"In-Humus" de Linnea Sterte : une décomposition en cinq actes

25 avril 2018 0 commentaire
  • Sur une étrange planète, le corps d'une baleine se décompose lentement, attirant de multiples organismes. Une histoire se crée, faite de mouvements insignifiants et d'évolutions majeures. La dessinatrice suédoise Linnea Sterte invente dans "In-Humus", publié ce mois-ci par les Éditions de la Cerise, un monde aux frontières de la science-fiction et de la philosophie.

In-Humus s’ouvre sur un corps sans vie : celui d’un animal qui ressemble à une baleine, gigantesque vaisseau de chair échoué dans une plaine désertique d’une planète inconnue. Nous ne saurons jamais comment cet être a perdu la vie. En revanche, nous découvrons dans la bande dessinée de Linnea Sterte toute son évolution post-mortem.

"In-Humus" de Linnea Sterte : une décomposition en cinq actes
In-Humus © Linnea Sterte / les Éditions de la Cerise 2018

Des premiers effets de la décomposition à la quasi disparition de toute trace de vie, nous observons le délitement d’un corps, de ses parties, de sa masse. Mais nous voyons surtout un monde attiré par les ressources qu’il propose, un monde fourmillant, fait de micro-organismes, de plantes, et d’autres êtres de chair. Des osmoses se créent, mais aussi des concurrences, voire des conflits.

Quelle est la cohérence de ce monde ? Difficile d’être affirmatif. Linnea Sterte dessine quelques scènes évocatrices, esquissant des modes de vie, imaginant des rites et donnant vie à des communautés. Rien de précisément défini cependant. Elle invente un monde qui nous est à la fois proche - il y est question de survie et de religion, de science et de mysticisme - et lointain, car voilé, mystérieux, inatteignable.

In-Humus © Linnea Sterte / les Éditions de la Cerise 2018
In-Humus © Linnea Sterte / les Éditions de la Cerise 2018
In-Humus © Linnea Sterte / les Éditions de la Cerise 2018

Ce monde sorti de l’imagination de Linnea Sterte et proposé par les Éditions de la Cerise est à la fois doux et brutal. Le développement presque magique de la vie coexiste avec sa destruction primitive. Ce mélange, probablement inhérent à tout univers, est subtilement souligné par le rythme de la narration et le style de la dessinatrice. Peu de mots viennent compléter le sens des images. L’histoire se déploie lentement, découpée en cinq grands chapitres correspondant aux diverses étapes de la décomposition, qui est aussi une transformation, du corps sans vie découvert dans les premières pages.

In-Humus © Linnea Sterte / les Éditions de la Cerise 2018

Le dessin de Linnea Sterte, limpide malgré les formes étranges, et ses couleurs, majoritairement claires, adoucissent encore son récit pourtant parfois rude. L’ensemble rappelle les œuvres de science-fiction attentives à l’écologie ou à l’évolution de l’espèce humaine, comme celle de Frank Herbert, et celles où l’ambiance et l’introspection sont au moins aussi importantes que l’action, comme dans Les Mondes d’Edena de Mœbius. Le trait et les lignes de Linnea Sterte s’approchent d’ailleurs un peu de ceux de Jean Giraud, en plus tremblés, plus approximatifs, plus indécis en quelque sorte.

In-Humus est un livre un peu à part dans le catalogue des Éditions de la Cerise, notamment parce que son autrice a davantage employé l’outil informatique que ne le font les auteurs "maison". C’est néanmoins une curiosité qui ne dénote pas, par son approche sensible et poétique, presque onirique, de la science-fiction, et qui séduit par le mystère qui s’en dégage.

In-Humus © Linnea Sterte / les Éditions de la Cerise 2018

(par Frédéric HOJLO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

In-Humus - Par Linnea Sterte - les Éditions de la Cerise - traduit de l’anglais par Patrick Marcel - 16,8 x 21,8 cm - 148 pages couleur - couverture souple avec rabats - parution en avril 2018 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

  Un commentaire ?