Batman : 80 ans de croisade nocturne

30 mars 2019 0 commentaire
  • Alors que de nombreux personnages de fiction connaissent quelquefois des périodes difficiles ou s'enferment dans une imagerie figée, il semble que le chevalier noir créé par Bill Finger et Bob Kane y échappe depuis maintenant huit décennies. C'était en 1939 que le "Bat-Man" résolvait une première "Affaire du Syndicat de la Chimie" dans Detective Comics #27. Un tiret en moins et bien des années plus tard, le justicier masqué est toujours présent, bien plus même qu'il ne l'a jamais été.
« Elle est venue sans crier gare... a brisé la fenêtre de ton bureau... et du mien... Je l’avais déjà vue quelque part... Elle m’effrayait étant enfant... m’effrayait... oui, père. Je deviendrai une chauve-souris. »

Comme souvent, Batman est le résultat d’un brassage d’une imagerie fondatrice : la tragédie shakespearienne, les pulps (Le masque de Zorro, les fantasmagories du Shadow...) ou encore l’aile volante de Leonard de Vinci. Alors que ses collègues de la future Justice League comme Superman ou Wonder Woman ont vus leurs origines remaniées sans cesse, la genèse de Batman a rarement été revisité. Il faudra cependant attendre quelques mois et Detective Comics #33 pour que les origines du personnage soient dévoilées dans une célèbre double-page. Tout était là : une ruelle sombre, deux coups de feus, la promesse d’un enfant, une chauve souris... Depuis, quasiment rien n’a été changé et le Batman : Year One de Frank Miller et David Mazzuchelli en 1987 ne fit qu’étoffer ses éléments pour offrir une origine ultime au Chevalier noir.

Batman : 80 ans de croisade nocturne
La célèbre double-page des origines dans Detective Comics #33.
© DC Comics / Dessin : Bob Kane / Sheldon Moldoff

Une fois son socle établi, le monument Batman s’est érigé au fil des années et des créateurs. Il est possiblement le personnage de bande dessinée le plus adapté à travers l’histoire, même si Spider-Man pourrait lui faire concurrence. À l’origine de tout cela, deux jeunes hommes : Bill Finger et Bob Kane.

Il est important de le préciser car avant 2015, seul le dessinateur Bob Kane était rattaché à la création de Batman. Des années durant, Bill Finger a été occulté et son collègue n’y était pas étranger. C’est pourtant à Finger, que l’on doit de nombreux éléments mythiques de son univers tels son costume gris, son masque à oreilles pointues, ses longs gants, sa Batmobile et sa Batcave. Le scénariste est aussi à l’origine du nom de "Bruce Wayne" et certains personnages-clés comme le Joker, Robin, Catwoman, L’Homme Mystère, Double-Face, Le Pingouin ou l’Épouvantail Ils ne seraient pas là aujourd’hui sans lui. Il a écrit des centaines d’histoires sur le personnage pendant les années 1940 et 1950.

Mais Bob Kane avait toujours refusé d’admettre la participation de Finger dans la création de Batman, si ce n’est des années après la mort de ce dernier. On sait aussi aujourd’hui que Kane signait des planches qu’il ne dessinait pas et profitait du travail de ses assistants, des artistes comme Sheldon Moldoff ou Jerry Robinson.

La galerie actuelle du Batverse ne ressemblerait pas à cela sans Bill Finger, Sheldon Moldoff et bien d’autres...
© DC Comics / Dessin : Jason Fabok

Les années passant, de nombreux grands auteurs ont ajouté leur touche à l’édifice, de Neal Adams à Tom King en passant par Grant Morrison et Frank Miller... Impossible de tous les citer. L’aura du personnage a aussi rapidement crevé les écrans. C’est peut-être ce côté si protéiforme du croisé masqué qui le rend intemporel. Qu’importe le média, l’époque ou le genre : policier, Steamppunk, SF... Batman s’adapte sans pour autant perdre son essence. On l’a ainsi vu bouffonesque dans la série des années 1960, vieux et désabusé dans The Dark Knight Returns ou tout en brique dans le très bon Lego Batman Movie.

Ce personnage sans super-pouvoir est aussi plus proche de nous que ne peuvent l’être Astérix ou Superman. Chaque nuit, il enfile son armure pour lutter contre la corruption et la criminalité, des fléaux éternels. Mais vivant - presque - seul dans sa cave, drapé de noir et usant d’un comportement violent, le Chevalier noir endosse tous les attributs du monstre. Une figure qui exerce une fascination auprès du public. Avec son idéal physique et mental, n’est pas lui, au contraire de Superman, qui incarne le mieux l’Übermensch de Nietzsche ?

Cinéma, séries animées, jeux vidéo et bien évidemment comics, on n’arrête pas Batman.
© DC Comics

Avec son passé de petit enfant traumatisé qui, dans sa lutte éternelle contre le crime cherche avant tout à assouvir une vengeance, faisant de Gotham City le théâtre de sa psychose et ses adversaires, comme l’a révélé Grant Morrison dans son Arkham Asylum, comme autant de facettes de sa personnalité propre. Sa quête vertueuse n’est finalement qu’un cercle vicieux, égoïste ?, qu’il n’a jamais su briser. Une aubaine pour les éditeurs et les auteurs qui, grâce à cette obsession itérative, ne risquent pas de se retrouver au chômage de sitôt !

Batman ne s’arrêtera jamais. C’est lui-même qui l’affirme dans Identity Crisis de Brad Meltzer et Rags Morales, dans une sorte de monologue d’addict : « Les gens croient que c’est une obsession. Une pulsion irrésistible qui pousse à l’acte. Ça n’a jamais été ça. J’ai choisi cette vie. Je sais ce que je fais. Je peux arrêter n’importe quand. Mais ça ne sera pas aujourd’hui. Ni demain. »

Le début d’une croisade éternelle.
© DC Comics / Dessin : David Mazzuchelli

(par Vincent SAVI)

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