Kévin Bonin (Dédales éditions) : " Nous avons l’envie commune d’expérimenter "

4 mars 2020 5 commentaires
  • Maison d'édition originaire d’Angoulême et à présent toulousaine, Dédales éditions se démarque par l'exigence graphique et visuelle de ses ouvrages, qu'il s'agisse de leur revue collective ou de récits entiers. Leur dernière bande dessinée, L'Homme-Gouffre, paraît en mars 2020, l'occasion de revenir avec Kévin Bonin, un des fondateurs, sur l'histoire de cette maison d'édition indépendante. [NDLR. La rédaction a maintenu l'orthographe inclusive voulue par les protagonistes de cet entretien].

Présentez-nous votre structure : comment est-elle née et combien de personnes y travaillent ?

Kévin Bonin (Dédales éditions) : " Nous avons l'envie commune d'expérimenter "
Autoportrait de Kévin Bonin

Dédales éditions est une association d’auteur·rice·s fondée en 2011, principalement par d’ancien·ne·s étudiant·e·s de l’École européenne supérieure de l’image (EESI) d’Angoulême. Actuellement, nous sommes trois à gérer l’aspect administratif de l’association : Romain Maillé, Ugo Bagnarosa et moi-même, Kévin Bonin .

Nous partageons l’envie d’expérimenter dans de la création graphique et avec dans nos rangs une forte composante d’artistes tourné·e·s vers la bande dessinée, mais pas seulement. À ce jour, une trentaine de personnes ont participé à notre aventure éditoriale, apportant leur savoir-faire et reflétant la diversité des approches créatives contemporaines. C’est l’une des forces de notre collectif à notre sens.

Marie Maillos, Ugo Bagnarosa et Léa German au FIBD 2020
Photo DR

Quelle est votre ligne éditoriale ?

Nous nous considérons comme une maison d’édition d’auteurs·rice·s, nous mettons en avant des démarches artistiques qui nous ressemblent : une exigence de qualité sur la forme comme sur le fond et une écriture propre à l’auteur·rice.

Nous avons souhaité proposer des livres de la meilleure facture possible, tout en gardant des prix abordables. Nous sommes très attentifs à la cohérence de notre catalogue.

Votre catalogue s’organise autour de la revue collective Dédales et de la collection Détours, qui rassemble des récits entiers. Comment ces deux axes se sont-ils développés ?

La revue Dédales est notre projet éditorial fondateur, chaque opus fonctionne comme un recueil de nouvelles, toutes articulées autour d’un thème commun. C’est un espace d’expérimentation graphique et narratif, qui nous a permis d’accueillir de nouveaux·elles auteur·rice·s numéro après numéro.

C’est l’occasion de favoriser la création collective et de mettre en résonance des sensibilités artistiques diverses mais complémentaires. Nous avons publié quatre revues faisant intervenir au total une trentaine d’auteurs·rices sur les thèmes suivants : labyrinthe, masque, tempête et frisson.

Couverture des 4 revues Dédales

Et la collection Détours ?

© Mai-Li Bernard, Pigmentation d’un discrous amoureux

C’est principalement la frustration de ne pouvoir publier de plus longs récits dans les pages de Dédales qui nous a poussés à développer cette collection de récits entiers. Cela nous a permis aussi de diversifier notre catalogue. Nous avons dû pousser plus loin notre apprentissage du métier d’éditeur et l’avons créée en 2014, en publiant Pigmentation d’un discours amoureux de Mai Li Bernard, deux ans après le premier Dédales. La collection présente des récits plus longs, le but étant d’offrir un espace de création privilégié aux auteur·rice·s.

La collection Détours compte à ce jour cinq livres [1], dont le fraîchement achevé L’Homme-Gouffre de Léa German & Marie Maillos, qui paraît en mars en librairies spécialisées, et qui était disponible en avant-première sur notre stand au FIBD 2020.

Comment financez-vous votre structure et vos différents projets ? Quelle est votre activité dans la région et en France ?

Nous avons financé nos premiers ouvrages grâce à des aides institutionnelles, puis les suivants en utilisant les recettes de nos ventes. Pour notre dernier livre, L’Homme-Gouffre, nous avons mis en place une campagne de financement participatif. Cela nous a permis d’assurer tous les frais de fabrication de l’ouvrage. Nous nous déplaçons tant que possible en festival pour nous faire connaître.

Dessin minimaliste et usage particulier de la couleur chez Mai-Li Bernard

Quel est votre rapport aux autres maisons d’édition ? Quel est le dynamisme autour de la bande dessinée en région toulousaine ?

Les relations sont bonnes, les revues Dédales sont l’occasion d’inviter des auteur·rice·s, souvent issu·e·s de structures semblables à la nôtre, rencontrées lors de nos études ou en festival. Nous-même collaborons souvent dans d’autres structures, comme avec les éditons Polystyrènes.

Il y a une belle dynamique dans la région toulousaine avec la présence de maisons d’éditions locales très actives comme Misma. Il y a également un vivier d’auteur·rice·s. Le festival de BD de Colomiers qui a lieu en novembre est l’événement annuel de BD le plus important dans la métropole toulousaine. Il a la particularité de privilégier la scène indépendante peu connue du grand public.

Qui sont vos auteurs ? Comment les accompagnez vous dans la création ?

Nos auteur·rice·s sont d’abord issu·e·s du vivier angoumoisin, comme nous. Au gré des rencontres de personnes, des découvertes d’œuvres, de nos goûts individuels, des projets qui nous sont proposés, nous discutons ensemble de la publication de tel ou tel ouvrage.

Une fois qu’un projet est accepté, nous suivons son évolution au plus près, en fonction de l’auteur·rice et de ses attentes, afin de faire le meilleur livre possible. Qu’il s’agisse de retours sur la lisibilité, sur l’articulation du récit ou de détails plus techniques liés à la fabrication du livre, nous essayons d’avoir un dialogue constructif avec l’auteur·rice.

© Eloïse Ogier - in Dédales 2

Êtes-vous en ce moment à la recherche de projets ?

Nous sommes toujours à la recherche de projets, bien que nous ne manquions pas de propositions. Notre véritable problématique se trouve au niveau des financements. Il est difficile pour une structure comme la nôtre de réunir l’argent nécessaire à la confection de nouveaux livres.

Parlez-nous de votre dernier album : L’Homme-Gouffre, par Marie Maillos et Léa German.

Léa et Marie avaient toutes les deux déjà travaillé avec Dédales sur les revues, respectivement en qualité de dessinatrice et de scénariste. Donc c’est assez naturellement que Marie s’est tournée vers nous pour ce projet qu’elle venait d’écrire. On a beaucoup aimé le scénario qu’on a rapidement proposé à Léa, dont le style correspondait parfaitement, et qui a accepté. À partir de là, le binôme a très bien fonctionné.

C’est un conte d’aventure tout public qui raconte l’histoire de Tony, un garçon qui avait un gouffre dans le ventre. C’est une histoire de corps : ce qu’on en fait, ce qu’on en pense. Mais c’est aussi une aventure poétique appréciable à tout âge : dans ce récit, la découverte et l’exploration se font aussi bien sur les océans et les falaises grandioses qu’intimement, dans le cœur de personnages de différentes générations. On (se) découvre tout au long de la vie.

© Maillos & German, L’Homme-Gouffre

Quels sont les temps forts de 2020 pour vous ?

Le premier temps fort fut évidemment le Festival d’Angoulême avec la sortie en avant-première de L’Homme-Gouffre. Puis pour sa sortie en librairie en mars, nous organisons un événement à Toulouse au bar La Candela le samedi 28 mars de 14h à 17h. Vous pourrez découvrir une exposition des œuvres de Léa German et une présentation de L’Homme-Gouffre, participer à un quizz-BD et à d’autres animations-surprises.

Pour le reste nous développons actuellement un nouveau projet de collection que l’on espère pouvoir sortir dans l’année mais c’est encore un peu tôt pour en parler !

Où voyez-vous votre maison d’édition dans cinq ans ?

Dans cinq ans nous espérons avoir un catalogue bien plus fourni, proposant des livres ambitieux avec toujours la même exigence de qualité. Nous réfléchissons à modifier la forme de la revue Dédales et nous souhaitons aussi avoir une activité locale bien plus développée.

© Kévin Bonin - in Dédales 4
© Ugo Bagnarosa - in Dédales 3
© Félix Auvard, Espoo
© Bazin & Szejnman, Le Terrier
© Robin Poma, in Dédales 1
© Max Baitinger, Heimdall
Documents

Voir en ligne : Retrouvez l’actualité de Dédales éditions sur leur page Facebook

(par Lise LAMARCHE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Découvrez le site de Dédales éditions et leurs premiers livres : http://www.dedaleseditions.com/

- La Chronique de L’Homme-Gouffre

Les autrices et auteurs publiés aux éditions Dédales :
Nicolas ANDRE, Pierre-Guy AUGER, Sophie AWAAD, Ugo BAGNAROSA, Jean-Baptiste BAZIN, Mai-Li BERNARD, Kévin BONIN, Mathilde BROSSET, Stéphanie CADORET, Nicolas & Sébastien CHANTAL, Lorenzo CHIAVINI, Mathieu Contis, Olivier CREPIN, Jonathan DRI, Léa GERMAN, Fanny GROSSHANS, Benoît HAMET, Romain MAILLÉ, Marie MAILLOS, Nadine, Eloïse OGER, Morgane PARISI, Charlotte PINEL, Robin Poma, Ludovic RIO, Valentin SZEJNMAN, Léo VERRIER

Lire aussi sur ActuaBD la chronique de L’Homme-Gouffre, de Marie Maillos et Léa German.

[1Pigmentation d’un discours amoureux de Mai Li Bernard, Le Terrier de Jean Baptiste Bazin & Valentin Szejnman, Heimdall de Max Baitinger (traduit de l’allemand par Sonia Schott),
Espoo de Félix Auvard, L’Homme Gouffre de Léa German & Marie Maillos

 
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5 Messages :
  • L’écriture inclusive n’est pas ce qu’on a inventé de plus fluide mais si en plus, la coupa syllabique n’est pas respectée et le pluriel non plus, ça devient illisible.

    "des auteur·rice·s"

    Si je place le féminin avant le masculin, ça donne :
    aurice.teur
    C’est du n’importe quoi !
    Plus simplement :
    des auteurs.trices

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  • Malgré les questions interrogeant en ce sens, à aucun moment il n’est question de la rémunération des auteur-trice-s.

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    • Répondu le 4 mars à  13:33 :

      Pourquoi séparer le s ?

      Si on dit "des", on accorde au pluriel.
      On ne peut pas écrire "des auteur" et "des autrice".

      Bizarrement, avec l’écriture inclusive, le masculin est toujours cité en premier.

      Pourquoi ne pas préférer "auteurs.trices" ?

      Faudrait inventer un neutre asexué comme "auteruirces" ou "autreiucres".

      Pour ce qui est de la rémunération, elle n’est pas comprise dans l’écriture inclusive. Le pourboire est à part.

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      • Répondu par Lise LAMARCHE le 6 mars à  09:09 :

        Bonjour,

        Concernant les règles de l’écriture inclusive, celles-ci sont plurielles étant donnée leur mise en œuvre récente. On peut donc trouver auteur·rice comme auteur·trice, voire le terme auteurice, sans point médian. Il est également possible d’utiliser des tirets ou des slashs au lieu du point médian.
        Pour le pluriel, séparer le "s" le met en dénominateur commun aux deux termes précédents, mais on peut trouver également le trouver accolé au dernier terme.
        "Auteur" est placé devant "autrice" en raison de l’ordre alphabétique.

        Si vous souhaitez vous renseigner davantage, voici un manuel d’écriture inclusive disponible sur le site du Secrétariat d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, qui vaut pour information et non prescription : https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/initiative/manuel-decriture-inclusive/.

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        • Répondu le 6 mars à  17:58 :

          Et pour un auteur.trice transgenre, on peut écrire auteur.trice.teurice ? Parce que si on utilise seulement le terme auteurice. Comme il est censé être asexué, ça peut prêter à confusion, non ?

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