Lucile Thibaudier : "Enola ce n’est plus simplement de l’aventure, c’est de l’aventure avec un message"

27 février 2019 0 commentaire
  • Après Joris Chamblain, nous avons rencontré Lucile Thibaudier, sa dessinatrice sur "Sorcières Sorcières" et "Enola et les animaux extraordinaires", dont le tome 5 est disponible depuis vendredi dernier dans toutes les bonnes librairies.

Avec ce tome, Joris (Chamblain) donne une tournure plus engagée à la série... Est-ce une bonne chose ?

Oui, car je pense que l’on partage les mêmes convictions, donc je ne suis pas du tout dérangé par cet aspect. Si ça peut transmettre un message sous-jacent aux enfants, ce n’est pas plus mal : ne pas maltraiter les animaux et avoir du respect. Cela donne une autre dimension à la série, ce n’est plus simplement de l’aventure, c’est de l’aventure avec un message.

Participez-vous à l’élaboration du scénario ?

Oui, j’aime beaucoup travailler avec Joris parce qu’on un véritable travail de collaboration, il me livre un scénario, je fais un retour, puis on travaille dessus. Notamment sur le dernier tome, on aborde l’univers du loup-garou qui est un domaine que je connais bien et qu’il connaissait un petit peu moins, donc on a beaucoup parlé de ça. Il y a eu un véritable travail de fond pour le scénario, qu’il écrit tout seul après. Je l’ai surtout aidé sur la caractérisation du loup-garou, les émotions, etc… On est vraiment des collaborateurs, car je lui montre mes planches, et il me fait un retour critique dessus. Je recommence certaines cases, j’en retouche d’autres... On est en discussion perpétuelle.

Lucile Thibaudier : "Enola ce n'est plus simplement de l'aventure, c'est de l'aventure avec un message"
Dans ce tome, Enola rencontre des Loup-Garou...
© La Gouttière (Dessin : Lucile Thibaudier)

Vous avez des envies de créatures particulières pour la série ?

Les sirènes, par exemple ! Mais cela pose des questions de scénario après, parce que les animaux ne parlent pas. Justement, avec le cinquième tome, on aborde un animal humanoïde, c’est le premier hybride qui apparaît et ça va peut-être ouvrir des portes. Mais c’est vrai qu’au début, on ne savait pas trop comment aborder ça, parce que l’animal n’est pas censé parler, ni comprendre ce qu’il lui arrive.

Sorcières Sorcières l’autre série du moment de Lucile Thibaudier.
© Kennes (Dessin : Lucile Thibaudier)

Comment on réinterpréte des créatures mythiques qui sont là depuis des décennies, voire des siècles ?

Je ne me suis pas trop posé la question. À chaque fois j’essaye de ne pas trop me documenter et de sortir les animaux comme je voudrais qu’ils soient. Peut-être pour ne pas être trop influencé et rester dans une sorte de spontanéité de ce que j’ai à l’esprit. Je suis relativement libre sur le design, j’en discute avec Joris. C’est pareil pour les personnages, je propose quelque chose, il valide ou non et on travaille ensemble.

En parlant de design, Enola est une série relativement libre dans ses décors, ses véhicules... C’est un avantage pour vous ?

C’est génial et on ne sait pas trop où se situer. Enola a toujours des moyens de transport assez extraordinaires, et je suis toujours hésitante sur ce que je peux monter, comment je me sers de la technologie etc… Il y a pas mal de recherches. C’est difficile à ne pas trop en montrer pour justement ne pas montrer d’époque, mais c’est un challenge. Malgré tout, il n’y a pas d’impression d’anachronismes. Peut-être qu’elle sera ainsi moins datée et perdurera plus longtemps. Quand on l’a créée, Joris avait imaginé une histoire en pensant à un petit personnage un peu guilleret, avec beaucoup de couleurs et il voulait qu’il soit dans un genre steampunk. Donc ça un peu été dirigé par ça. Elle devait se démarquer un peu, d’où les cheveux violets et la tenue.

© La Gouttière (Dessin : Lucile Thibaudier)

Une fois le scénario en mains, comment procédez-vous ?

Je lis le scénario et je démarre quasiment tout de suite. Le tome 6 est déjà écrit mais je ne le lirai pas avant devoir le faire car là, je suis sur le tome 5 de Sorcières Sorcières, et c’est une très grande frustration de lire un album que je ne peux pas faire tout de suite. Donc je préfère attendre un peu et avoir la surprise ! Les recherches de véhicules, de décors etc…, je m’y mets lorsque j’y suis confrontée face à la planche. Je vais faire une pause, lâcher le storyboard et faire des croquis et des recherches. Je me lance dans le bain direct.

Après Tintin, le mythe du Yéti croise Enola...
© La Gouttière (Dessin : Lucile Thibaudier)

Vous verra-t-on un jour faire de la bande dessinée pour adultes ?

J’aimerais bien ! Mais en faisant un tome de Sorcière Sorcières et d’Enola par an ce n’est pas jouable. Comme ça me demandera un travail supplémentaire vu que je n’en ai pas l’habitude, il faut vraiment que je sorte de ma zone de confort, il va me falloir du temps pour le faire. J’ai des idées et des projets sous le coude, mais je n’ai juste pas le temps.

La méthode de travail est la même sur les deux séries ?

Enola c’est dirigé vers les primo-lecteurs donc le découpage est assez léger. Sur Sorcières Sorcières, on est sur du huit ou neuf cases par planches, sur Enola c’est plutôt cinq. Les dialogues sont différents aussi, et l’intrigue de Sorcières Sorcières sera plus compliquée. Mais ma méthode de travail est la même.

Rien d’autres en préparation ?

Pour l’instant c’est tout, deux albums par an c’est déjà beaucoup. J’ai déjà délégué parce que je ne fais plus la couleur sur Enola. Je n’arrivais plus à tenir le rythme. Mais j’aime faire la couleur. J’avais arrêté sur Sorcière Sorcières, mais j’ai repris. J’aime peaufiner donc ça me prend beaucoup de temps, mais je ne pouvais plus me le permettre si je voulais terminer mes albums et vivre une vie à côté.

C’est dur de lâcher la couleur ?

Oui ! Pas immédiatement, parce que je ne me suis pas de suite rendu compte de ce que cela impliquait, mais j’avais l’habitude de rattraper mes boulettes à la couleur et ça, quand on a une coloriste qui me dit «  - Là tu as oublié un bras d’Enola !  » c’est différent, il faut bien tout vérifier et faire les décors. Ma coloriste ne va pas inventer un décor que je n’ai pas fait !

"Quand papa n’est pas là" un album illustré toujours en collaboration avec Joris Chamblain.
© La Palissade (Dessin : Lucile Thibaudier)

(par Vincent SAVI)

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Enola et les animaux extraordinaires, Tome 5 : Le loup garou qui faisait d’une pierre deux coups - Joris Chamblain (scénario) - Lucile Thibaudier (dessin) - La Gouttière - 10,70 € - sortie le 22 février 2018

Notre interview de Joris Chamblain, son scénariste sur Sorcières Sorcières et Enola à retrouver par ici !

Remerciements à Nicolas Mallet.

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