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Quentin Zuttion : « Toutes les princesses meurent après minuit est mon album le plus personnel » - [INTERVIEW]

En marge de la soirée de lancement de son dernier album « Toutes les princesses meurent après minuit » Quentin Zuttion a répondu à quelques-unes de nos questions. Dans l'enceinte tamisée du Cancan Pigalle, le dessinateur nous parle d'une œuvre où il manie les émotions avec douceur et tendresse.
6 septembre 2022 Kelian NGUYEN Commenter

Quelles sont les sources d’inspirations de Toutes les princesses meurent après minuit ?

Pour l’histoire en elle-même, je n’ai pas eu à chercher bien loin. J’ai pioché dans mes souvenirs d’enfance, puis les ai tordus, malaxés et recrachés pour en créer une histoire qui se déroule sur 24h.

Le véritable point de départ, c’est un jeu auquel je jouais. Petit, je me travestissais en princesse, déjà parce que ça me plaisait, mais aussi, je pense, parce que je devais avoir un peu conscience que le travestissement me permettrait d’embrasser sur la bouche un camarade d’école.

Dans les contes, un prince doit embrasser la princesse pour la réveiller, alors l’un de mes jeux d’enfants favori était de mimer la mort pour qu’on m’embrasse.

Quentin Zuttion : « Toutes les princesses meurent après minuit est mon album le plus personnel » - [INTERVIEW]
Quentin et son éditrice, Elise Harou, des éditions du Lombard, durant le lancement de l’album
© Kelian Nguyen

Cette anecdote, pour moi, raconte plein de choses, que ce soit sur des questions de désir, de genre, d’orientation sexuelle et d’une pression sociale que même un enfant de huit ans peut ressentir bien qu’il n’en ait pas les codes.

Parce que pendant ces jeux, jamais je ne me suis permis d’embrasser mon petit camarade sans mon déguisement. C’est que j’avais bien compris, au fond, que deux garçons qui s’embrassent, ça créait un problème. Mais dès que je mettais mon t-shirt pour me créer de faux cheveux et un petit diadème sur la tête, c’était « ok ».

C’est vraiment le point de départ du livre. Puis, j’ai ajouté les histoires des autres membres de cette petite famille : Cam, l’adolescente et la maman. Elles vont aussi expérimenter la relation amoureuse sous toutes ses formes et évoluer dans ce décor de maison pavillonnaire.

© Act III Productions

Ça a été un réel plaisir de me replonger dans la fin des années 1990, de recréer sa pop culture, des posters, des Walkman, de Mon Petit Poney et cie.

© Claude Miller

Du côté de la mise en scène, je me suis beaucoup inspiré de films que j’adore : Stand By Me (Rob Reiner, 1986) et L’Effrontée (Claude Miller, 1985) en tête. Ce sont des films que j’ai vus assez jeune, vers 13 ans je pense. Ils racontent très bien l’enfance et l’adolescence, l’été, l’ennui, la chaleur, le bouillonnement intérieur. Ce sont des films classiques de quêtes initiatiques où les personnages grandissent vite, apprennent d’eux-mêmes et des autres et ils ont vraiment accompagné cette BD.

© A24 Films, Plan B Entertainment

Est-ce que le titre, la couverture et les thèmes abordés font référence au film Moonlight (Barry Jenkis, 2016) ?

Je n’y ai absolument pas pensé, haha. Il peut y avoir un rapprochement, oui, sur l’homosexualité du personnage principal bien sûr, la figure paternelle aussi, le masculin en général… Mais mon héros est très loin des problématiques de vie de celui de Moonlight. Déjà, mon héros est blanc, issu d’un quartier de classe moyenne, et c’est une énorme différence. Moonlight nous parle aussi d’enjeux de classe. Dans ma BD, ce n’est pas le sujet, le personnage de Lulu n’a jamais manqué de rien et ne vivra jamais d’oppression à cause de sa couleur de peau.

Est-ce une volonté que le dessin soit plutôt doux par rapport à la dureté de certains événements ?

L’aspect pastel et son côté doux et enfantin m’a permis, à moi, de mieux décortiquer cette période de mon enfance. J’aimais beaucoup dessiner au crayon de couleur et aux gros pastels de l’école. Utiliser cette technique qui se rapproche du pastel (tout est fait à l’iPad), c’était un peu une petite madeleine de Proust.

C’était comme ça que je dessinais mes princesses (en moins bien, j’espère avoir progressé un peu !) alors je me suis dit que ça apporterait sans doute quelque chose. C’est aussi beaucoup plus chaud que mon traitement style aquarelle dans mes anciennes BD, alors pour cette fin d’été où le soleil tape dur, ça faisait sens.

J’ai adoré cette technique, notamment pour les scènes de nuit. Je voulais une nuit elle aussi très chaude, d’où cette lune rousse et ce ciel bien plus violet que bleu nuit.

Comment vous caractérisez cet album par rapport à vos précédents ?

C’est clairement mon plus personnel. C’est celui que j’ai fait le plus vite, mais j’espère aussi que c’est le plus abouti graphiquement. J’aimerais, bien sûr, qu’il marque un temps important de ma carrière, mais ça, c’est aussi un peu aux lectrices et aux lecteurs d’en décider !

Moi, je sais qu’il m’a fait du bien, qu’il m’a soulagé et fait un peu peur aussi parfois : l’autofiction, c’est effrayant, aussi pour les personnes qui nous connaissent. Parce que dans l’autofiction, on ment forcément, et on ne sait pas comment vont réagir nos proches à cette lecture qui se rapproche d’eux mais vient aussi fausser leurs propres souvenirs. Donc, j’étais très angoissé à la sortie, je le suis d’ailleurs toujours un peu.

Mais ça, c’est ma tambouille à moi, je le gère, et maintenant c’est aux lecteurs de se l’approprier et de faire voyager Lulu, Cam et leur maman.

(par Kelian NGUYEN)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782808205801

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