"Les Plus Belles Filles de la bande dessinée érotique" - Par Nicolas Cartelet - Ed. Dynamite.

15 novembre 2020 0 commentaire
  • Comme chaque année, un bel ouvrage autour de l'érotisme en BD arrive pour les fêtes, et cette fois, c'est Dynamite qui s'y met en s'intéressant aux héroïnes les plus iconiques du genre.

Ces dernières années, nous avons ainsi bénéficié de plusieurs belles éditions notamment une nouvelle édition de l’Encyclopédie de la bande dessinée érotique d’Henri Filippini, d’une Anthologie de la bande dessinée érotique et des 100 plus belles planches de la BD érotique, deux ouvrages réalisés par Vincent Bernière chez Beaux Arts Éditions, et plus récemment de l’Anthologie de la fellation en BD réalisée par Nicolas Cartelet pour La Musardine (Dynamite).

"Les Plus Belles Filles de la bande dessinée érotique" - Par Nicolas Cartelet - Ed. Dynamite.
Exemple d’une page de présentation d’une des soixante-huit héroïnes

2020 poursuit heureusement cette tradition, bien utile en période de confinement... , et c’est à nouveau Nicolas Cartelet, éditeur à La Musardine, qui tient le flambeau avec un nouvel ouvrage en grand format qui réunit, comme son titre l’indique, Les Plus Belles Filles de la BD érotique. Dès son introduction, l’auteur explique son cheminement, à savoir que certaines héroïnes comme Natacha ou Valentina ont pu marquer les lecteurs au-delà des aventures qu’elles ont pu vivre. Idem pour la bande dessinée érotique, avec des femmes de papier qui existent dans l’esprit des lecteurs en dehors du contexte de leurs albums. Reste à identifier ce qui participe à cet ancrage populaire : leur réussite graphique ? l’environnement dans lequel elles évoluent ? le fantasme et la sensation de liberté qu’elles font naître ?

« Je pense que la réussite graphique est centrale, nous répond Nicolas Cartelet. Puis viennent le caractère, l’enthousiasme ou la lascivité de l’héroïne face au sexe. L’exemple de Druuna est frappant selon moi : Serpieri parvient à créer une héroïne incroyablement désirable, objet de fantasme tout au long de sa série alors qu’elle évolue dans un univers très peu érotique, plutôt inquiétant même. Il y a chez les grands auteurs de bande dessinée érotique un talent inné pour créer des pin-ups intemporelles. D’ailleurs Serpieri, comme Manara et d’autres, poursuivent généralement leur histoire en dehors de la bande dessinée, en produisant des centaines de dessins presque aussi connus que les BD dont sont issues les héroïnes. Druuna, pour continuer de filer cet exemple, est aujourd’hui plus connue que son histoire. Elle existe en dehors de tout scénario, de toute mise en scène. »

L’iconique Druuna, égérie de Serpieri

L’éditeur érotique a ainsi sélectionné 68 héroïnes représentatives à ses yeux de l’icône de la femme dans le genre de la bande dessinée érotique. Classées par ordre alphabétique de leur prénom, chacune d’entre elles fait l’objet d’un texte de présentation, suivi d’une ou plusieurs planches les mettant en scène.

Nicolas Cartelet
Photo : DR.

Bien entendu, certains lecteurs qui auraient été particulièrement marqués par une héroïne pourraient regretter de ne pas la retrouver dans cette anthologie. Ainsi l’auteur a par exemple fait l’impasse sur Miel du Parfum de l’invisible, Valentina (qu’il cite néanmoins dans l’introduction) et encore Emmanuelle, deux héroïnes de Crepax. Sa sélection présente par exemple Blanche Épiphanie mais pas Marie-Gabrielle, une autre héroïne de Pichard très représentative de son travail...

« Tout comme "l’Anthologie de la fellation en BD" qui date de 2018, "Les Plus belles filles de la BD érotique" est une compilation forcément subjective, nous explique Nicolas Cartelet. Si elle était exhaustive ce serait une encyclopédie, pas une anthologie. J’y ai forcément mis de mes propres goûts, de mes propres références, mais j’ai aussi voulu balayer l’ensemble du paysage de la BD érotique, en n’accordant pas plus de place à certains qu’à d’autres. Je ne voulais pas présenter deux héroïnes de Manara, j’ai donc dû choisir entre Claudia et Miel (et "Le Déclic" m’a paru plus emblématique que "Le Parfum de l’invisible"). Quant à Freida Boher, j’ai toujours estimé que la série "Necron", que j’adore par ailleurs, évoluait aux marges de la BD érotique. À mes yeux, c’est davantage un délire humoristique et horrifique qu’une BD destinée à exciter le lecteur (ça n’est pas un hasard si la série est rééditée chez Cornélius et pas chez un éditeur de BD érotique, tel Glénat, Delcourt ou Dynamite). J’ai dû prendre des décisions de ce genre pour chaque auteur et héroïne célèbres, comme tout anthologiste doit le faire. »

Anna, des "4 Amies", par Gambedotti

L’essence même de ce type de recueil est de mettre en lumière des personnages et des séries un peu moins connus des lecteurs, et cette anthologie s’y emploie à merveille. Par le jeu de l’ordre alphabétique, on passe ainsi d’une icône mémorable de l’érotisme à une héroïne que le grand public connait forcément moins. Mais en lisant les commentaires de l’auteur et en découvrant les planches de la série, on comprend pourquoi ce choix a été fait.

« Il y a d’un côté les héroïnes et les auteurs incontournables, commente l’éditeur, que l’on n’imaginerait pas absents d’un tel ouvrage : Manara, Serpieri, Crepax, Gillon, Giardino…, et de l’autre la BD d’aujourd’hui, celle qui continue d’exister dans ce marché de niche, ces BD que publient des éditeurs tels que Dynamite et Tabou (Gabrielle de Symposium, Fred de La Tentation, Sixella, Mara…) Il y a aussi ces héroïnes vintage des années 1990, les Stella, Hilda, Viviana, dont seuls les connaisseurs se souviennent. C’était important pour moi de les montrer pour ne pas proposer aux lecteurs uniquement des scènes et des noms connus de tous. C’est aussi militant, car je crois que la BD érotico-pornographique gagne à être connue, on y trouve beaucoup de belles choses. »

"Les Malheurs de Janice", par Erich von Götha

L’autre bénéfice de ce type d’ouvrage est la découverte de planches de l’on ne connaissait pas... ou que l’on n’avait même oubliées ! Ainsi, celle-ci tirée du Déclic, sans doute la plus réputée des séries érotiques, et qui nous était sortie de la mémoire. La preuve, comme l’explique l’éditeur, que les véritables héroïnes du genre vivent en dehors de leurs albums : « J’ai cherché dans chaque bande dessinée la planche qui mettait le mieux en lumière son héroïne, nous explique Nicolas Cartelet. La planche sur laquelle on s’arrête en se disant waow !, qu’elle est belle ! Il s’agit rarement de la plus explicite, ni même de la plus représentative de la BD en tant qu’œuvre artistique, et c’est ce qui m’intéressait – cela permet de montrer d’autres choses, pas forcément les scènes vues et revues (bien que Druuna sur la plage soit un classique, je le reconnais, je n’ai pas pu faire l’impasse...). Dans "Le Déclic", cette planche dans laquelle Claudia Christiani, prise de folie sexuelle, s’incruste sur un podium de défilé de mode et vole la vedette aux mannequins, en s’exhibant devant l’objectif des photographes, m’a semblé particulièrement appropriée. Claudia, jadis si prude et réservée, s’impose au monde dans toute sa féminité, son sex appeal. C’est l’essence du "Déclic" et la beauté de Claudia résumées en une planche. »

"Pinocchia" de Jean-Pierre Gibrat

« C’est une bonne chose de pouvoir présenter de longs extraits des bandes dessinées moins connues du grand public, conclut l’éditeur, Cela permet de décortiquer le scénario, la montée en intensité du désir, le basculement psychologique des personnages sur le point de s’abandonner au sexe… Et les auteurs du genre sont experts en la matière. »

Avec ses 270 pages, cette anthologie en grand format cartonnée pour 29,90 €, remplit son contrat : on renoue avec des héroïnes que l’on apprécie et on en découvre de nouvelles. Quant à la 69e jeune femme présentée dans l’introduction, elle fera l’objet d’un prochain artbook dont nous vous reparlerons...

"Deborah Lick", par Juan-José Ryp

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay

(par Charles-Louis Detournay)

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