Felder & Cizo pour Les Requins Marteaux : BD Cul, le 9e hard

19 mai 2019 3 commentaires
  • Si votre truc, c’est lire du porno dans les transports en commun, nous vous conseillons chaudement la collection Bd Cul des Requins Marteaux. C’est le seul moyen que nous connaissons pour rater son arrêt sans passer pour un gros cochon...

Qui aurait cru que la jeune garde de la bande dessinée alternative allait se mettre au porno ? C’était sans compter avec le pouvoir de persuasion de deux vieux briscards de l’édition : Cizo et Frédéric Felder. Voilà dix ans que notre paire de loustics, anciens rédacteurs en chef de la revue Ferraille Illustrée, a eu l’idée d’offrir un écrin soigné aux fantasmes les plus salaces de cette nouvelle génération branchée cul : un format de poche à prix modique, une maquette inspirée des vieux fumetti, des fausses pubs à faire blêmir l’équipe de Hara Kiri… Bref, de l’indébandant comme on l’aime dans notre pays, avec de petits tirages mais un gros débit !

Pour ActuaBD, rencontre au sommet du Mont de Vénus avec les Laurel et Hardy du sexe.

Felder & Cizo pour Les Requins Marteaux : BD Cul, le 9e hard

Comment a commencé la collection BD Cul ?

Frédéric Felder : Une idée qui a déjà fait ces preuves : le cul, ça fait vendre ! Pour l’histoire, c’est Lisa Mandel (dans notre atelier à l’époque) qui la première nous a soufflé l’idée.

Cizo : C’était la mode des blogs BD et elle voulait qu’on fasse un blog BD de cul. On a préféré faire un truc moins moderne : des livres au format poche inspirés des publications érotiques italiennes et popularisées en France par les éditions Elvifrance.

La maquette comme la fabrication de la collection sont très soignées. C’est un atout pour séduire le public de bien présenter ?

C : Le marketing est une passion chez nous. Parfois, nous nous prenons à rêver du destin que nous aurions pu avoir si une boite de pub avait fait l’erreur de nous engager. On en aurait bien profité dans un premier temps, puis le bon sens aurait pris le dessus et on aurait acheté des propriétés, toutes sortes de véhicules, peut-être même un portefeuille d’actions, qui sait ?

FF : En tous cas, on n’aurait pas été obligé de faire de la BD indébandante à la cinquantaine passée. Mais pour répondre à votre question, il ne sert à rien d’être bien habillé pour séduire... Je crois que nous en sommes la preuve vivante !

Êtes-vous ouverts à toutes les sexualités ?

FF : Très ouverts même ! Hélas, c’est mathématique, comme la sexualité officiellement dominante reste l’hétérosexualité, il y a bien sûr plus d’offre... Ce qui ne nous empêche pas de faire nos devoirs et de garder l’œil et la braguette ouverte sur tout le reste.

C : On cherche, on cherche tels des cochons truffiers mais avec notre odorat quelque peu conditionné... L’autre fesse est rare ! Profitons donc de notre passage chez vous pour rappeler que la collection BD Cul écarte bien grandes ses pages à toutes les sexualités, et même hors de France !

Les secrets d’un BD Cul réussi ?

C : Ah ! Si on connaissait la recette... En plus, c’est très personnel. On ne mouille pas tous devant les mêmes choses. Cela dit, tous les auteurs de la collection ont un point commun : ils sont très talentueux et tous leurs livres sont des réussites...

FF : En fait, on a très peu de chance de se planter en leur demandant de faire une bédé de fesses.

Imposez-vous des limites à vos auteurs ?

C : Au contraire ! Si on pouvait avoir les ligues de vertus au cul, ça nous ferait de la pub. Mais je crois qu’on est trop petit. On peut faire ce qu’on veut, personne ne nous remarque.

FF : C’est vexant, mais c’est quand même assez confortable…

Déjà 16 tomes ! Vous avez des numéros préférés ?

FF : On ne peut pas répondre à cette question. C’est comme nos enfants... Je sais, ça fait beaucoup de gosses, mais un éditeur ne met jamais de capotes.

Vos prochains projets ?

C : Un nouveau Aude Picault sortira en septembre 2019 et un BD Cul signé Willy Ohm en novembre. Pour 2020, le programme n’est pas mal non plus. En janvier, on retrouvera Bernadette au ski d’El don Guillermo et le BD Cul d’un auteur qui va nous rendre riche : Ugo Bienvenu.

FF : On aimerait aussi faire tourner l’exposition montrée pendant le festival Pulp de La Ferme du Buisson… Mais c’est toujours difficile d’obtenir du fric pour faire un truc de fesses. Ça fait peur à pas mal de gens. Les directeurs de festivals qui craignent de se couper du public familial et bien entendu les institutions qui rechignent à financer de la « pornographie » avec de l’argent public.

C : C’est pour cela qu’il faut saluer le courage de La Ferme du Buisson, une scène nationale qui a osé prendre ce risque.

C’est dingue cette histoire ! La société serait-elle devenue puritaine ?

FF : Aucune idée, on vit à la campagne.

Et vous ? Vous êtes consommateurs de porno ?

C : Beaucoup Fred...

FF : Oui, des courts métrages surtout...

Et il y a des choses qui vous choquent ?

FF : L’humiliation ! C’est complètement à rebours de ce qui nous excite... C’est aussi pour cela que nous évitons certains restaurants à Paris.

(par Thomas BERNARD)

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