Prix Saint-Michel 2019 : Laurent Astier, scénariste et dessinateur, récompensé pour son dessin

12 octobre 2019 0 commentaire
  • Remis hier soir, les Prix Saint-Michel ont récompensé Laurent Astier avec le Prix du meilleur dessin pour son premier tome de "La Venin". Juste après la cérémonie, l'auteur s'est livré à quelques confidences...

Nous avons déjà détaillé hier le palmarès des prix Saint-Michel 2019. Nous proposons ce week-end de vous partager les ressentis des différents lauréats, au travers de quelques interviews accordées dans la somptueuse salle gothique de l’Hôtel de Ville de Bruxelles, bondée pour l’occasion !

Nous commençons par Laurent Astier, lauréat du Prix du Meilleur Dessin reçu pour le premier album de sa nouvelle série, La Venin, paru chez Rue de Sèvres.

Prix Saint-Michel 2019 : Laurent Astier, scénariste et dessinateur, récompensé pour son dessin
Laurent Astier, à la remise des Prix Saint-Michel 2019.
Photo : Jean-Jacques Procureur

Laurent, quel est votre sentiment après avoir reçu ce prix Saint-Michel ?

Cela me fait très plaisir, surtout de recevoir le prix du dessin, car je suis à un moment de carrière où, après avoir réalisé précédemment de grosses paginations, j’ai vraiment décidé de remettre le dessin en avant : j’ai changé de format, de technique, en revenant un dessin somme toute plus classique. Je trouve donc intéressant d’être salué pour ce style plus posé.

© Rue de Sèvres

Le dessin dans cet album est tellement associé au découpage, à la mise en page et au scénario, que c’est presque compliqué de les dissocier pour récompenser uniquement le dessin.

Dans le cas de La Venin, c’est effectivement impossible de les séparer. Pour autant, lorsque j’écris le scénario, j’essaie d’être scénariste à 100% sans penser au dessin, afin de poser réellement le rythme du récit. Par la suite, j’adapte ce scénario en bande dessinée, et c’est le moment où le dessinateur prend le relais, en commençant le découpage et la mise en page pour mettre cela en forme et respecter les idées initiales. Et c’est sans doute pour cela que le scénariste n’est pas venu aujourd’hui pour soutenir l’autre moitié de moi-même, moi le dessinateur, dans la réception de ce prix louant le dessin. Quel lâche ! (rires)

L’arrivée à Silver Creek, où l’on découvre Emily, presque fragile.
La Venin T. 1 : déluge de feu - Laurent Astier (scénario, dessin et couleur) - Rue de Sèvres

J’espère tout de même que recevoir un prix pour le dessin n’a pas créé en vous un conflit entre vos deux personnalités...

Heureusement pas ! J’ai toujours dessiné, tout en désirant raconter des histoires par ce biais. Le dessin, c’est que je suis depuis tout petit. La réception de ce prix est donc très gratifiante.

On imagine que le dessin est ici autant récompensé que toutes les étapes qui le précédent, à savoir le découpage très soigné de ce premier tome, ainsi que la mise en page…

La Venin représente effectivement un gros travail de découpage, que je réalise tout d’abord en numérique pour calibrer au millimètres près la place que je peux octroyer à chaque case : je les mesure réellement pour m’assurer que cela convienne, avant de les reporter sur la planche. Si je suis aussi pointilleux sur cette étape, c’est parce que je pense que j’ai toujours été avant tout intéressé par le découpage. C’est à ce moment-là que vous créez tout le plus d’émotions, que vous générez un souvenir chez le lecteur. On voit des films, on lit des romans ou des bandes dessinées, et tous et toutes ne nous marquent pas de la même façon. Mon désir demeure : toucher le lecteur au cœur, avec mes personnages et mes histoires, afin qu’il garde en lui certes un souvenir du récit, mais surtout des émotions ressenties lors de sa lecture.

La Venin T1 : Wok in progress
La Venin T. 1 : déluge de feu - Laurent Astier (scénario, dessin et couleur) - Rue de Sèvres

Avez-vous le sentiment que les précédents récits que vous avez scénarisés et dessinés, et qui bénéficiaient souvent d’une grosse pagination, vous ont permis d’atteindre une forme d’épure dans votre découpage ?

J’avais fait lire le scénario du premier tome de La Venin à un ami auteur, et il m’avait dit que j’essayais de condenser un album de plus 80 pages en seulement 54 planches. Ce qui rencontrait effectivement ma volonté première. J’ai donc dû dégraisser pour ne maintenir que l’essentiel tout en gardant à l’esprit le minutage de l’album malgré une pagination fournie. Auparavant, je travaillais surtout avec des planches qui comprenaient entre 4 et 8 cases. Or dans ce cas, même en faisant attention, La Venin comporte 9 à 12 cases… et parfois 15 !

Emily est-elle une tueuse à gage, ou poussée par la vengeance ?
La Venin T. 1 : déluge de feu - Laurent Astier (scénario, dessin et couleur) - Rue de Sèvres

Ce n’est pas néfaste, car vous avez dû synthétiser votre dessin pour maintenir la lisibilité de chaque page, sans tomber davantage dans le schématisme : à chaque planche, on goûte la poussière du western !

J’ai eu une période, assez longue, où j’ai vraiment envisagé d’arrêter le dessin, pour me consacrer uniquement au scénario. Cela a dû jouer dans cette évolution : ma partie scénariste a vraiment pris le dessus, surtout l’envie de raconter le mieux possible. Avant, j’avais tendance à laisser le dessin entraîner le lecteur dans le récit. Et j’ai maintenant la volonté d’avoir un scénario très écrit, très découpé, pour savoir exactement où l’on va, pour que chaque case soit pensée. Dans le même temps, le scénario prévoit souvent trop de cases par planche, et je veux maintenir quelques grandes visuels pour donner de l’amplitude du récit. Je dois donc couper et synthétiser pour éliminer tout le superflu.

Ces réflexions ne sont pas venues seules : j’ai travaillé avec Luc Brunschwig, qui a parfois un découpage assez directif. J’ai aussi œuvré avec Fabien Nury et Xavier Dorison qui détiennent chacun également une autre façon de travailler. Ces collaborations m’ont permis d’évoluer en tant que scénariste.

Etude graphique, qui donne la mesure du récit.
La Venin T. 1 : déluge de feu - Laurent Astier (scénario, dessin et couleur) - Rue de Sèvres

Beaucoup de lecteurs espèrent que le tome suivant va paraître très prochainement ?!

Il sortira en janvier, un an après le précédent. Je devrais d’ailleurs être en train de le boucler. Je vais aller dédicacer pour les Prix Saint Michel, puis je rentre le finaliser !

La traditionnelle photo de famille : les lauréats avec les organisateurs du Prix Saint-Michel 2019
Photo : DR.

Toujours sur ActuaBD, plus tard dans la journée : Bernard Swysen, suivi de l’interview du Grand Prix François Boucq.

(par Charles-Louis Detournay)

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