Le Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe décerné au collectif de bande dessinée libanais Samandal

8 juin 2019 0 commentaire
  • L'Unesco, institution onusienne consacrée à l'éducation, à la science et à la culture, remettra le jeudi 13 juin son 16ème Prix Sharjah pour la culture arabe. Deux lauréats sont distingués en 2019 : le festival britannique Shubbak et le collectif libanais Samandal, déjà récompensé cette année par le Fauve de la bande dessinée alternative à Angoulême. Une juste reconnaissance pour un travail de création innovant, ouvert sur le monde et en constant renouvellement.

L’Unesco est l’une des institutions onusiennes les plus actives. Si elle est très connue pour défendre le patrimoine, grâce notamment à sa liste de sites inscrits au Patrimoine mondial de l’Humanité, elle poursuit de nombreuses actions vouées à promouvoir la culture et les sciences, vecteurs de dialogue entre les peuples.

Parmi celles-ci, le Prix Sharjah fondé en 1998 récompense deux lauréats, qu’il s’agisse de personnes ou de groupes associatifs ou institutionnels, qui se distinguent par leur travail ou leurs créations œuvrant à une meilleure connaissance de l’art et de la culture arabes.

Le jury international et la Directrice générale de l’Unesco [1] sont particulièrement attentifs à la manière dont les candidats participent « à la promotion du dialogue culturel et à la revitalisation de la culture arabe ».

Le Prix peut donc récompenser autant des chercheurs que des artistes, du moment qu’ils contribuent non seulement au rayonnement de la culture arabe, mais aussi à son ouverture sur le monde et aux échanges avec d’autres cultures. Notons que ce Prix est richement doté - 30 000 dollars pour chacun des deux lauréats - de façon à inciter à poursuivre voire étendre les actions déjà menées.

Le Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe décerné au collectif de bande dessinée libanais Samandal
© Samandal

Cette année, les deux lauréats sont des collectifs. Le Festival britannique Shubbak, qui se tient tous les deux ans, est un pont entre le Royaume-Uni et la culture arabe. Créé en 2011, il promeut la culture arabe contemporaine en organisant des événements aussi bien dans les arts visuels et le cinéma que la musique, le théâtre, la danse, la littérature, les installations et les débats. Grâce à des partenariats à Londres ou ailleurs, Shubbak met en avant des créations d’artistes de façon à sortir de la vision trop souvent uniquement conflictuelle du monde arabe donnée par les grands médias.

L’autre gagnant est davantage connu des lecteurs de bande dessinée, puisqu’il s’agit du collectif libanais Samandal, déjà récompensé cette année par un Fauve de la bande dessinée alternative au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Fondé en 2007, Samandal a publié des revues et des livres en arabe, en anglais et en français dessinés en grande majorité par des femmes et des hommes vivant dans les pays arabes. Le collectif organise également des expositions, des ateliers et des rencontres non seulement au Liban mais aussi en Europe. Samandal a déjà été plusieurs fois récompensé au festival d’Alger et fait partie des principaux acteurs parvenant à donner une impulsion à la bande dessinée dans des pays où l’expression n’est pas toujours libre et où le dessin est souvent regardé avec suspicion par les autorités politiques et religieuses.

"Experimentation", dernier numéro en date du collectif © Samandal

Difficile de citer toutes les dessinatrices et tous les dessinateurs ayant participé à Samandal. Si les Libanais sont nombreux, nous trouvons également des artistes du Maghreb, des Européens (de Belgique, de France, de Suisse...) et des Américains (du Brésil, du Canada, des États-Unis) qui forment une communauté de plus d’une centaine de contributeurs ! Si le dessin demeure leur vecteur privilégié d’expression, d’autres formes artistiques sont parfois conviées lors de certains événements.

Samandal a déjà dû faire face à la justice libanaise et donc à une tentative de censure. En 2015, après une procédure où les artistes accusés n’ont pas vraiment pu se défendre, trois d’entre eux furent condamnés à de lourdes amendes, notamment pour incitation à la discorde religieuse et atteinte à la religion. Depuis, le collectif, qui a préféré tenter d’oublier cet épisode, a su rebondir. Au point que les deux derniers numéros de la revue du même nom, pleins d’innovations et réalisés avec soin, ont été particulièrement remarqués pour leurs qualités graphiques et narratives.

"Topie", avant-dernier numéro du collectif © Samandal

Une partie de ce collectif sera présente ce jeudi 13 juin à la Maison de l’Unesco, à Paris, pour participer à un atelier, à une table-ronde et à la cérémonie de remise du Prix. L’atelier, qui pourra accueillir sur inscription de trente à quarante participants, se déroulera de 10h à 12h30 et permettra de s’initier à la bande dessinée.

La table-ronde, qui aura lieu de 15h à 17h, aura pour thème les « Différentes perspectives de la bande dessinée et son rôle dans la promotion du dialogue intergénérationnel et interculturel ». Elle réunira la dessinatrice libanaise Nour Fakhoury, issue du collectif Samandal, l’artiste camerounais Gaspard Njock, l’illustrateur et écrivain argentin Juan Sáenz Valiente, le critique et commissaire d’exposition Xavier Guilbert et sera animée par Didier Pasamonik que nos lecteurs connaissent bien.

La journée se terminera par la cérémonie de remise du Prix Sharjah suivie d’un concert animé par Emel Mathlouthi, chanteuse et auteure-compositrice tunisienne.

Des échanges culturels, des découvertes et des dialogues : les missions de l’Unesco seront donc à l’honneur !

Une partie du collectif Samandal reçoit le Prix de la bande dessinée alternative au FIBD 2019 (Photo. : F. Hojlo, janvier 2019).

(par Frédéric HOJLO)

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Consulter le site de l’UNESCO & la page pour s’inscrire à la journée dédiée.

Programme de la journée du jeudi 13 juin 2019 dédiée au Prix UNESCO-Sharjah
Maison de l’UNESCO - 125, avenue de Suffren - Paris 7e
- 10h30 : atelier de bande dessinée par le collectif Samandal
- 15h00 : table Ronde sur les « Différentes perspectives sur la bande dessinée et son rôle dans la promotion du dialogue intergénérationnel et interculturel »
- 17h30 : cérémonie de remise du Prix - Salle I
- 18h30 : concert musical en collaboration avec Shubbak Festival animé par Emel Mathlouthi, chanteuse et auteure-compositrice tunisienne
- 19h30 : cocktail-Réception - Hall Ségur

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[1Depuis le 13 novembre 2017, la Directrice est Mme Audrey Azoulay, ancienne Ministre de la Culture et de la Communication du Président François Hollande.

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