"Le Fils d’Hitler" bouscule les genres

29 juin 2010 4 commentaires
  • Voici que Dickie, un anti-héros Flamand publié dans Ferraille fait son entrée chez un 'gros éditeur'. L'occasion de donner un coup de projecteur sur un style anticonformiste affirmé, utilisant un dessin rond pour un humour dévastateur.

Avant d’être publié dans Ferraille, c’est bien entendu dans les journaux néerlandophones que le flamand Pieter de Poortere fit vivre les premières aventures de son gros personnage bêta, Boerke (rebaptisé Dickie pour le public francophone. Il fut d’emblée salué par le public et les critiques, recevant le prix du meilleur album néerlandophone 2001.

Même si l’auteur fut donc publié aux Requins Marteaux, et réalisa des dessins pour le Monde ou Fluide Glacial, il fallut attendre presque une décennie pour qu’un grand éditeur s’intéresse à lui. Il faut avouer que son humour n’est pas commun !

"Le Fils d'Hitler" bouscule les genres
Chaque séquence est introduite par une double-page. Ici, Adolf lors de la Première Guerre mondiale.

Un dessin léger pour un humour caustique

Quelques pages suffisent à saisir les caractéristiques principales de cette série : un gaufrier basique et un dessin faussement innocent tranchent très nettement avec la thématique abordée. De plus, comme la bande est muette, on est plus directement interpellé par cette dissonance volontaire.

Le temps semble s’arrêter pendant la lecture : chaque case est d’une naïve simplicité, alors que de petits détails prennent tous leur sens, déclenchant un mélange de fou-rire avec une pointe de consternation. Pieter de Poortere n’y va effectivement pas avec le dos de la cuillère, et c’est sans doute cet aspect alternatif qui retarde tant l’introduction des auteurs flamands au sein du public francophone.

La quinzaine bruxelloise de la bande dessinée en 2005 organisée par Jean-Marie Dersheid, l’arrivée de Nix dans les journaux francophones et au Lombard avec Kinky & Cosy et d’autres personnages dans Spirou, puis l’exposition consacrée à la nouvelle génération d’auteurs de bande dessinée flamande au festival d’Angoulême 2009, tous ces éléments sont une partie du processus enclenché pour reconnaître cette vision loufoque et caustique qu’il ne faut pas laisser inaperçue.

Le Fils d’Hitler : un album sans tabou

Dickie est un petit chauve ventripotent. Son apparente bonhommie est à l’opposé des aventures qui lui arrivent. En effet, celui-ci se ballade dans les différentes époques de l’Histoire, mettant en avant les péripéties et les idioties humaines qui sont survenues.

Sans avoir eu besoin d’éditer les premières aventures, Glénat aborde directement la nouveauté avec cette immersion en pleine Occupation : ce fermier français considéré à tort comme un résistant se révèle être le fils caché d’Hitler. Le Führer apprenant sur le tard cette soudaine descendance, tente de rattraper le temps perdu avec ce fils prodigue.

L’album étant muet, un récit-fleuve aurait sûrement été néfaste au contenu de l’album. Chaque séquence est donc présentée indépendamment, avec un entracte visuel à la manière d’Où est Charlie ?, afin de repérer et d’introduire chacun des nouveaux personnages. Ces double-pages sont bourrées de clins d’œil, tout aussi propices à présenter de situations baroques qu’à casser la monotonie du gaufrier.

Le Fils d’Hitler est un incroyable patchwork de clichés sur la guerre et sur le comportement humain : le résistant désintéressée, l’aviateur anglais, la petite juive qu’il faut sauver, le général nazi complotant pour tuer Hitler, mais également les émotions les plus simples de la nature humaine, tels que l’envie d’avoir un enfant, de ‘posséder’ une femme, de se venger, de manger ou de rire.

1000 feuilles, une collection orientée

Cette publication chez Glénat répond également aux exigences de cette nouvelle collection Mille Feuilles : accueillir une nouvelle génération, sans distinction de type de dessin ou de thématique abordée. Si Dickie se rapproche plus du Blaise de Dimitri Planchon que des albums de Pichard, la collection semble porter un regard aventureux et sans œillère sur la bande dessinée d’hier et d’aujourd’hui.

Blaise T2, de Dimitri Planchon, est annoncé pour le 1er sept 2010

Après le succès de Blaise, cet adolescent légèrement dépassé par les contraintes de notre société, Dimitri Planchon remet le couvert pour un second album à paraître en septembre. Tous les éléments sont réunis pour que le Fils d’Hitler fasse aussi bien, sinon mieux, et on se réjouit dès lors à ce que Glénat publie les autres aventures de ce moustachu niais et absurde !

(par Charles-Louis Detournay)

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