« Hermann Goes Western », à la Maison de la BD de Bruxelles.

16 février 2010 2 commentaires
  • Après une exposition consacrée à {{Willy Vandersteen}}, le créateur de {Bob et Bobette}, la Maison de la Bande Dessinée (Bruxelles) met à l’honneur le travail d’{{Hermann}} dans u genre où il excelle : le Western. Il a signé dix albums de la série {Comanche} avec {{Greg}} entre 1969 et 1982. Plus tard, en 1999, il réalisa un one-shot en solo, {On a Tué Wild Bill} dans la collection {Aire Libre} aux éditions Dupuis.

Après un passage au studio Greg, alors que ce dernier venait de se voir confier le poste de rédacteur en chef du journal de Tintin, Hermann crée pour le scénariste liégeois Bernard Prince une série d’aventure. Les premières pages paraissent en janvier 1966 dans l’hebdomadaire des éditions du Lombard. Le dessinateur embraie parallèlement sur un autre projet, scénarisé par Jean-Luc Vernal : Jugurtha. Un travail que le dessinateur considère avant tout comme alimentaire car il ne se sentait pas en phase avec ce scénariste. Il abandonne la série après le deuxième épisode. Elle sera reprise par Franz. Greg, qui cherche un western réaliste dans Tintin, lui proposa alors de dessiner pour lui un western, pour faire pièce aux aventures de Blueberry, de Jean-Michel Charlier et Jean Giraud dans Pilote aux Aventures de Jerry Spring de Jijé dans Spirou. La concurrence était donc rude.

« Hermann Goes Western », à la Maison de la BD de Bruxelles.
L’original de la couverture de "Red Dust"
Ed. du Lombard

Contrairement à Charlier qui avait fait de Blueberry un lieutenant de l’armée, Greg décida de placer l’action de sa série dans un ranch, au Wyoming. Dans la première histoire, dont la publication a commencé en décembre 1969 dans l’hebdomadaire des 7 à 77 ans, le rouquin Red Dust débarque, la selle à l’épaule, dans le ranch Triple-Six, tenu par Comanche, une jeune femme.

Très vite, Hermann et Greg donnent vie à une solide brochette de seconds rôles : Ten-gallons, le vieux contremaître, Tache de lune, un Indien Cheyenne ou encore Clem, un jeune vacher imprévisible. Progressivement, les auteurs explorent la face sombre de Dust, le véritable personnage central de la série. Dans Le Ciel est Rouge sur Laramie, il abat de sang froid l’immonde Dobbs alors que le barillet du revolver de ce dernier est vide. Le cow boy paiera ce meurtre en allant en prison. Cette scène, qui donne de l’épaisseur au personnage, permet aux auteurs de hisser Comanche sur la troisième marche du podium des westerns préférés des bédéphiles, en compagnie des séries précitées.

Au début des années 1980, Hermann abandonne Bernard Prince. Le dessinateur ressent une monotonie et n’est plus surpris par les scénarios de son mentor. Il poursuit cependant quelques temps Comanche avant de jeter à nouveau le gant au bout du dixième album. La passion n’est plus là. Il glisse des éléments décoratifs anachroniques dans ses décors, comme pour faire comprendre au lecteur que cette série lui est devenue routinière. Le dessinateur est sur le départ. Il vient de créer une nouvelle série pour Super-As dont il assure pour la première fois le scénario seul : une sorte de western post-apocalyptique du nom de Jeremiah. Plus tard, il crée Les Tours de Bois-Maury pour Glénat. Greg reprendra dans les années 1990 Comanche t en confiera le dessin à Michel Rouge. Mais la magie n’est plus là. Les scénarios perdent leur densité et deviennent un peu mécaniques Rodolphe, qui déjà collaboré avec Michel Rouge, sur Les Écluses du Ciel, acheva Red Dust Express, l’épisode laissé inachevé par Greg au moment de sa disparition.

Photo d’une planche des "Guerriers du Désespoir" (Comanche, 1973)
Le Lombard

En 1999, Hermann fait un unique retour dans le Western en publiant On a Tué Wild Bill dans la collection Aire Libre des éditions Dupuis. Il y raconte la vie de Melvin Hubbard, un jeune homme à peine sorti de l’adolescence qui fuit sa ville suite au meurtre de son amie et de ses parents. Le jeune garçon erre dans l’Ouest sauvage, tout en apprennant à débrouiller pour vivre. Avec le projet de revenir les venger. Ce récit pessimiste correspond au regard pessimiste qu’Hermann porte sur la vie et sur ses contemporains. On a tué Wild Bill est magistralement mis en image en couleur directe.

L’exposition à la Maison de la BD présente différents travaux de jeunesse comme des illustrations pour Dylan Stark, des romans de western signés par Pierre Pelot, mais aussi une planche de Billy The Kid, une histoire courte parue dans Tintin en 1966. De nombreuses couvertures d’époque ou réalisées pour des rééditions de la série Comanche sont également montrées. Sans compter les planches marquantes de ses albums-clefs.

Une illustration pour Dylan Stark
(c) Hermann.

Si cette exposition ne présente qu’une facette des travaux de l’auteur, elle témoigne néanmoins du talent, de la dextérité graphique, et de la profonde maîtrise de l’encrage et de narration dont l’auteur a fait preuve dans Comanche entre 1969 et 1982. Une maestria jumelée avec une véritable volonté de se renouveler que le dessinateur a conservée tout au long de sa carrière comme les planches de On a tué Wild Bill l’attestent.

L’illustration originale d’un dessin pour le journal de Tintin
... pour la prépublication de "Furie Rebelle".



(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

du 8 janvier 2010 au 6 juin 2010

La Maison de la Bande Dessinée
1, Bd. de l’Impératrice - 1000 Bruxelles
Tel 02.502.94.68
Info@jije.org www.jije.org

du mardi au dimanche de 10h à 18h30 adulte : 2 euro étudiant-senior : 1 euro

Illustrations : (c) Hermann, Greg & Le Lombard.
Photo : (c) Nicolas Anspach

 
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2 Messages :
  • « Hermann Goes Western », à la Maison de la BD de Bruxelles.
    17 février 2010 18:38, par Oncle Francois

    Merci, cher Nicolas, pour ce bel article qui rend un hommage plus que mérité à l’un des plus flagrants oubliés des nominations de prestige (pour ne choquer personne). Et pourtant quand on voit le travail fourni sur chaque planche de Monsieur Huppen, on se dit que pas mal de jeunes dessinateurs à la mode pourraient aller dans son atelier à Liège pour y prendre des leçons de dessin. Mais je connais bien Hermann pour avoir obtenu quelques superbes dédicaces de lui, effectuées directement au feutre à main levée. Pour avoir plaisanté un peu en sa compagnie, je peux dire qu’il ne semble pas enclin aux simagrées de l’hypocrisie sociale, tout comme moi d’ailleurs. On ne l’a pas surnommé le sanglier des Ardennes pour rien, mais les hommes de grand talent ont parfois un caractère , disons-le très entier.

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  • « Hermann Goes Western », à la Maison de la BD de Bruxelles.
    19 février 2010 13:59, par la plume occulte

    Je trouve que depuis un moment,Hermann-que j’admire-n’est plus que l’ombre de lui même ;quasiment dans "lauto parodie"graphique.Le trait ce n’est plus ça,ses magnifiques profondeurs de champs et panoramiques ont disparus ou sont fades,je ne parle même pas de ses anatomies et proportions qui partent systèmatiquement en sucettes,bref ce n’est plus vraiment ça.Même sa superbe narration s"évapore.Je crois que pour lui, la couleur directe à été le début du commencement de la fin,une dilution totale et il ne surprend plus.Qu’il revienne vite au trait pur qu’il fasse cet album muet dont il rêvait tant a une époque,qu’il nous en remontre avec son noir et blanc,ça nous manque.Quand je veux voir du grand Hermann je regarde ses albums plus anciens.

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