BD Jeunesse 2020 : les coups de cœur de la rédaction d’ActuaBD

11 décembre 2020 0 commentaire
  • L’année 2020 touche enfin à son terme. Le moment pour nous de revenir sur quelques publications jeunesse qui ont particulièrement marqué les chroniqueurs cette année, tout cela dans la plus grande subjectivité bien entendu.

Précisons que la BD jeunesse, ce n’est pas seulement pour les enfants. On trouve sous ce vocable autant des livres spécifiquement pour le jeune public que des ouvrages avec plusieurs niveaux de lecture. Enfin, depuis quelques années maintenant, des albums sont spécifiquement destinés à un public adolescent (12-16 ans), comme la collection Log-in chez Glénat ou encore Frisson chez Jungle.


Les coups de cœur de Jérôme Blachon

Boule à zéro T. 8 – Le Fantôme de la chambre 612, par Zidrou et Ernst, éditions Bamboo

Le courage de la petite Zita (« Boule à zéro ») dans la lutte contre le cancer est exceptionnel. Son arme la plus efficace ? Le rire et l’auto-dérision. Zidrou et Ernst ne réalisent pas ici une série déprimante mais au contraire un hymne à la vie. Et le tome paru cette année est un des plus forts de la série, abordant avec une sensibilité rare le thème de l’absence et des relations entre les malades et les bien-portants. C’est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur le personnage de Zita. Et, toujours, les auteurs trouvent le ton juste, loin du pathos mais avec assez d’empathie pour qu’on ne reste pas indifférent à la vie de ces jeunes malades. Un album qui ne manquera pas de faire s’interroger les adultes sur eux-mêmes.

Irena T. 5 : La Vie après, par J.D. Morvan, S. Tréfouël et D. Evrard, éditions Glénat

Le dernier tome d’une série qui présente la vie d’Irena Sendlerowa. À Varsovie, entre 1941 et 1943, elle va monter une organisation pour essayer de sauver le plus d’enfants juifs du ghetto. Elle parviendra à en faire sortir 2500, au compte-goutte, prenant mille risques. Arrêtée, torturée, elle échappe à ses bourreaux et reprend son engagement, qui perdurera bien au-delà de la Seconde Guerre mondiale. Plus qu’une série-hommage ou biographique, des albums qui nous font découvrir des hommes et des femmes qui, sans chercher la gloire ou la reconnaissance, ont racheté une part de notre humanité pendant ces temps sombres, parfois en y laissant la vie. Un album en sélection officielle à Angoulême en 2021.

Méto, par Lylian et Nesmo, éditions Glénat

Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme d’Yves Grevet. En trois tomes, les auteurs donnent à voir et à sentir l’univers de Méto. Sa richesse vient de son changement d’univers. Tout d’abord huis-clos, puis exploration, il devient enfin post-apocalyptique avec une forte sensibilité écologique. C’est aussi la série de l’anti-manichéisme : ici, rien n’est blanc ou noir. Les décisions ne sont pas forcément bonnes ou mauvaises et chacun pense faire de son mieux pour sauver ce qu’il reste d’humanité. De quoi s’interroger sur ce que nous, nous pourrions faire... ou pas.

Darryl Ouvremonde, par Rémi Guérin et Krystel, éditions Glénat

Il ne s’agit pas d’une adaptation mais d’un prolongement du roman éponyme d’Olivier Péru paru en 2015. Il n’est pas nécessaire de connaître le roman pour lire cette suite.
Un univers séduisant, des personnages fouillés et complexes, des dessins magnifiques agrémentés d’une superbe mise en couleur et un découpage dynamique, que demander de plus ? Il ne s’agit encore que d’un tome de mise en place où le héros, journalyste (avec un y) de son état, va enquêter sur une histoire complexe mêlant magiciens, géant disparu et arrêt du temps… Autant dire que, compte tenu de la qualité de cet album, la suite est très attendue.

Island, par Mao et Waltch, éditions Bamboo

Un naufrage, quelques enfants survivants, une île mystérieuse pleines de décors de cinéma. Des décors qui s’animent et menacent le groupe. Dans un esprit « survivaliste » (comment faire de l’eau potable avec une chaussette et du sable par exemple) et jeu vidéo, le groupe passant de « mondes en mondes » en changeant de décors, et découvrant progressivement leur environnement, une série en deux tomes qui tient toutes ses promesses.

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Les coups de cœur d’Adrien Laurent

Misères, par Francesc Grimalt, publié aux éditions Mosquito

Yacinto, jeune garçon poursuivi par une bête, arrive après sa fuite devant le village de Misères, qu’il doit traverser. Pour cela, il va devoir respecter les règles très particulières du village et rencontrer tous ses habitants. Ce qui est de prime abord exceptionnel, c’est le graphisme de l’album, envoûtant et particulier. Le dessin et les couleurs sont réalisés dans un style mêlant crayons de couleur et aquarelle. L’esthétique particulière du village, entre le Steampunk et le monde d’Alice au pays des merveilles, lui confère un côté magique. Francesc Grimalt, auteur catalan, nous entraîne ici dans un univers en huis-clos très original. L’histoire est décomposée en plusieurs scènes, ce qui peut permettre aux jeunes enfants de lire l’album en plusieurs fois.

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Les coups de cœur de David Taugis

Cette année comme les précédentes, la collection Le Fil de l’histoire, raconté par Ariane & Nino, aux éditions Dupuis, qui compte maintenant vingt albums, reste une référence en matière de BD didactique. Fabrice Erre (historien et scénariste) et Sylvain Savoia (dessinateur) mettent les grands faits et personnages de l’histoire à la portée de tous. Un superbe travail de vulgarisation, accompagné comme il se doit par un dossier documentaire toujours passionnant. Dans les parutions 2020, il faut particulièrement noter La Peste, où nous découvrons une médecine balbutiante qui cherche des moyens pratiques d’enrayer une épidémie. Au-delà de l’écho avec notre actualité, nous sortons de l’ouvrage avec l’effroi d’un recommencement dont l’amplitude reste encore inconnue.

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Les coups de cœur de Marianne St-Jacques

L’Agent Jean, Saison 2, Tome 4, d’Alex A., aux éditions Presses Aventure.

Au-delà de cet album paru cette année, c’est toute la série qui est remarquable. Destinée à un public jeunesse / ado (mais capable de séduire un public adulte), L’Agent Jean est le plus grand succès d’édition BD au Québec. Dans un milieu coincé entre le franco-belge, le manga et les comics américains, ce n’est pas peu dire. En effet, même si elle est publiée par un important groupe éditorial à vocation commerciale (le Groupe Modus), les moyens de production et la taille du lectorat peuvent difficilement rivaliser avec ceux des gros acteurs européens. Néanmoins, aussi incroyable que cela puisse paraître, L’Agent Jean est davantage vendu au Québec que Naruto, Batman ou Spirou. La série a également donné lieu à un dessin animé à ICI Radio-Canada et TFO avec les voix de comédiens québécois très en vue (dont la grande Anne Dorval, que le public français connaît bien pour ses rôles dans les films de Xavier Dolan). Une adaptation en livres audio (de type podcast) a également lancée en 2019-2020 et peut être écoutée sur les plateformes d’écoute en ligne d’ICI Radio-Canada.

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Les coups de cœur de Frédéric Hojlo

Au-delà d’un album en particulier, il faut souligner les publications des éditions 2024, de plus en plus remarquées en jeunesse, notamment grâce à leur collection 4048, et celle des éditions Biscoto.

Ces deux maisons d’éditions voient leur travail récompensé par deux albums chacune sélectionnées pour le Festival International de la BD d’Angoulême 2021, en catégorie « Jeunesse 8-12 ans » et « Jeunesse 12-16 ans ». Une reconnaissance méritée pour des publications de qualité.

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(par Jérôme BLACHON)

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