Les déambulations de Jean-Claude Götting

2 juillet 2020 0 commentaire
  • Oh, ce n’est pas le best-seller dont on parle sur BFMTV ; ce n’est pas non plus l’auteur dont on se gargarise dans les salons de l’avant-garde. Trop discret, pas assez clivant sans doute, trop narratif ou pas assez, Jean-Claude Götting trace cependant sa voie à coup d’images sidérantes aux prégnantes atmosphères teintées de bienveillance et de nostalgie. L’artiste n’aime pas se faire filmer, il préfère l'interview écrite. C’est pourquoi c’est le directeur de la galerie Huberty-Breyne de Paris, Ronan Lancelot, qui nous parle de lui face caméra, un document vidéo qui s'accompagne d'un entretien avec l'artiste, croisant ainsi les regards : celui du galeriste et celui du praticien.

Jean-Claude Götting est né à Paris en 1963. Il fait les Arts appliqués à l’École Duperré à Paris, en même temps qu’il publie ses premières bandes dessinées dans le fanzine PLG (acronyme de « Plein La Gueule Pour Pas Un Rond »…). Son premier album, Crève-Cœur, paraît dans la collection X de Futuropolis et reçoit à Angoulême le prix du Meilleur premier album en 1986.

Après cela, Götting continue à publier d’autres ouvrages mais l’essentiel de sa production est consacrée à l’illustration de presse et de livres, ainsi qu’à la peinture. On voit sa signature dans la presse internationale (Libération, Elle, Vanity Fair, Psychologies, The New Yorker, Jazzman, Lire...) et dans la la publicité (Chanel, Pieper Heidsieck, BMW...)

Les déambulations de Jean-Claude Götting

Son travail le plus connu est sans aucun doute les couvertures de l’édition française d’Harry Potter. Mais ses ouvrages pour la jeunesse comme ses recueils de dessins laissent une trace singulière qui fait qu’il n’a jamais été oublié de ses amateurs. On l’a vu revenir chez Delcourt en 2004 avec La Malle Sanderson, puis Happy Living (2007).

Comme la plupart des auteurs de sa génération, il expose souvent ses travaux chez des galeristes de qualité aussi diverses que Christian Desbois, Martine Gossieaux, Barbier & Mathon, Papiers Gras à Genève et maintenant la galerie Huberty-Breyne à Bruxelles et à Paris, tandis qu’il scénarise aussi pour son ami Loustal : Pigalle 62-27 (2012) et Black Dog (2016). On l’a vu aussi faire ses débuts dans l’animation avec Tapas Nocturnes en 2017.

Son exposition "Traverser la nuit" à la galerie parisienne d’Huberty & Breyne réunit ses dessins parus dans l’ouvrage auto-édité du même nom (on peut le commander sur le site de l’artiste), autant d’expérimentations sur l’obscurité et la lumière, ainsi qu’une série de dessins rendant compte de ses déambulations dans Paris et surtout Montmartre, et quelques peintures, de grand format.

Trois expositions en une, dans lesquelles on retrouve un dénominateur commun : une mise en scène du mystérieux. « Je crois que les dessins qui gardent une part de mystère, que ce soit dans leur composition, dans ce qu’ils représentent ou dans ce qu’ils laissent hors champ sont ceux dont on se lasse le moins nous dit l’artiste. Il reste toujours quelque chose d’irrésolu. Mais je ne cherche pas spécialement à les rendre mystérieux. C’est vrai que le noir et blanc a ce côté un peu irréel par nature, et aussi que je ne cherche pas vraiment à représenter des choses trop contemporaine : il n’y a quasiment pas de voitures dans ces séries. Mais c’est aussi parce que je n’aime pas dessiner les voitures modernes. Le personnage à un look un peu daté, avec son chapeau, mais ça pourrait être moi. Dans "Traverser la nuit", il s’agit d’un travail sur l’obscurité et toutes sortes de lumières qui peuvent la traverser : un feu, une fenêtre éclairée dans la nuit, un clair de lune, une allumette... La nuit c’est évidemment le mystère, l’inconnu. Donc le doute, la peur aussi. C’est aussi le rêve ou le cauchemar. Deux choses qui sont souvent confuses du point de vue de l’espace ou du temps. »

Idem dans les dessins de Paris. On voit un personnage déambuler dans les rues. « Ce peut être moi, bien sûr. Comme il est dit dans le texte en exergue du livre édité par Huberty & Breyne à l’occasion de cette exposition, chaque vue est rattachée à un souvenir personnel. Alors à un moment donné, j’ai été ce type au chapeau à cet endroit. Et puis il y a Montmartre, où je vis et travaille... "Traverser la nuit", comme je l’ai dit, est d’abord une exploration graphique autour du noir, de l’ombre... Mais les dessins ont aussi un sens métaphorique la plupart du temps, que je me garderai bien de commenter. Ils rejoignent bien sûr certaines de mes préoccupations. »

Et au milieu des pages de format moyen, voire de petit format, trois peintures de sortent du lot, immenses en comparaison. Colorées, on y voit des femmes, et un paysage nocturne fait d’aplats. On est bien loin du noir, du blanc et du gris des autres œuvres de l’exposition. Nous sommes pourtant dans le même univers. « Ce paysage nocturne est issu d’une série de trois. Ils ont été réalisés en même temps que la série "Traverser la nuit". Ce travail sur les paysages est pour moi assez récent en peinture, et comme souvent, je pense aux représentations féminines, ils n’existent pas réellement. C’est encore un travail sur les masses colorées en aplats, sur la vibration qui résulte de leurs superpositions. Le paysage de nuit m’intéressait pour essayer de m’approcher du noir total, tout en restant lisible. Avez-vous déjà marché de nuit à la campagne ? Quand le noir est partout et qu’il vous faut forcer votre regard pour distinguer le chemin ?... »

« "Traverser la nuit" est un recueil de dessins non narratif, poursuit Götting, mais qui peut potentiellement l’être. Mettez deux dessins à la suite et vous avez déjà commencé à raconter une histoire. »

Reviendra-t-il à la bande dessinée ? L’auteur répond par l’affirmative : « J’ai terminé un scénario pour un long récit en BD, mais je ne trouve pas les conditions pour le réaliser sereinement actuellement. J’ai un autre projet qui serait de réunir dans un livre les quatre récits courts que j’ai réalisés pour la revue "Pandora" (Casterman), augmentés d’une nouvelle histoire courte que je suis en train de dessiner, ainsi que de quelques dessins d’ambiance... Avec une expo en parallèle, l’année prochaine, je pense. Et puis cette année, Champaka publiera un recueil de peintures intitulé "Instants volés" et Delcourt réimprime "Happy Living" et "La Malle Sanderson" qui n’étaient plus disponibles. »


Un reportage de Didier Pasamonik, avec Jaime Bonkowski de Passos. Réalisation : Cédric Munsch. Photos : Cédric Munsch.
© ActuaBD.com

Ronan Lancelot, expert auprès de la galerie Huberty-Breyne.

Voir en ligne : LE SITE DE L’ÉVÈNEMENT

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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