman-graphique offre une nouvelle donne éditoriale mais s’enferme aussi dans ses propres schémas : (que je schématise) bicolore, dessin minimaliste, segmentation hermétique des sujets, mais donne un véritable pouvoir aux scénaristes (qui étaient déjà bien lotis avant dans la BD), et surtout, embarrasse les libraires. Ce ne sont pas 2-3 auteurs.trices hyper médiatiques qui doivent faire oublier la pauvreté des ventes de ce genre BD. De plus, avec des formats aussi disparates les uns des autres, c’est un casse-tête de rangement pour les libraires et une perte de place ; plus de pavés de 120 pages sur les étagères, c’est moins de volumes à vendre qu’un cartonné traditionnel. On veut toucher une frange de la population dite plus "adulte", très volatile et moins consommatrice de BD, mais on déséquilibre l’économie de tout un secteur. La BD a toujours été adulte, de tous temps, ce sont les nouvelles chimères des faiseurs de marketing qui font croire le contraire. Dommage que vous ne l’ayez pas compris.

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          • Répondu le 6 juin à  08:48 :

            Je ne comprends pas cette haine du roman graphique. En plus on dirait que vous découvrez le truc. Fututopolis ne publie que ça depuis 25 ans.

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            • Répondu par Milles Sabords le 7 juin à  08:29 :

              Vous avez mal compris mon post ; je fais un état des lieux sur la BD, dont le roman-graphique, ressemble de plus en plus à une recette marketing que tous les éditeurs recopient en espérant décrocher la prochaine timbale. Quant à la "non-fiction" dans la BD, elle existe depuis longtemps, exemples : Tito - Bucquoy "Jaunes" / Lauzier - "Tranches de vie".

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            • Répondu le 7 juin à  08:33 :

              Faux. Futuro faisait ce que l’on appelait à l’époque de la BD Alternative.

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              • Répondu le 7 juin à  09:59 :

                Je parle de Futuro depuis que le label a été relancé, pas du premier Futuropolis.

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          • Répondu le 6 juin à  09:34 :

            Le roman graphique, la « bande dessinée du réel », c’est seulement l’apparition du genre « NON-FICTION » dans la BD. Ça existe dans la littérature depuis toujours, ça s’appelle l’essai.
            Dire « je n’aime pas la BD du réel », comme vient de le faire le pourtant excellent éditeur Jean-Louis Gauthey, c’est aussi peu avisé que de dire « je ne lis que des romans » ou « au cinéma, j’aime pas les documentaires, j’aime que les westerns ». Le BD peut raconter de la fiction, mais elle peut aussi bien d’autres choses. Faut pas être aussi fermé, et au contraire se réjouir de ces multiples possibilités.

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            • Répondu le 7 juin à  06:12 :

              La non-fiction est un genre qui existe depuis maintenant un bon moment dans la bd, c’est bien pour ça que le genre n’a plus besoin d’être éternellement et uniquement mis en avant. Il n’y a pas non plus que ça sur les étagères des libraires.

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              • Répondu le 7 juin à  07:16 :

                La non-fiction ne fait pas de l’ombre à la fiction, il en faut pour tous les goûts. Les médias parlent beaucoup de la bd du réel en ce moment parce que les sujets qu’elle traite sont les mêmes que les leurs. Il ne faut pas que les auteurs de fiction se découragent. A eux de créer les héros et personnages du XXI e siècle. A la télévision et au cinéma, c’est l’inverse : la fiction explose et les films documentaires n’arrivent plus à se financer.

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                • Répondu par auteur bd le 7 juin à  09:16 :

                  Nous aimerions faire plus de séries de fiction, ce sont les éditeurs qui n’en veulent pas. C’est au public, par ses choix, de faire pencher la balance. Vos achats conditionnent aussi les politiques éditoriales.

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                  • Répondu le 7 juin à  11:44 :

                    la vraie question serait alors : mais où donc se cache ce fameux public ? A vous entendre, ils sont des milliers à errer chez les libraires prêts à propulser les nouveaux classiques vers des sommets. S’il était aussi prévisible, les éditeurs se feraient une joie de les satisfaire. Un éditeur n’est pas un kamikaze. Il oriente sa production vers ce qui est rentable. Et les chiffres de vente sont têtus. Peu de nouveautés émergent et le haut du panier se partga entre les mangas, les séries classiques pressées jusqu’à la moëlle et quelques auteurs stars qui vendent sans se poser de question.

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                    • Répondu par kyle william le 7 juin à  12:54 :

                      Moi je dessine les deux. De la fiction et de la « bédée du réel ». Les deux me passionnent également. Mais c’est vrai que c’est plus facile de signer avec un seul tome de non-fiction en ce moment que de proposer une nouvelle série de fiction.

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                    • Répondu par auteur bd le 7 juin à  14:32 :

                      Le métier d’éditeur est un métier de kamikaze, car vous ne savez jamais à l’avance ce qui va ou non marcher. La recette du succès n’existe pas et les tendances de ventes ou les modes, se défont très vite. Elles se défont au gré du public, dont les achats surprennent très souvent les éditeurs. Quant à la transparence des chiffres de ventes dans les médias, il y a à boire et à manger...

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                      • Répondu le 8 juin à  06:23 :

                        Vous faites erreur, le métier d’éditeur n’est pas kamikaze mais général à la tête d’une armée de kamikazes. Si un seul kamikaze ne rate pas sa cible, c’est la victoire. Les kamikazes, ce sont les auteurs.

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                        • Répondu par auteur bd le 8 juin à  12:31 :

                          Les auteurs font déjà leur métier en produisant une œuvre et comme ils sont en contact direct avec le public lors des festivals ou en intervention, ils ne la créent pas au petit bonheur la chance. C’est à l’éditeur de faire son métier : accompagner au mieux l’auteur dans son travail, choisir la bonne cible commerciale ou au contraire l’élargir, faire la promo de l’œuvre et assurer une mise place efficace. Les éditeurs inondent le marché pour ne pas laisser la place à la concurrence tout en jouant à fond la carte du consumérisme, par le court-termisme et le pilon. C’est kamikaze.

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