Jack Kirby, roi de Cherbourg !

25 mai 2019 6 commentaires
  • À l’occasion des 9e biennales du 9e Art, s’ouvre une exposition consacrée au « King of comics », l’inventeur de Captain America, des Fantastic Four, des X-Men, de Thor, de Hulk et tant d’autre super-héros : le légendaire Jack Kirby ! Hébergé au sein du Musée Thomas Henry à Cherbourg-en-Cotentin, cette exceptionnelle exposition s’ouvrira ce vendredi 24 mai avant de se refermer à la rentrée prochaine, le premier septembre. Une jolie destination pour l'été !

Il y a presque 75 ans, les Alliés débarquaient en Normandie. Dans les semaines qui suivirent, parmi les soldats américains qui débarquèrent dans le port de fortune d’Omaha Beach pour affronter les troupes nazies, se trouvait un petit New-yorkais du nom de Jakob Kurtzberg. Jakob est dessinateur et il a déjà livré quelques jolis combats du bout du crayon dans des comics sous le pseudonyme de Jack Kirby. Et pas n’importe lequel : Captain America lui-même qui cassait la gueule à Hitler dès 1940 avant même que l’Allemagne ne déclare la guerre aux USA en 1941 ! Magnifique hasard de calendrier, pendant tout l’été, celui qu’on surnomme le « King of comics » sera à l’honneur en Normandie, où il débarqua en 1944 avant d’aller libérer Metz en Lorraine, dans une exposition que lui consacre la biennale du 9e art de Cherbourg-en-Cotentin.

Jack Kirby, roi de Cherbourg !

Il y a deux ans déjà, la même biennale s’était penchée sur une autre cône de la culture américaine, Winsor McCay, à la fois dessinateur magistral et pionnier de la bande dessinée, grâce à l’intercession érudite de Benoît Peeters et de François Schuiten. Avec un artiste aussi puissant que Jack Kirby dont la popularité des créations ne cesse de croître au point d’identifier la nation américaine, les ingrédients d’une exposition à l’ampleur exceptionnelle sont à nouveau réunis.

Un échantillon du travail titanesque de Jack Kirby

Bernard Mahé, l’un des deux commissaires de l’exposition.
Photo : Laurent Mélikian

Kirby le spectaculaire, l’inventeur de la grammaire actuelle du comic book, est bien présent. Avec le concours du réseau de collectionneurs de Bernard Mahé, directeur de la galerie 9e art à Paris, déjà présent sur l’expo McCay, plus de deux cents planches originales, comics d’époque et produits dérivés ont été prêtés. Le parcours et l’influence de Kirby sont expliqués étape par étape. Un parcours incroyable dans la mythologie américaine contemporaine.

’The Spirit’ de Will Eisner. Ce dernier est une influence majeure du "King of comics"
Photo : Thomas Figuères

Tout commence avec la salle que les deux commissaires d’exposition, Louise Hallet, commissaire du Musée Thomas Henry, et Bernard Mahé, ont choisi de nommer « le musée imaginaire de Jack Kirby ». Sont exposés tous les auteurs qui, des années 1930 à 1950, ont influencé Kirby : du Prince Valiant de Hal Foster au The Spirit de Will Eisner, en passant par Flash Gordon d’Alex Raymond.

le "Fantastic Four" de Jack Kirby & Stan Lee.
Photo : Thomas Figuères

La suite de l’exposition est pensée de telle façon à présenter chronologiquement le travail de Kirby, de sa collaboration avec Joe Simon aux premiers comics d’avant et d’après-guerre, à celle avec Stan Lee pour Atlas comics, futur Marvel, equi engendre une foison d’icônes super héroïques encore en activité de nos jours comme les X-Men, les Fantastic four, Iron-Man, Hulk, Daredevil,… La liste est encore longue !

Enfin, est abordée l’aventure en solitaire chez DC comics, que l’on peut aisément définir comme la pièce maîtresse d’une exposition hors normes dont voici quelques chiffres : 217 originaux issus de collections privées européennes, cinq histoires complètes, dont une de 40 planches, au côté d’une vingtaine de comic books d’époque qui permettent de faire le lien visuel entre un original et le produit publié !

"The Avengers", une création de Jack Kirby et Stan Lee figurant parmi les quelque vingt comics les plus importants de leur époque.
Photo : Laurent Mélikian

Le passage de Kirby chez DC correspond à l’un des projets les plus ambitieux qu’il ait mené, avec la création du Quatrième monde, parmi lequel figure notamment les séries New Gods, Mister Miracle, Kamandi,… En dépit de la reconnaissance de ses pairs, grands auteurs de comics, le grand public peine à s’y intéresser, les intrigues sont (trop) complexes à suivre, entraînant un rapide échec commercial.

Selon Bernard Mahé, cet échec est à relativiser : « Le Quatrième monde, à l’époque de sa publication, n’a certes pas rencontré le succès, mais il faut replacer cet échec commercial dans un contexte de baisse général du comic book. On voit le Quatrième monde comme « le début de la fin » de Kirby, il faut prendre garde à ce type de vision téléologique. »

Cette salle, à la forme arrondie, comporte l’une des cinq histoires complètes évoquées plus haut, avec l’exposition des 40 planches de New Gods. On y retrouve tous les éléments caractérisant le dessin du King, des découpages audacieux, emphatiques, une notion de l’utilisation de l’espace qui lui est propre ou encore les fameux « Kirby Krakles », cette façon de rendre l’énergie visuelle.

L’impressionant ensemble des 40 planches de "New Gods" n°6 de 1984
Photo : Thomas Figuères

L’œuvre de Kirby permet aussi de passer en revue l’histoire des comic books, issus des comic strips, précurseurs des Graphic Novels, mouvement auquel le King of comics prend part avec une de ses dernières créations pour DC, comme dans Hunger dogs.

L’exposition ne se limite pas à l’univers des super-héros. Dans l’immédiat après-guerre, le genre du super-héros était un peu tombé en disgrâce, le grand méchant nazi par excellence n’étant plus. Des comics de genre apparurent alors, le travail de Kirby et Simon s déclina en comics policier, de western, d’horreur, mais également des romances comme la série In Love, qui sera couronné de succès !

"In Love", la période "Romance" de Jack Kirby & Joe Simon
Photo : Thomas Figuères

Ce qui permet à l’exposition de dépasser le cadre purement monographique et de régaler le visiteur de planches des géants de la BD américaine, c’est la présence de géants de la BD américaine comme Hal Foster, Milton Caniff et d’autres. On s’extasie également avec les encreurs ayant collaboré avec ce titan du dessin et qui par la suite ont crayonnés leurs propres planches entrant de plain-pied dans la légende dorée du 9e art ; Bill Everett, Gene Colan sans parler de John Buscema dont on présente pas moins de 20 planches de l’épisode où le Silver Surfer affronte Mephisto. Enfin, on repère les contemporains qui ont prolongé le Quatrième monde et apportent aujourd’hui leur pierre à l’édifice de la bande dessinée mondiale comme Mike Mignola.

La contribution de Mike Mignola à l’univrs de Kirby
Photo : Laurent Mélikian
Darkseid trônant au centre de la salle "Quatrième Monde"
Photo : Laurent Mélikian

Ce tour de force tout en planches et couvertures en noir et blanc est porté par une scénographie claire, quoiqu’un peu sobre. Comme pièce maîtresse de l’exposition, le visiteur se voit proposer une gigantesque statue de Darkseid (le Thanos du Quatrième monde).

Une seule vidéo accompagne l’ensemble, une sympathique adaptation de Mister Miracle quand il y a tant à montrer. On imagine que l’intransigeance de Marvel aujourd’hui tombé dans l’Empire Disney n’a pas facilité la tâche des organisateurs… À ce propos Bernard Mahé nous confiait « Nous voulions réaliser un petit livre pour l’exposition, mais nous n’avons pas pu. Disney demandait trop de droits, voulait relire tous les textes… Ils souhaitent contrôler l’ensemble de la production. »

Reste ce qui demeure l’exposition incontournable de l’été pour les amateurs de bandes dessinées. Un must !.

(par Thomas FIGUERES)

(par Laurent Melikian)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Jack Kirby : La Galaxie des super-héros. Musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin jusqu’au 1er septembre 2019.

Visites commentées samedi 25 mai, et les 6, 15 et 27 juin, les 4, 13, 23 et 27 juillet et les 13, 17 et 27 août. A 16 h 00. Durée : 1 h. Sur réservation au 02 33 23 39 33. Tarif accès musée.

LE SITE DE L’ÉVÉNEMENT

 
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6 Messages :
  • Jack Kirby, roi de Cherbourg !
    25 mai 12:43, par CHRIS

    … Et Big John Buscema, the Michelangelo of comics, c’est pour quand… en france ? !!!

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    • Répondu par Laurent Mélikian le 27 mai à  22:52 :

      Déjà plus de 20 planches originales buscemiennes exposées ici...

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  • Jack Kirby, roi de Cherbourg !
    28 mai 10:33, par Jean-Paul Gabilliet

    Bonjour Laurent. Bravo pour ce compte-rendu et ces photos qui donnent vraiment envie d’aller voir l’expo !!! (Quoique Cherbourg soit vraiment loin de chez moi)
    Sinon, un minuscule détail : McCay s’écrit en un seul mot...
    A bientôt, Jean-Paul

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    • Répondu par Laurent Melikian le 2 juin à  10:00 :

      Merci pour cette correction, Jean-Paul, nous l’avons intégrée.
      Bien à toi

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  • Jack Kirby, roi de Cherbourg !
    5 juin 19:41, par franck lamotte

    Bonjour
    C’est au musée Thomas Henry ,non Thierry Henry que cette superbe exposition est présentée, ainsi il s’agit de Louise Hallet non Le gall commissaire et directrice du musée
    Très bel article
    Merci

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    • Répondu par Thomas FIGUERES le 6 juin à  10:20 :

      Effectivement, c’est corrigé. Merci de nous lire et bravo pour votre sagacité !

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