Les Poupées sanglantes - Par Benoît Preteseille - Éditions Atrabile

16 juin 2020 3 commentaires
  • Le dessinateur, éditeur et musicien Benoît Preteseille s'empare de deux récits de Gaston Leroux pour offrir une réflexion sur le fantasme prométhéen commun à l'amoureux, à l'artiste et au scientifique.

Dans une ville et à une époque indéterminés, quelques personnages se croisent, s’ignorent ou se heurtent. Un poète idéaliste, laid et bossu, observe quotidiennement une voisine qu’il voit comme parfaite et qu’il croit reproduire grâce aux pièces détachées d’un mannequin. L’époux de la femme épiée, chirurgien de renom, crée un pantin à qui il parvient à donner la vie mais qui trouble la vie du couple.

Si ces quatre personnages sont au cœur de la nouvelle bande dessinée de Benoît Preteseille éditée par Atrabile, Les Poupées sanglantes, d’autres interviennent dans le récit. L’une s’est faite opérer pour ressembler à son portrait, dessiné alors qu’elle était enfant. L’autre, obsédé par le vieillissement, change littéralement de peau régulièrement. Il y a même un chien qui rôde, guère moins humain que les hommes. Tous sont étranges, fantasques, ravagés par leurs manies et incapables d’une réelle communication.

L’auteur les fait se rencontrer, parfois subrepticement, parfois abruptement. Leur destin en est chamboulé. En suspens ou sans retour en arrière possible, leur vie éclate dans toute son absurdité. Prisonniers de leurs lubies ou aveuglés par leurs fantasmes, ils ont fini par se couper du monde, suivant leurs désirs ou fuyant la réalité jusqu’à l’impasse.

Les Poupées sanglantes - Par Benoît Preteseille - Éditions Atrabile
Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020
Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020
Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020
Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020

Les Poupées sanglantes est très librement inspiré de deux récits de Gaston Leroux datant de 1923 : La Poupée Sanglante et La Machine à assassiner. Benoît Presteseille en reprend les aspects mystérieux et inquiétants, mais aussi ludiques et presque drôles. Il ne se cantonne cependant pas à une adaptation : il se réapproprie totalement les thèmes effleurés par le romancier pour en donner une version personnelle et quelque peu pessimiste.

Qu’il s’agisse du poète, de la jeune femme ou de son mari chirurgien, tous sont confrontés aux limites de leurs volontés prométhéennes. Fâchés avec le quotidien ou avec leur passé, ils ont préféré employer leur énergie à créer ou à imaginer un être parfait. Forcément vains, leurs espoirs sont déçus, ce qui ne fait qu’ajouter à leur malheur. En adoptant tour à tour leurs points de vue, l’auteur souligne malgré tout leur humanité, donnant à lire leurs émotions et sentiments.

Intimement lié au fantasme prométhéen, le vampirisme est l’autre thème majeur des Poupées sanglantes. Il conduit aux mêmes désillusions, quoiqu’il donne un semblant d’énergie. Donner la vie ou la prendre revient ici au même, ou presque. C’est faire de l’Autre un objet, un être soumis uniquement à ses propres désirs et pourtant révélateur de son infirmité personnelle. C’est, finalement, se retrouver seul.

Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020
Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020
Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020
Les Poupées sangalntes © Benoît Preteseille / Éditions Atrabile 2020

(par Frédéric HOJLO)

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3 Messages :
  • Il faudrait parler du découpage des planches présentées. Juste ce qu’il faut et placé où il faut.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 16 juin à  18:28 :

      Oui, merci de le souligner ! Et ce n’est même pas un oubli de ma part, mais plutôt un choix contraint par la fatigue (version indulgente) ou la paresse (version sévère).

      Il faut souligner, donc, la composition des planches de cet ouvrage. L’auteur choisit de ne faire apparaître que les éléments strictement nécessaires à son récit tout en s’affranchissant des « traditionnelles » bandes. Le résultat est souvent très aéré et renforce l’impression d’être alternativement dans la tête de chacun des protagonistes, tout en renvoyant à l’idée d’assemblage voire de puzzle, comme la construction de l’histoire elle-même et comme ce que font certains personnages dans leur volonté de créer un être de bric et de broc.

      Ce type de composition n’est pas nouveau chez Benoît Preteseille, mais il va ici encore plus loin que dans ses livres précédents, autant dans l’aspect fragmentaire que dans le lien sous-jacent avec le récit. Notons aussi qu’il relie cette fois ses cases « bord à bord », un peu comme le fait Alex Baladi.

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      • Répondu le 17 juin à  07:12 :

        Dessins, cases, textes, bulles s’imbriquent pour créer un réseau de lecture. Le blanc à son importance aussi dans la composition. Il créé des pauses, des dynamiques et des vides que l’imagination du lecteur complète. Benoît Preteseille utilise les moyens propres à la bande dessinée pour inventer son propre langage. Cette économie de moyens est vraiment très inventive. Sa grammaire ouvre des tas de possibilités.

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