La Dame blanche : les fantômes de Quentin Zuttion

  • S’il est un auteur qui accrochera la lumière cette année-ci, c’est bien Quentin Zuttion qui publie en 2022 coup sur coup deux romans graphiques au Lombard : un premier en janvier (il devait paraître en septembre dernier), "La Dame blanche", où il met en scène une infirmière travaillant en maison de retraite, entre jeux de scrabble avec les patients et toilettes mortuaires, et un deuxième en août prochain, "Toutes les princesses meurent après minuit", un album davantage autobiographique qui observe en huis-clos pendant 24 heures une famille au prisme de leurs sentiments amoureux. Deux saisissantes tranches de vie, tendrement mélancoliques, qui révèlent un auteur avec lequel désormais il faudra compter.
La Dame blanche : les fantômes de Quentin Zuttion
Quentin Zutttion
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Oh, il est dans le paysage depuis un certain temps déjà, Quentin Zuttion. Comme illustrateur, on a vu ses dessins sur le site MadmoiZelle.com ou encore dans les magazines Neon et Ça m’intéresse. Diplômé à l’École nationale supérieure d’art de Dijon, il avait fait de la photo, de la vidéo, de la performance avant de lancer son blog "Les petits mensonges de Mr. Q" (surnom qu’il a chopé en faisant un stage de trois mois aux éditions Delcourt).

Il publie bientôt sa première BD : Sous le lit (Ed. Des Ailes sous le tracteur, en 2016 ; Ed. Lapin 2019). Suivent Chromatopsie, ses chroniques BD pour MadmoiZelle.com (Éditions Lapin, 2018) et la même année Appelez-moi Nathan avec Catherine Castro au scénario, Drosophilia, sur un scénario de la YouTubeuse Mardi Noir (ED. Payot Graphic, 2020), enfin Touchées sur les violences faites aux femmes. Tous ces albums s’intéressent aux causes féministes et LGBTQIA+.

Son album au Lombard qui sort ces jours-ci (après une première tentative en septembre dernier) ressort d’un autre registre. Il s’intitule La Dame blanche. Elle met en scène une de ces infirmières, « auxiliaires de vie » comme on dit en zorlangue, qui vivent au quotidien dans un EHPAD. L’album s’ouvre sur la toilette mortuaire d’une résidente...

On peut y lire : « Depuis dix ans, je passe mes journées à m’occuper d’eux. Je les soigne. Je les nourris. Je les lave. Je les fais rire. Je les prends dans mes bras. Et puis d’un coup, ils partent… »

C’est ça le sujet. Nous vivons tous des petites morts et des grandes morts dans notre existence. Mais là, c’est tous les jours. Comment surmonte-t-on cela ? Comment vit-on avec cela ? Comment partage-t-on cela avec son amoureux, avec ses proches  ? Comment ne pas se projeter dans cette étape de la vie où nous échoueront tous, un jour ou l’autre, comme une épave éventrée par la vie. Enfin, y a-t-il un rapport avec la « Dame blanche » des légendes ? C’est tout l’enjeu de cet album touchant qu’anime le trait embué d’émotions de Quentin Zuttion.

C’est cafardeux ? Pas vraiment, mais ça arrache une larme. C’est en clair une découverte, dans la lignée de l’album d’Alix Garin, Ne m’oublie pas, chez le même éditeur. On attend avec impatience son album prévu pour sortir fin août, si tout va bien...

(par Didier Pasamonik (L'Agence BD))

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© Le Lombard

 
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