L’Ambulance 13 - T2 - Au nom des hommes - Par Cothias , Ordas et Mounier - Editions Bamboo

31 mai 2012 0 commentaire
  • On ne compte plus le nombre d'albums ayant pour cadre la Première Guerre mondiale. À l'exception d'un Tardi qui, voilà plus de trente ans, ouvrit la voie, ce qui tend à devenir un genre à lui seul fut pendant très longtemps ignoré. On assiste aujourd'hui à une inflation de production de niveau parfois inégal. 1914-1918 ferait-il partie des incontournables que tout éditeur se doit d'inscrire à son catalogue ?

Les auteurs doivent donc rivaliser d’audace ou d’ingéniosité pour trouver un nouvel angle, faire du neuf avec du vieux ! La Der des ders semble avoir encore de beaux jours devant elle ! Après les témoignages engagés, les Paroles de poilus, l’humour, les gueules cassées, les uchronies…, les auteurs sont amenés à s’intéresser à des aspects moins connus, peut-être moins spectaculaires mais tout aussi passionnants de ce conflit majeur. Le duo Cothias & Ordas dont on a déjà pu apprécier d’autres productions a donc choisi l’option sanitaire et médicale avec Ambulance 13.

Après un premier tome particulièrement prometteur séduisant par le graphisme clair et efficace d’Alain Mounier, qui parvient progressivement à se détacher d’une veine réaliste à la «  Julliard » voici la suite de l’épopée du Lieutenant Louis Charles Bouteloup.

Le jeune soldat, fraîchement diplômé de la faculté de médecine a rejoint le front pour être affecté à l’Ambulance 13, une petite unité plus particulièrement chargée de secourir, opérer et sauver les poilus qui reviennent du front…quand ils en reviennent !

Lors d’une opération quasi suicidaire le jeune homme a négocié une trêve avec l’ennemi pour pouvoir récupérer les survivants d’une opération précédente. Cette initiative sanitaire n’étant pas du goût de ses supérieurs. Le militaire se trouve mis à pied et risque le conseil de guerre pour ce qui est apparenté à... une trahison !

De par ses missions, Louis est amené à travailler avec d’Isabelle de Ferlon, une jeune femme qui vient tout juste de prononcer ses vœux : c’est une religieuse qui encadre d’une équipe de couventines formées pour venir au secours des blessés. Les deux jeunes gens se refusent à laisser parler les sentiments qu’ils semblent exprimer l’un pour l’autre. La jeune religieuse est tout autant troublée par le charme de ce jeune médecin humaniste.

Le père de Louis, le baron Bouteloup, est colonel et bien introduit à l’état major. L’officier voit donc d’un mauvais œil les prises de position de son fils craignant qu’elles nuisent à sa carrière politique.

Tiraillé entre un « amour interdit », la tyrannie d’un père inflexible, ses convictions humanistes et son devoir de soldat Louis Bouteloup a bien peu de marge de manœuvre !

En s’intéressant à un aspect peu connu du conflit : le service de santé des armées, mais aussi la psychologie et l’esprit particulier des personnages, Cothias et Ordas traitent le sujet « à la sociale ». L’originalité de ce récit vient principalement des personnages, beaux portraits baignés dans un contexte particulier bien restitué. Aux descriptions minutieuses du quotidien des tranchées répond une peinture fidèle de la vie « à l’arrière ».

À bonne distance d’un discours pacifiste parfois facile (et souvent présent sur cette période), les auteurs nous restituent l’esprit d’une époque dans ses incertitudes et ses contradictions, en s’appuyant sur une saga familiale traversée par le conflit.

Ni récit de guerre (même si certaines scènes sont admirablement représentées !), ni simple histoire de famille (malgré une attention aux personnages secondaires), ni romance larmoyante, cette chronique des tranchées vue à travers les yeux de ce médecin humaniste se lit agréablement. Sans renouveler complètement le genre, ce cycle a le mérite d’apporter un autre éclairage sur un conflit qui ne cesse de nous fasciner encore. À (re-)découvrir !

(par Patrice Gentilhomme)

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