La rencontre entre Émile Bravo et Riad Sattouf : « Un dessin ne doit pas être beau : il doit être juste !... »

23 novembre 2018 11 commentaires
  • Le 26 octobre dernier, la FNAC Bercy (Paris) a demandé à Didier Pasamonik d’animer une rencontre exceptionnelle entre Riad Sattouf, l’auteur de "L’Arabe du futur" dont le tome 4 sort en librairie ces jours-ci aux éditions Allary, et Émile Bravo, qui vient de publier son deuxième "Spirou" avec "L’Espoir malgré tout" chez Dupuis, deux titres qui viennent d'être nominés dans la sélection d'Angoulême 2019. Ces deux amis n’avaient jamais parlé de leur admiration réciproque en public. Ils l’ont fait lors de cette rencontre que la FNAC nous a autorisée à reproduire ici.

Nous avons une chance folle de vous trouver côte à côte. Vous Riad, vous en êtes au quatrième album de L’Arabe du futur, une série qui en est à un million et demi d’albums vendus, traduite en 22 langues… C’est un énorme succès. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Riad SATTOUF : C’est très surprenant. Quand j’ai commencé à faire cette bande dessinée, j’espérais que le lecteur s’intéresse à mon histoire, mais c’est vrai que depuis, l’ampleur de son succès me dépasse un peu.

Émile Bravo, c’est votre deuxième album de Spirou et, là aussi c’est une surprise, parce que le premier tome avait également rencontré un énorme succès !

Émile BRAVO : Oui mais un peu moins que Riad quand même (rires).

Un sacré succès quand même avec, là aussi, des traductions aussi dans plusieurs langues. C’est une surprise également ?

EB : Cela a été une surprise dans la mesure où le premier album était dans une collection où l’on me demandait de faire un one-shot, je ne pensais pas faire une suite. Mais comme cette collection est partie un peu à vau-l’eau, certains se mettant à faire plusieurs albums, l’éditeur m’a dit « Si tu as encore quelque chose à dire sur Spirou ne te gêne pas. » et vu l’engouement qu’avait suscité le premier, j’ai accepté de faire une suite. En général, quand je n’ai rien à dire je me tais, mais là il y a une idée qui m’est venue et j’ai trouvé que cela pouvait être intéressant.

La rencontre entre Émile Bravo et Riad Sattouf : « Un dessin ne doit pas être beau : il doit être juste !... »
"Spirou : L’Espoir malgré tout" par Emile Bravo
© Dupuis

Riad, vous dites du Spirou d’Émile Bravo que c’est un chef-d’œuvre. Vous avez tweeté cela…

RS : Oui tout à fait, c’est vrai que j’adore les Spirou d’Émile. Surtout que j’ai eu la chance de les lire en avant-première, parce que j’ai lu les scénarios, et j’ai lu la suite de L’Espoir malgré tout. Je suis un fan d’Émile depuis toujours et j’adore ses Spirou. Maintenant, j’avoue que je n’ai jamais lu d’autre Spirou que les siens. (Rires) J’ai essayé, mais je trouve que celui d’Émile m‘a vraiment touché, notamment parce qu’il fait une sorte de lien entre l’univers de Spirou, et l’univers un peu ligne claire d’Hergé.

On aura l’occasion de creuser ça, mais justement, par rapport à cela, j’ai une question-piège : en quoi Émile Bravo est-il exceptionnel, supérieur à d’autres ?

EB : Oh, c’est le moment de m’en aller ! (Rires)

RS : Il n’y a pas de supériorité ni d’infériorité. Émile, je l’ai rencontré au début des années 2000. À cette époque-là, je faisais des bandes dessinées qui étaient très réalistes. J’étais assez malheureux d’être un dessinateur. Je travaillais avec un scénariste alors que je voulais écrire mes propres histoires. Émile Bravo, quand je l’ai rencontré, avait déjà publié plusieurs albums de la série « Une Épatante Aventure de Jules » que j’adorais. Il m’a donné ce conseil très simple : « Écris ton histoire. ». Il m’a montré ses storyboards et la façon dont il écrivait ses bandes dessinées. Il m’a même donné le classeur des pages transparentes sur lesquels il avait dessiné tous ses scénarios. Ça m’avait libéré parce que je ne savais pas qu’on pouvait créer une bande dessinée comme cela.

Une rencontre entre Riad Sattouf et Emile Bravo animée par Didier Pasamonik (ActuaBD)
Photo : DR

Il y a quand même la méthode, qui est très aboutie chez vous. Il y a un storyboard qui est conçu jusqu’au bout. Est-ce que pour L’Arabe du Futur tout est écrit, du début à la fin, avant de dessiner ?

RS : Bien sûr, et pour chaque volume, je le faire lire à Émile, c’est très important pour moi. Je connais toute l’histoire jusqu’à la fin de la série, j’écris les volumes au fur et à mesure mais je les ai quand même découpés jusqu’à la fin. Et quand je dis que je les écris c’est sous cette forme de storyboard dessiné, que l’on peut faire lire à ses amis de confiance, qui vont vous donner des conseils, vous dire s’ils aiment ou pas, s’ils trouvent qu’une partie est molle, qu’il faudrait rajouter ça, etc. Je ne pourrais pas me passer de faire lire mes scénarios à mes amis.

Ce qui est marquant, à la lecture de L’Espoir malgré tout, c’est la qualité du jeu d’acteurs entre Spirou et Fantasio. Les dialogues sont incroyablement dynamiques et super bien ciselés. Vous qui dirigez des comédiens, cela se perçoit dans la lecture ?

RS : Bien sûr, il faut être capable de se mettre dans la peau de ses personnages, d’imaginer ce qu’ils pensent, leur façon de parler, leur façon de bouger. Émile le fait très très bien, il le faisait déjà dans Jules, c’est ce qui fait aussi que les auteurs arrivent à transmettre une vision. Je pense à quelqu’un comme Blutch : ce n’est pas étonnant qu’il ait aussi été acteur ! Émile comme lui savent bien se mettre à la place de leurs personnages, transmettre une gestuelle, une façon de bouger, de parler, c’est très important.

Vous sortez l’un et l’autre de la forge de la bande dessinée des années 1990 / 2000 où une nouvelle forme de bande dessinée apparaît.

RS : Oui, Émile Bravo, Joann Sfar, Christophe Blain étaient déjà des auteurs à l’époque, Marjane Satrapi aussi. Je me rappelle la première fois que j’ai rencontré Émile, c’était au Salon du Livre de Nancy, on est rentrés en train côte à côte. Je me souviens lui avoir dit : « J’aimerais bien faire une bande dessinée sur la Syrie… » Je lui avais raconté que j’avais grandi en Syrie, et il me dit, « Attends, tu vas voir il y a une bande dessinée qui va sortir, j’ai aidé une copine à la faire ; elle raconte sa jeunesse en Iran. Elle s’appelle Marjane Satrapi, personne ne la connaît, mais tu vas voir… » Quand il m’a dit ça, je me suis dis : OK. Je vais attendre 20 ans pour faire la mienne ! (Rires)

Deux des plus gros best-sellers de cette rentrée

Vous avez reçu, presque à un an d’intervalle le Prix Goscinny récompensant le meilleur scénario. Est-ce à dire que l’on vous reconnaît d’abord comme scénaristes ?

EB : Encore une fois, sans scénario, il n’y a pas de bande dessinée. Les prix, on s’en fout un peu et ceux qui ne portent que sur le dessin, cela n’a aucun sens. Une bande dessinée, c’est une écriture graphique, ce n’est pas du dessin. Cela ressemble à du dessin, mais en réalité, ce sont des codes, ils s’apprennent, on peut les inventer, mais on est toujours inspiré par ceux avec lesquels on a grandi. La bande dessinée, c’est avant tout une histoire, s’il n’y a pas d’histoire il n’y a rien. Honorer un dessinateur, c’est comme décerner un prix de la typographie aux écrivains ! La bande dessinée, c’est une écriture dessinée. À propos du terme « storyboard » dont on parlait tout à l’heure, je n’aime pas trop ce mot-là parce que c’est trop proche du vocabulaire du cinéma, ce qui crée de la confusion.

RS : Je n’ai jamais trouvé l’équivalent du mot « storyboard » d’ailleurs. Comment pourrait-on dire ? « Manuscrit découpé » ?

EB : C’est ça, c’est une écriture graphique, quand on écrit une histoire, le dessin arrive en même temps. C’est ma définition aujourd’hui.

Vous avez l’un et l’autre, un point commun avec Goscinny : dans Le Petit Nicolas, Goscinny raconte des histoires d’un point de vue d’enfant, et l’un et l’autre vous utilisez le même procédé.

EB : Mais c’est complètement lié à ce que je viens de dire. Comme je dis souvent, avant de savoir écrire, on sait dessiner, c’est la première écriture avec laquelle on s’exprime. C’est totalement lié à l’enfance.

RS : Émile a raison : quand j’ai commencé à écrire des histoires, il m’a tenu exactement le discours qu’il vient de tenir là, de la même façon un peu passionnée, enflammée. Émile est quelqu’un qui est très important pour plein d’auteurs, il a tenu ce discours à beaucoup de gens. C’est pour ça que je dis souvent qu’Émile est mon maître, mais c’est aussi le maître de pleins de gens, en fait. Tout le monde a entendu Émile répéter « Mais la BD, c’est une écriture dessinée ! » Et ça m’a marqué très fortement quand il racontait tout cela. On partage ensemble un amour des BD d’Hergé. Lui, il est directement relié à cela, par son dessin extrêmement virtuose. Ses bandes dessinées ont une sorte de complétude, je ne sais pas si on peut dire ça, une union entre le scénario et le dessin. On a envie de s’inspirer de ces choses-là. C’est donc vrai que j’ai beaucoup écouté ses conseils.

"L’Arabe du futur" par Riad Sattouf
© Riad Sattouf / Ed. Allary

Hergé disait justement de cette fameuse « Ligne claire » dont on nous rebat les oreilles depuis plus de 30 ans que c’était d’abord « une ligne claire de scénario »...

EB : La définition de la Ligne claire, pour moi, n’est pas du tout la définition esthétique qu’on a entendu dans les années 1980. Et je me souviens qu’Hergé disait qu’il ne se reconnaissait pas là-dedans. Pour lui, s’il y avait une clarté c’était dans le récit, il devait être fluide et clair, et là-dessus, je suis totalement d’accord. Pourquoi s’attarder sur la typographie alors qu’il faut s’attarder sur l’histoire ?

Mais en même temps, Riad vient de souligner que vous êtes un super-dessinateur !

RS : Émile est comme le chanteur de Metallica qui affirme qu’il est un mauvais guitariste, alors qu’il est ultra-bon ! Il dit : « On s’en fout du dessin ! On n’en a rien à faire ! » Et puis en fait, il va faire des dessins dans un bateau dans tous les sens sans aucun problème (rires).

EB : Ça fait 50 ans que j’utilise cette écriture graphique donc fatalement, au bout d’un moment on affûte son outil et on sait le maîtriser ! Encore une fois, moi j’ai commencé comme vous tous, dès que j’ai su tenir un crayon, et c’est ça qui est important à comprendre.

Nous avons regardé de très près les dessins de Riad, et ce que nous en tirons, c’est qu’il a une qualité incroyable, d’une parfaite justesse.

EB : Voilà c’est ça ! Un dessin ne doit pas être beau : il doit être juste ! C’est qu’il faut comprendre. Il faut se mettre à la place du lecteur pour que la lecture soit fluide. Il faut oublier qu’on est en train de lire une bande dessinée, quand on le fait. C’est pareil dans le cinéma ou quand on écrit un livre.

"Spirou : L’Espoir malgré tout" par Emile Bravo
© Dupuis

Riad, votre matériau, c’est l’observation, avec d’ailleurs une précision de détail incroyable. Est-ce que vous êtes hypermnésique ?

RS : Non, je ne pense pas. Il se trouve que dans mes bandes dessinées, je me suis inspiré de ma vie, de mes souvenirs… Mais s’il n’y a pas de fiction, je reconstitue cependant certaines choses. Par exemple, je suis allé cinq ans à l’école en Syrie. J’aurais pu faire dix volumes sur cette époque. J’ai limité ça. Parfois, je rapproche des anecdotes, je les mets ensemble pour qu’elles soient agréables à lire et compréhensibles pour le lecteur. Ce n’est pas un déroulé de la mémoire sans filtre, j’aime bien m’inspirer du réel, même si j’adore aussi les histoires de genre, j’aimerais beaucoup en faire. Émile aussi s’inspire du réel. Tout dépend de la façon dont on le traite. Je présente mon travail directement en prise avec le réel.

Avec une actualité aussi…

RS : La guerre civile syrienne a démarré au lancement de L’Arabe du Futur, mais c’était un hasard.

« L’Arabe du futur » , c’est vous en fait, c’est une projection que votre père faisait de vous…

RS : Non, « l’Arabe du Futur », c’est une phrase que mon père disait quand je ne voulais pas aller à l’école. Il me disait : « Tu dois aller à l’école parce que l’Arabe du futur va à l’école ! » Une opposition, selon lui, à l’Arabe du passé qui était analphabète et illettré, parce qu’il était le seul de sa famille à savoir lire et écrire.

"L’Arabe du futur" par Riad Sattouf
© Riad Sattouf / Ed. Allary

Émile, en ce qui vous concerne, vous avez plutôt mis le costume d’un personnage existant… Est-ce du prêt-à-porter ou du sur-mesure ?

EB : C’est un peu les deux en fait, dans la mesure où le personnage correspondait parfaitement à l’histoire que je voulais raconter. C’est l’éveil d’un enfant, d’un garçon qui, symboliquement, n’est pas grand-chose : un groom. Il tient les portes, porte les bagages, dans un uniforme. Il n’a pas le droit de penser, il n’a pas de libre-arbitre au départ. Et c’est finalement ça son histoire, comment il devient ce qu’il va être par la suite : un aventurier. C’est là que cela devient intéressant, parce qu’au fond, c’est un peu la vie de nous tous. Quand nous étions enfants, nous n’existions pas, surtout dans ma génération. Les adultes passaient leur temps à nous dire de nous taire, qu’on ne comprenait rien, qu’il fallait grandir. Spirou m’a donné l’occasion de faire grandir cet enfant et, à travers lui, tous les enfants. J’essaye de transmettre quelque chose aux enfants pour leur faire comprendre que ce monde d’adulte, ne l’est pas en fait, c’est un peu ça l’idée.

Mais en même temps ça parle d’histoire, comme pour Riad.

EB : Oui, parce que l’histoire c’est essentiel, il faut s’y intéresser comme à sa propre histoire, à ce que l’on est nous. C’est un peu un travail de psychanalyste, se plonger dans ce passé pour quelque part le revivre. Ça m’a pris quatre ans à écrire parce que pendant quatre ans il a fallu que je le vive, et sans recul, sans avoir la distance du fait que je sais ce qui s’est passé. Je voulais avoir l’innocence des gens qui l’ont vécu au moment même.

Ça va loin, jusque dans la description des saisons, par exemple.

EB : Oui, il fallait que je sente le froid pour dessiner le froid (rires). Ce qui est important, c’est de transmettre tout cela, parce que quand on voit ce qu’il se passe aujourd’hui, on a l’impression que les gens sont vraiment amnésiques. Il est nécessaire de rappeler ce qu’était cette époque-là.

Spirou fait un apprentissage politique. Votre album est une réflexion sur l’engagement…

EB : Oui, mais est-ce vraiment politique ? N’est-ce pas philosophique plutôt ?

C’est politique dans la mesure où on parle du vivre-ensemble.

EB : Dans ce sens-là, oui. Tout à l’heure on parlait de l’hypermnésie, le fait de se souvenir vraiment d’énormément de choses. Moi je me souviens parfaitement de mon enfance, et dans quel état j’étais, les questions que je me posais, et c’est cela que j’essaye de développer. Je suis un enfant quand j’écris mon histoire et que je développe mes questionnements, pour y répondre à travers l’adulte que je suis aujourd’hui.

Comme pour Riad, ce sont au fond vos parents qui vous amènent à ce sujet.

EB : Je vois où vous voulez m’entraîner (rires). Mon père était Républicain espagnol, il a été enfermé dans un camp dans le Sud de la France… Quand j’étais tout petit il m’a raconté cet épisode de sa vie, qui a été très important pour lui. Il m’a dit un jour : « Sans Hitler et Mussolini, tu n’existerais pas. », et cela m’a vraiment marqué, je l’ai pris comme quelque chose de très personnel, alors que c’est le cas pour nous tous, pour tout le monde. Je pense que l’Europe a tellement bougé pendant ces années-là qu’il n’y a pas grand monde ici qui serait né sans passer par ça. Cela pose effectivement cette question fondamentale : comment l’inhumanité nous a-t-elle engendré ? Donc c’est là en fait, où depuis l’enfance, depuis cette époque-là je me suis plongé dans l’histoire pour comprendre un petit peu ce qu’est l’homme et comment cela s’est produit ! C’est ça que je trouve intéressant, que je voudrais transmettre aujourd’hui.

Riad, dans L’Arabe du futur, il y a un personnage central qui est votre père, marié à une Française bretonne. C’est le choc des civilisations ?

RS : Non, je ne dirais pas cela, parce que justement, ce que je veux montrer dans cette série, c’est que toutes les différences que l’on peut imaginer sont des similitudes quelque part. Je sais, pour l’avoir expérimentée, que la vie au village de Ter Maleeh est très similaire à celle qu’il y avait dans les campagnes françaises au début du siècle. Je sais que souvent, quand je suis en dédicace en librairie, j’ai des personnes âgées qui viennent me voir, qui lisent mes BD et j’adore ça. Les petites mamies, les petits papys qui me disent : « Vous savez, j’ai lu votre volume 2, toutes ces histoires où vous vous faisiez taper à l’école, bah moi, en France, c’était pareil l’après-guerre, on se faisait taper avec des bâtons… C’est mai 68 qui a mis fin à cela… Et ça fait plaisir de lire ces choses-là chez vous parce qu’on les avait oubliées ! » On oublie d’où l’on vient, le progrès économique, le projet social… Les bases des sociétés sont assez proches, ce sont des sociétés patriarcales, méditerranéennes… Même si l’on peut penser que c’est très différent, c’est très proche en fait. C’est quand même les hommes qui vont travailler, les femmes qui s’occupent des enfants, qui restent à la maison. Les fondamentaux de la société sont proches.

Vous décrivez votre père comme un « Arabe d’extrême droite », il aime beaucoup les dictateurs, et pour lui, il n’y a pas d’Arabe du futur sans dictature apparemment…

RS : Je ne dirais pas les choses comme ça. Disons que mon père était panarabiste, c’est-à-dire qu’il rêvait d’États-Unis arabes qui uniraient tous les peuples de langue arabe. Cette doctrine politique a été rendue célèbre par le président égyptien Nasser. Mon père était un ultra-nationaliste, ensuite il a gardé cette fascination pour les hommes forts, il adorait Kadhafi, même s’il le trouvait fou sur la fin, et sa grande idole était Saddam Hussein.

Hussein avait un destin, une vie, qui pouvait sembler proche de celle de mon père. Il venait d’un petit village misérable, il avait fui la violence de son beau-père pour rejoindre son oncle qui était maître d’école et qui lui avait appris à lire et à écrire. Grâce à ça, il a eu accès à l’éducation et il a fini par faire un superbe coup d’État et par devenir président, puis dictateur de l’Irak. Mon père rêvait de ça, il voulait faire un coup d’État, il en parlait tout le temps. Il voulait exécuter les "socialos et les cocos", comme il disait. Il considérait que le plus grand homme politique français c’était Jean-Marie Le Pen. Il avait une vision nationaliste.

Quand Saddam Hussein a envahi le Koweït, un des premiers hommes politiques français à aller voir Hussein, c’était Le Pen. On trouve une vidéo sur YouTube, où on les voit qui se parlent… Pour mon père, c’était l’homologue de ces hommes forts. Il pensait que Le Pen était le seul garant des vraies valeurs françaises. Pour lui, bien heureusement, les communistes et les socialistes détruisaient la France et allaient faire en sorte que le monde arabe allait pouvoir se développer.

On vous voit vieillir d’album en album, découvrir la sexualité, la religion… Votre père, dans cette histoire, est une figure totalement opposée à celle de votre grand-père maternel qui lui est plutôt un obsédé sexuel. Tout cela pose des problèmes d’identité, tant sexuelle, que religieuse…

RS : Simplement le rapport au statut des femmes n’était pas le même. Mon père n’arrêtait pas de me dire que les femmes, c’était le diable, qu’il ne fallait pas s’en approcher… Que l’on pouvait se marier avec elle un jour oui, mais elles nous entraîneraient en enfer… De l’autre côté, mon grand-père français était ultra-obsédé sexuel, naturiste, il avait extrêmement peur que je devienne homosexuel… On me voyait comme un peu efféminé : j’aimais le dessin, je n’aimais pas la bagarre, le foot etc. Donc il s’est dit : « Il faut faire quelque chose, il faut que je m’en occupe. », et quand nous nous rendions dans les supermarchés, il me disait : « Regarde celle-là, regarde ses fesses, t’as vu comment elles sont belles, ses fesses ? Et puis elle a des beaux seins… Regarde, tu pourrais les toucher ! » Je trouvais très gênant que ce soit quelqu’un de ma famille qui me dise des choses comme cela. J’étais entre deux extrêmes ! J’ai donc fait ce que beaucoup de gens entre deux extrêmes font : je me suis réfugié dans le dessin. J’ai décidé de devenir auteur de BD à cette époque-là, pour développer mon propre univers.

C’est un portrait sévère, mais il y a en même temps beaucoup d’empathie dans le portrait de ce père qui à chaque fois qu’il a une contradiction se met à renifler. Il a des côtés très antipathiques, mais à aucun moment vous ne lui en voulez finalement.

RS : Ça dépend, c’est une interprétation, parce que j’ai quand même des lecteurs qui lui en veulent et qui le détestent. Il y en a qui viennent me voir et qui me disent : « Ah quand même, votre père, il est touchant. » et trois personnes plus tard, j’ai un type qui me dit :« Mais votre père, quel enfoiré ! » Alors c’est vrai que c’est ce que j’aime essayer de susciter dans mes histoires : je ne juge pas mes personnages. Je décris des faits et je laisse le lecteur se faire son avis.

C’est aussi à Émile que je dois cette façon de faire, puisqu’il déteste quand on fait la morale. C’est aussi quelque chose que j’ai toujours détesté dans les histoires, sans être capable de le nommer aussi précisément que lorsque qu’Émile me l’a montré. Il m’a dit qu’il suffit simplement de raconter des faits, les faits doivent dire les choses, ce n’est pas à moi de les commenter.

"L’Arabe du futur" par Riad Sattouf
© Riad Sattouf / Ed. Allary

Émile, est-ce qu’il y a une pédagogie dans cette façon de faire ?

EB : Oui, c’est celle du rire. C’est ce que j’ai appris dans mon enfance : la meilleure façon de faire passer des idées, c’est avec le rire, le sens de l’humour. Je raconte souvent que quand j’étais gamin, j’étais bon élève, mais je ne pouvais pas me mettre au premier rang parce que j’étais très timide, et j’aimais beaucoup me mettre derrière, parce qu’il y avait les cancres, et ils me faisaient mourir de rire, ils commentaient les cours. Et ça m’aidait à me souvenir des cours, parce que je me rappelais la blague qui était racontée à ce moment-là. De la même façon, je dis souvent qu’il y a cinq profs qui m’ont apporté beaucoup dans ma vie, qui m’ont aidé à me construire, et dont c’était un vrai bonheur d’écouter les cours : leur point commun, c’était le sens de l’humour. Je trouve que c’est la meilleure façon de transmettre : montrer que certaines choses ne sont pas graves, parce que nous ne faisons que passer dans ce monde. Cela aide les gens à ne pas trop prendre les choses aux sérieux. Il faut faire les choses sérieusement sans les prendre au sérieux.

Riad, vous racontez des choses terribles dans vos albums. L’humour, la comédie, ça fait tout passer ?

RS : L’émotion que je préfère, c’est le rire. Mais malgré tout il y a très peu de choses qui me font rire. Je rigole en lisant des livres, devant des films, des bandes dessinées, dès que je sais qu’il s’y trouve quelque chose potentiellement générateur de rire, pour moi c’est ce qu’il y a de plus beau. Quand je fais mes histoires, ou quand je faisais mes films, j’essayais toujours d’y mettre du rire, parce que j’aime cette émotion-là. Donc, quand on raconte des histoires terribles c’est tentant d’essayer de les enrober dans du rire, ça permet de faire ressentir des émotions dramatiques, de la souffrance peut-être, encore même plus par le rire. Il renforce les émotions…

Riad, pourquoi faut-il absolument acheter le Spirou d’Émile Bravo ?

RS : Parce que c’’est sans doute l’auteur qui maîtrise le mieux la langue de la bande dessinée. Il rigole, il est un peu timide, il est gêné devant les gens… Mais Émile est un grand séducteur. Ça fait partie des choses qui m’ont toujours beaucoup plu chez lui : c’est quelqu’un qui est capable de séduire n’importe qui, tout de suite, très vite. Il a parlé d’un de mes co-scénaristes en disant qu’il n’avait rien à dire etc. En fait, il est bon, humainement, et il fait les choses humainement. Il n’a jamais fait de projet ou de livre de manière un peu mercantile, ou parce que c’était un bon coup à faire. Il y a chez lui quelque chose de très sincère. Et je trouve que cette sincérité est finalement assez rare dans la BD, dans les films, les séries... C’est quelque chose qui me touche dans les livres d’Émile qui, en plus, sont hyper-biens !

Émile, pourquoi il faut lire L’Arabe du Futur ?

EB : Parce que d’abord, Riad est un grand auteur, et on n’en a pas beaucoup, des grands auteurs, en bande dessinée. On a beaucoup de dessinateurs, pleins de scénaristes, mais pas énormément d’auteurs. C’est un écrivain qui utilise le dessin, ce qu’il crée est une passerelle culturelle incroyable entre deux mondes que l’on ne connaît pas très bien et lui, il nous ouvre ça avec son regard d’enfant. Pour moi, c’est parfait. Son regard, je le comprends parfaitement. Il parlait tout à l’heure de son enfance en Syrie et des pays méditerranéens. Souvent, on en avait parlé au début, quand il écrivait L’Arabe du Futur. On disait : « C’est marrant, moi j’allais en Espagne passer les vacances quand j’étais gamin, à l’époque de Franco. » et on retrouvait cette même misère. Une misère comme on en voyait dans les films néo-réalistes italiens, et ça nous faisait marrer. Je trouvais ça hyper-drôle ! C’est terrible, mais c’est comme dans les films de Charlie Chaplin : dans la misère même, on peut trouver le moyen de rire tout le temps !

Riad, dans son album, Émile montre comment un pays libre vit une occupation, passe sous une dictature d’un jour à l’autre. Dans L’Arabe du futur, ce sont des dictatures installées, des peuples qui ne connaissent pas la démocratie…

RS : Oui, mais je ne me suis pas posé cette question-là. Dans ce que je raconte, dans les souvenirs de mon village, Ter Maleeh est finalement assez peu touché par le régime. C’est quelque chose d’étrange : il avait un système de fonctionnement social qui était autonome et on sentait bien que ça fonctionnait ainsi depuis la très haute antiquité. Sans doute l’islam est arrivé à un moment et ils sont tous devenus musulmans, mais ils ont conservé le même principe, il y avait là quelque chose d’immémorial, et personne ne venait embêter ces gens.

Comme les Alaouites des montagnes, on ne va pas les chercher en fait…

RS : Chacun est dans son coin, je sais qu’il y avait des villages chrétiens juste à côté de Ter Maleeh. Mon père ne nous y jamais emmenés. J’ai appris leur existence il y a cinq ou six ans par des gens qui me disaient qu’ils étaient de ces villages-là. Les gens ne se mélangeaient pas, en tout cas ceux de mon village ; c’était très fermé. Je montre ça à hauteur d’enfant, et on devine tout le reste du système derrière. Ce n’est pas une vie dans une dictature, c’est un point de vue dans un pays comme celui-là, qui est une dictature.

Chez vous, Émile, cette dictature, c’est le nazisme. Mais vous avez choisi le parti-pris de ne pas le surdéterminer graphiquement.

EB : Pour une raison simple : c’est que je me méfie du côté esthétique du nazisme, son graphisme, ce que j’appelle « l’effet Hugo Boss », qui fascine énormément d’auteur de BD qui prennent un malin plaisir à dessiner l’uniforme nazi. On sent que ça fascine…

Il y a énormément de couvertures de BD ornées de croix gammées…

EB : Voilà, ce genre de choses… Il faut effacer cette imagerie, pour voir que finalement, c’est quoi, l’armée nazie ? C’est une armée au service du pire régime qui ait existé, c’est une armée où on ne demande à personne de penser. On peut les associer à une mécanique que je confonds volontairement avec leur matériel militaire. Il n’y a là, vraiment, plus rien d’humain. L’humain s’est évaporé malgré ce que peuvent dire les vieux Allemands qui ont participé à la guerre et qui disaient « Nous nous battions pour notre patrie avant tout. ». Non désolé, vous vous êtes battus dans une armée du crime, on ne peut pas justifier ça. Et ça, il faut bien le dire. C’est donc ma façon de le dire, en effaçant tout le côté humain et léger de la bande dessinée, au travers de ce traitement un peu charbonneux.

On est loin de la ligne d’Hergé pour le coup, vous êtes davantage un héritier de Crumb que d’Hergé finalement ?

EB : Non, moi je dis qu’un Spiegelman, que Maus, c’est de la ligne claire ! Par rapport à la définition d’Hergé, pour moi, c’est de la ligne claire : c’est complètement fluide, c’est évident et pourtant c’est un trait charbonneux. C’est un autre registre, mais Spiegelman utilise des codes graphiques qui nous parlent, aussi bien dans le dessin que dans le récit, c’est une écriture.

"Spirou : L’Espoir du futur" par Emile Bravo
© Dupuis

Est-ce que, comme Riad, vous seriez tenté par le cinéma ?

EB : Absolument pas ! D’abord c’est un autre média, c’est un autre mode d’expression, c’est un travail de groupe… Je trouve ça très beau, mais pour cela il faut avoir un certain charisme, il faut savoir diriger une équipe. Il faut le voir pendant le tournage, Riad, c’est un vrai bonheur ! Tout le monde va le voir, tout le monde rit avec lui puisqu’il est très drôle. C’est vrai qu’il fédère énormément, il n’y a aucune tension, les gens s’amusent, il y a vraiment quelque chose de très chouette. Mais ce n’est pas une finalité pour moi, le cinéma. Je pense que c’est comme si on disait à un écrivain : « C’est bon, tu vas faire un film de ce bouquin ! » Pour la plupart des écrivains ce n’est pas le cas, je ne sais pas ce qui lui a pris…

Riad, étonnamment, le cinéma ne vous pas éloigné de la bande dessinée…

RS : Un petit peu quand même. J’avais fait des études de cinéma d’animation, donc ce n’était pas vraiment du cinéma avec des acteurs, mais j’étais très intéressé par le dessin animé, j’aimais toutes les formes du dessin : l’illustration, la peinture, la bande dessinée… J’adorais la bande dessinée parce que c’était la langue la plus complète qui était à ma disposition et que je pouvais tout y faire tout seul. Pour moi, en effet, le cinéma n’est pas un aboutissement. Mais il se trouve que j’ai rencontré une productrice qui s’appelle Anne-Dominique Toussaint qui adorait mes bandes dessinées et qui m’a laissé libre de faire les films que je voulais… Je me suis dit que cela aurait été dommage de ne pas le tenter. Si, demain, la NASA vient me voir et me dit : « Tu vas sur la Lune », me faisant passer devant 25 ou 250 cosmonautes qui se sont entraînés depuis des années, je le ferais quand même. J’aurais trouvé dommage de ne pas essayer de le vivre au moins une fois. Mon premier film a été un succès, mon deuxième film, Jacky au royaume des filles a été un four terrible et je suis revenu à la BD à ce moment-là. Je me suis éloigné un peu du monde de la BD, mais je n’avais alors pas énormément de succès, j’avais un lectorat d’aficionados, peu étendu….

Le prochain Spirou d’Émile Bravo est pour quand ?

EB : Normalement, vers août, septembre 2019.

Et le prochain Arabe du futur ?

RS : Pour l’année prochaine, mais il y aura quand même un Cahier d’Esther au printemps et peut-être un prochain volume de L’Arabe du futur.

Propos recueillis par Didier Pasamonik à la FNAC Bercy.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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11 Messages :
  • Une bande dessinée, c’est une écriture graphique, ce n’est pas du dessin...Honorer un dessinateur, c’est comme décerner un prix de la typographie aux écrivains !

    C’est d’un snobisme cet axiome, ça doit plaire auprès d’un public qui méprise la bande dessinée (et il est nombreux), mais ça confine au ridicule, surtout venant d’un auteur (que j’apprécie) dont le dessin est aussi laborieusement travaillé, aussi peu spontané et dont le trait est aussi artificiellement charbonneux.

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    • Répondu par kyle william le 26 novembre à  12:39 :

      Oui même si le raisonnement est juste, surtout de la part d’un excellent dessinateur comme Emile Bravo, il est excessif de laisser penser que la qualité du dessin n’aurait pas d’importance. Cette vieille querelle du fond et de la forme n’a plus de sens concernant des oeuvres abouties. On m’encourage parfois à lire de la BD en me disant "le dessin n’est pas terrible, mais franchement l’histoire vaut le coup". Mais qui aurait envie de voir un film dont on dirait "la photo est moche, le montage est pourri et les acteurs mauvais, mais vas y, le scenar est super !"

      Savoir raconter en dessin, c’est savoir dessiner. Le dessin reste au coeur du métier. Et même le succès de la bd dite "indépendante" à partir des années 90, s’il a permis une libération graphique et la fin d’un certain académisme, ne change rien à l’affaire. Les auteurs importants sont toujours d’excellents dessinateurs. Par contre, la mode "indé" a permis aux éditeurs de grossir encore leur surproduction en publiant un peu n’importe quoi.

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      • Répondu par Eric B. le 27 novembre à  13:11 :

        Tout à fait d’accord. Un dessin doit être beau et juste. Beau dans le sens "bien fait" car on n’aime pas tous le même style de dessin. Riad Sattouf a publié "Petit Verglas" : je n’ai jamais compris comment un éditeur pouvait accepter de publier un tel dessin, du niveau d’un gamin de 5 ans. Mais le pire, ce n’est ni l’éditeur, ni l’auteur, c’est que ça s’est vendu. Il a même obtenu un prix, il me semble. Il ne passera tout de même pas à la postérité car c’est sur la durée qu’on juge les oeuvres et ce type d’auteur ne valorise pas le 9ème art.

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        • Répondu par kyle william le 28 novembre à  11:42 :

          ah oui Petit Veglas, les débuts de Sattouf, c’était très faible en dessin en effet. Mais sur l’argument très usité "un enfant de 5 ans ferait mieux", impossible de ne pas citer Goossens : "je déteste Picasso, mon petit neveu fait pareil. Et je déteste mon petit neveu".

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  • En matière de peinture, de dessin et illustration, heureusement que Orsay et le Louvre
    peuvent encore témoigner du contraire…

    Dans l’édition ou la presse, pour ne citer qu’eux entre autres, Norman Rockwell,
    Doug Sneyd, Kiraz ont un dessin BEAU et JUSTE !!!

    En dehors de ce petit comité anachronique bien-pensant du « vieil art moderne »,
    les dessinateurs les plus doués se trouvent essentiellement dans les galeries virtuelles
    sur le web.

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    • Répondu par kyle william le 26 novembre à  17:49 :

      On peut aimer tous les grands peintres et meme apprécier la salle des pompiers du Musée d’Orsay, tous excellents dessinateurs à défaut d’être tous de grands artistes... Doug Sneyd, c’est un peu désuet quand même, non ? En tout cas, les noms que vous citez n’ont pas vraiment fait de bandes dessinées.

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      • Répondu par Petit comité le 27 novembre à  15:43 :

        Savoir dessiner n’est pas une exclusivité de la BD !!!
        La notion du dessin s’étend au-delà des réflexions de Émile Bravo.

        Doug Sneyd… désuet ? Dans le cadre thématique et édito, certainement…
        ça date un peu ! Le dessin par lui-même me paraît rester
        fraichement moderne, j’ai le même raisonnement pour Kiraz.

        De plus ces artistes et auteurs sont d’excellents aquarellistes
        et s’expriment avec un magistral « coup de patte ».

        J’ai énormément d’admiration pour les illustrateurs artistes/auteurs
        de la génération Rockwell et pour les peintres de genre (pompiers),
        Gérôme, Gervex, Meissonier, etc…

        La BD aujourd’hui, c’est comme la malbouffe, on finit par s’y habituer
        et trouver ça bon !

        L’événementiel jumelé avec les galeries d’art contemporain est orchestré
        par une caste éditoriale pour formater des lecteurs à « se mettre à la page »
        et vendre une pseudo-littérature « illustrée » au prix fort.

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        • Répondu par kyle william le 28 novembre à  11:29 :

          Oui mais encore une fois vous citez de grands dessinateurs académiques qui ne faisaient pas de bande dessinées. ça n’enlève rien à leur savoir-faire, voire pour certains à leur talent, mais ce n’était pas le sujet.
          Qualifier toute la production actuelle de la bande dessinée de "malbouffe", c’est un poil caricatural quand même. Et plus globalement, dans l’histoire du dessin, la remise en question de l’académisme a produit quelques chefs d’oeuvre, il me semble…

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          • Répondu par Petit comité le 29 novembre à  15:26 :

            Vous avez raison, parlons dessin BD et on s’éloigne du graphisme minimaliste pseudo-intellectuel « médiatisé » :

            Al Foster, Alex Raymond, John Prentice, Al Williamson, Alex Toth, Wally Wood, Doug Wildey, Frank Frazetta , Nestor Redondo, Alex Nino, Bernie Wrightson, Ruth Heath, Neal Adams, Roth Andru, John Buscema, Gil Kane, Joe Kubert, Victor De la Fuente, Ferdinand Tacconi, Raymond Poîvet, Paul Gillon, José Ortiz, Scott Campbell, Alex Ross, Travis Charest, Terry Dodson, Corrado Mastantuono, Jorge Miguel et un petit dernier Olivier Coipel… pour ne citer qu’eux entre autres !!!

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            • Répondu par kyle william le 30 novembre à  09:17 :

              Oui, vous avez bon goût… presque que des très bons, et on pourrait en ajouter encore pas mal. Mais il y a aussi des minimalistes géniaux.
              On pourrait aussi parler parfois dessin et bande dessinée sans tout ramener à la querelle des anciens et des modernes, ou à la guerre sans-cesse réactualisée entre "proto-élite médiatisée" et "pseudo-sans-grades méritants"… pitié pour la lutte des classes !

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  • « Un dessin ne doit pas être beau : il doit être juste !... »

    De la philosophie de télé-réalité !

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