The Golden Age - Par James Robinson & Paul Smith - Urban Comics

14 novembre 2020 0 commentaire
  • Qu'est-il arrivé aux héros de l'Âge d'Or ? Après des années à défendre la vérité, la liberté et la justice en affrontant notamment les forces de l'Axe, voilà qu'ils ont disparu. Découvrez l'histoire secrète derrière le crépuscule des premières légendes de DC Comics, plongez au cœur du Golden Age, une époque d'insouciance qui touche à sa fin...

Avec les sorties consécutives de The Dark Knight Returns et Watchmen - respectivement en 1986 -, le monde du 9e Art a été bouleversé, que cela soit narrativement ou graphiquement. La bande dessinée américaine a alors commencé à prendre du recul sur sa propre histoire et notamment ses plus grands représentants : les super-héros. Après avoir passé près de 40 ans à construire cette mythologie moderne remplie de personnages hauts en couleurs, il était maintenant temps de la déconstruire.

Frank Miller projette alors Batman quelques années en avant, le héros vieilli et usé regardera en arrière ses longues années de carrière avant de renaître de ses cendres, prêt pour un nouvel âge. Alan Moore déconstruit lui non pas un personnage mais toute l’histoire du super-héros, des aventuriers costumés du Golden Age (1935-1956) en passant par les héros cosmiques du Silver Age (1956-1970) et les Vigilants du Bronze Age (1970-1985). L’auteur britannique interroge même la figure des ces personnages masqués : qui sont-ils vraiment et que disent-ils à propos de notre société ? Qui garde ces gardiens ?

The Golden Age - Par James Robinson & Paul Smith - Urban Comics
The Dark Knight Returns et Watchmen, deux pierre angulaire de la bande dessinée américaine.

Ce déconstructivisme infusera alors dans le cerveau de nombreux auteurs dans les années suivantes. Tel Grant Morrison avec Animal Man et Arkham Asylum ou encore Alex Ross qui, en plus de Marvels avec Kurt Busiek s’est attelé à décrire le futur de DC Comics avec Mark Waid dans Kingdom Come et celui de Marvel dans Earth-X avec Jim Krueger et John Paul Leon. Même les nombreuses disgrâces connues par les héros DC Comics dans The Death of Superman, Emerald Twilight ou bien sûr Knightfall peuvent s’inscrire dans cette vague.

Mais alors que ces nombreux récits sont aujourd’hui très populaires atteignant le statut envié mais pesant d’ « œuvres cultes », l’un d’eux, à la qualité pourtant admirable, est resté relativement confidentiel.

Sortie en 1993-1994, écrite par James Robinson, dessinée par Paul Smith et colorisée par Richard Ory cette mini-série baptisée The Golden Age nous plongeait dans l’Amérique post-Seconde Guerre mondiale et racontait ce qu’il était advenu de la première génération de héros. Un album qui a tout logiquement sa place dans la collection DC Confidential récemment lancée par Urban Comics et qui propose de découvrir l’histoire « secrète » de l’univers DC Comics. Après Huntress, Green Lantern et Green Arrow c’est donc l’ensemble des héros de l’Âge d’Or de DC Comics et notamment la fameuse Justice Society of America qui a droit aux projecteurs.

La Justice Society of America, première super-équipe de DC Comics.

Au début des années 1950, les super-héros sont peu à peu délaissés par le public et de nombreux personnages pourtant très populaires quelques années plus tôt finissent par disparaître. Ce n’est que quelques années plus tard que les héros en collants connaîtront une renaissance durable avec l’apparition de nouveaux personnages plus modernes marquant le début ce que l’on appellera alors le Silver Age ou l’Âge d’Argent. James Robinson décide alors de revenir sur cette période obscure en intégrant cette déchéance du super-héros au sein même de leur histoire, poursuivant ainsi dans la continuité du travail d’Alan Moore avec Watchmen. Qu’est-il donc arrivé à cette génération perdue ?

Nous sommes donc en 1946, la Seconde Guerre mondiale est terminée depuis quelques mois et, comme les soldats revenant du font, le retour à la vie civile ne se fait pas sans mal pour de nombreux super-héros. Hourman, dont les pouvoirs proviennent d’une pilule qui lui confère une super-force se rend compte qu’il est un drogué, Starman sombre dans la folie après avoir compris que certaines de ses recherches ont permis la création de la bombe atomique. Alan Scott, le premier Green Lantern aujourd’hui patron de presse, est victime de la politique anti-communiste du gouvernement américain qui s’attaque à ses employés. Seul Tex Thompson, anciennement l’Americommando, anciennement Mr. America semble tirer son épingle du jeu dans ces États-Unis d’après. D’idole américaine à sénateur, rien ne semble arrêter son ambition débordante. Au milieu de tous ces évènements, Paul Kirk, autrefois le Manhunter, revient sur le sol américain, amnésique et traqué de toutes parts, il pourrait être la clé permettant de mettre en lumière un vaste complot...

Récit choral dans lequel nous suivons le destin de nombreux super-héros aujourd’hui retirés dans une Amérique en paix, The Golden Age est autant un regard critique qu’une déclaration d’amour à cette première génération de justiciers costumés. En livrant un regard rétrospectif sur ces héros, Robinson injecte une dose de modernité et de complexité dans cette époque où les récits étaient plus légers, plus manichéens, plus naïfs pourrait-on même dire.

Le scénariste est assisté aux dessins par Paul Smith, notamment connu pour avoir travaillé sur les X-Men, American Flagg, Doctor Strange ou Leave It To Chance - encore avec James Robinson. N’essayant pas de mimer un style plus simpliste, proche des comic-book de cette époque, Smith livre des planches qui évoquent stylistiquement cette période dorée de la bande dessinée américaine, mais avec un sorte de filtre « moderne. ».Les couleurs de Richard Ory poursuivent d’ailleurs dans cette voie, le coloriste utilisant des teintes plutôt passées même lorsqu’il représente des costumes aux couleurs pourtant chatoyantes.

Près de 40 ans après leur disparition, le public découvre enfin les raisons qui ont mené à la chute des héros du Golden Age. Loin du spectaculaire et du merveilleux, James Robinson et Paul Smith livrent un récit presque intimiste qui s’intéresse aux fêlures de ces légendes passées, même si un twist inattendu en fin d’album nous renvoie au loufoque cette époque.

Nommé aux Eisner Awards de 1994 au titre de la « Meilleure série complète », The Golden Age édité sous le titre JSA : L’Âge d’Or en France est un immanquable pour les amateurs de Comics. La filiation avec la maxi-série d’Alan Moore sortie sept ans plus tôt est indéniable et certains choix scénaristiques rappelleront furieusement Watchmen. Mais il s’agit bien d’une toute autre histoire, celle de l’Âge d’Or.

On en a désormais l’habitude : le récit principal des titres de la collection DC Confidential est toujours complété par un ou des récits secondaires, qui sont souvent l’occasion de rééditer des volumes qu’il serait difficile de retrouver ailleurs. Ici, il s’agit du DC Special Series #29 de 1977 qui raconte pour la première fois et presque 40 ans après leurs apparitions les origines de la Justice Society of America, la toute-première équipe de super-héros, emblématique du Golden Age. Écrit par le vétéran Paul Levitz et dessiné par Joe Staton et Bob Layton, ce récit-clé complète à merveille le sommaire de l’album même si l’on se demande s’il n’aurait pas été judicieux d’y ajouter des histoires véritablement tirées de l’Âge d’Or.

Mais cela n’est pas une raison pour passer à côté de cet album remarquable que l’on pourrait presque considérer comme un prequel au chef-d’œuvre-culte de Darwyn Cooke, DC The New Frontier, qui se concentrait sur la transition entre le Golden Age et le Silver Age en s’intéressant à cette nouvelle vague de héros émergents à l’aube des années 1960.

Qui est vraiment Dynaman, ce super-héros, figure de proue de l’Amérique post-Seconde Guerre mondiale ?

Voir en ligne : "The Golden Age" sur les site des éditions Urban Comics

(par Vincent SAVI)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Justice Society : The Golden Age - James Robinson & Paul Levitz (scénario) - Paul Smith, Joe Staton & Bob Layton (dessin & encrage) - Richard Ory & Anthony Tollin (couleur) - Jérôme Wicky (traduction) - cartonné - 240 pages - 22,50 € - Urban Comics - DC Confidential - sortie le 23 octobre 2020

Contenu VO : The Golden Age #1-4 (1993-1994) & DC Special Series #19 (1977) publié par DC Comics

Illustrations : © DC Comics / Urban Comics

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