Record de nominations pour la BD française aux Eisner Awards 2011

14 juillet 2011 17 commentaires
  • Créés du vivant même de l’auteur du « Spirit », les Eisner Awards sont la plus haute distinction de la BD aux États-Unis. Ils sont traditionnellement remis à la Comic Con’ International de San Diego qui ouvre ses portes la semaine prochaine. Fait exceptionnel, pas moins de dix auteurs français sont nommés cette année. Revue de détail.
Record de nominations pour la BD française aux Eisner Awards 2011
Version US de "C’était la Guerre des tranchées"
Éditions Fantagraphics

D’abord soulignons ce fait : ces distinctions, certes nombreuses car elles distinguent 48 catégories d’excellence aussi bien dans le domaine des créateurs (dessinateurs, scénaristes,…), que des audiences visées (pour adulte, pour la jeunesse,…), des catégories éditoriales (séries, album seul, roman graphique, humour, édition autochtone ou étrangères,…), du type d’ouvrage publié (réédition, anthologie, essai sur la BD, magazine, webcomic…), des qualités éditoriales (meilleure publication, meilleure direction éditoriale…) , voire commerciale (meilleur libraire…), que de ce que l’on appelle les « petites mains » mais dont l’apport est parfois déterminant dans la réussite du livre (coloriste, maquettiste, lettreur…) sans oublier un « Hall of Fame » pour les grands noms du métier.

Le jury, cornaqué depuis 1990 par Jackie Estrada, comporte six membres connus pour leurs qualités de propagandistes de la BD comme organisateur de festivals, bibliothécaire, éditeur ou libraire.

Version US de "Roi Rose"
Éditions Fantagraphics

Un appel à soumission est fait auprès des éditeurs au début de l’année sur 25 des 48 catégories. Le jury de présélection fait son tri, sort de son chapeau la liste des nominés puis, à l’exemple des Oscars, c’est toute l’industrie qui vote, des auteurs aux éditeurs en passant par les libraires spécialisés. Les gagnants seront annoncés le 22 juillet prochain.

On est loin du gloubi-boulga illisible des Essentiels d’Angoulême que l’on appelle à réformer depuis des années. Les Eisner Awards ambitionnent d’offrir un aperçu le plus large possible de ce qui se publie dans le domaine de la bande dessinée « des travaux autobiographiques les plus intimes aux ouvrages populaires pour enfants et ou pour la jeunesse, à la réédition luxueuse la plus sophistiquée. »

Version US du "Tueur"
Éditions Archeïa

Et ils y arrivent car nos amis américains ne sont pas englués dans des combats d’arrière-garde pour une bande dessinée d’auteur frappée au coin de l’idéologie la plus obtuse. Ils récompensent « l’industrie de la bande dessinée » (littéralement « The Comics Industry Awards ») dans son ensemble, sans œillère, sans a priori.

Tout au plus constatent-ils cette année que, « contrairement aux années précédentes, les bandes dessinées de super-héros sont très en minorité cette année. »

Les Français, dix fois nommés

Par voie de conséquence, les Français sont mieux représentés cette année avec dix nominations :

- Deux pour C’était la guerre des tranchées de Tardi (Casterman, publiée chez Fantagraphics) dans les catégories « meilleure BD documentaire » et « meilleure œuvre étrangère »,

- une pour Le Petit Prince de Joann Sfar d’après Antoine de St-Exupéry (Gallimard, publiée par Houghton Mifflin Harcourt) dans la catégorie « Meilleure adaptation »,

Version US de "Salvatore"
Éditions NBM (Nantier Beam Minoutchine)

- une pour L’Incal d’Alejandro Jodorowsky & Moebius, dans la catégorie « Meilleure réédition »

- une pour Le Tueur : Modus Vivendi de Matz & Luc Jacamon (Casterman, publiée par Archaïa), dans la catégorie « meilleure œuvre étrangère »,

- une pour Roi rose de David B d’après Pierre Mac Orlan (Gallimard, publiée par Fantagraphics), dans la catégorie « meilleure œuvre étrangère »,

- une pour Salvatore de Nicolas de Crécy (Dupuis, publiée par NBM), dans la catégorie « meilleure œuvre étrangère »,

- une pour Aux Heures impaires d’Éric Liberge (Futuropolis, publiée par NBM),

- Une pour Le Roi des mouches de Mezzo & Pirus T1 (Drugstore, publiée par Fantagraphics), dans la catégorie « meilleure œuvre étrangère »,

- Une pour le collectif "Corée" dirigé par Nicolas Finet (Casterman Écritures, publiée par Fanfare & Midot ; Ponent Mon) dans la catégorie « Meilleur recueil d’histoires courtes. »

Un joli palmarès qui montre que le jury américain sait apprécier à sa juste mesure la diversité de la production francophone.

On notera aussi la présence dans les œuvres nommées de Blacksad de l’Espagnol Juanjo Guarnido (Dargaud, publiée par Dark Horse) et Les Noceurs du Belge Brecht Evens (Actes Sud, publiée par Drawn & Quaterly) dans la catégorie meilleure auteur de couleur directe / artiste multimédia.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Pour avoir la liste complète des nominés : Voir le site de la Comic Con’ International de San Diego (Sold Out, plus de ticket d’entrée disponibles)

 
Participez à la discussion
17 Messages :
  • Sept nominations pour la BD française aux Eisner Awards 2011
    14 juillet 2011 11:30, par Michel Dartay

    Cher Didier, il me semble que tu oublies Eric Liberge pour On the Odd Hours (NBM).

    Sinon on remarque la bonne collecte du label Vertigo de DC. Excellente nouvelle pour Dargaud qui en récupère les droits au 1 janvier 2010 !

    Répondre à ce message

    • Répondu par Michel Dartay le 14 juillet 2011 à  15:21 :

      1 janvier 2012 bien sûr ! désolé !

      Répondre à ce message

  • Bonjour,

    Autant vous précisez dans quelles catégories sont sélectionnés certains titres, pas les autres, qu’en est-il de Salvatore, Le Tueur et Le Roi Rose (meilleure adaptation aussi ?)

    Répondre à ce message

  • Huit nominations pour la BD française aux Eisner Awards 2011
    14 juillet 2011 14:47, par Didier Pasamonik (L’Agence BD)

    Effectivement, vous avez tous les deux raisons. J’ai publié un peu vite ce matin. C’est corrigé, j’espère.

    Répondre à ce message

  • Huit nominations pour la BD française aux Eisner Awards 2011
    14 juillet 2011 16:03, par Yaneck Chareyre

    Toute la bd, ou pas. En effet, le super-héros passe totalement à la trappe.
    Marvel n’a que 3 citations, 2 pour le travail en creator Owned de Skottie Young, et un pour un cover artist qui a bossé pour trois éditeurs.
    Pour une sélection pas élitiste, je ne vois pas ce qu’il vous faut...

    Répondre à ce message

    • Répondu par Michel Dartay le 14 juillet 2011 à  23:19 :

      Il ne faut pas confondre élitisme snobinard avec sens des réalités ! Marvel a été un immense éditeur au cours des décennies précédentes, mais il faut reconnaitre que depuis plusieurs années, cela ronronne sec du coté de la Maison des Idées, et le rachat par Disney n’a rien arrangé (consensuel mainstream impose !) ! Les Eisner Awards n’ont rien à voir avec le Top 100 Diamonds ! Mais du coté des émotions artistiques et de la créativité, il faut bien reconnaitre que la balle est passée ailleurs. Et finalement, les super-héros costumés (le seul truc que sache faire Marvel) ne sont pas la seule lecture possible. Si vous trouvez anormal que le public américain en juge autrement, libre à vous ! Pour ma part, je me réjouis qu’il découvre enfin qu’il existe d’autres formes de comics...

      Répondre à ce message

      • Répondu par Yaneck Chareyre le 15 juillet 2011 à  09:22 :

        Je ne fais que mettre en avant le contenu de l’article, où le journaliste compare Angoulême et les Eisner Awards. Les eisner ne sont pas plus populaires que les prix d’angoulême. Marvel et DC proposent peut-être du super-slip classique sans surprise (et encore, ça se discute), mais ce sont les plus grosses ventes. Donc le propos de l’auteur de l’article est faux.
        Ensuite, je ne parle pas des prix, mais des nominations. Un Geoff Johns aurait mérité une nomination vu son excellent travail sur la franchise Green Lantern, qui propose justement du super-slip de qualité. Mais non, on fait dans l’élitiste, là aussi.

        Répondre à ce message

        • Répondu par Ozanam le 15 juillet 2011 à  09:53 :

          Il faudrait peut-être arrêter de jouer les naïfs à chaque fois que l’on parle de prix. Ce n’est pas tant une question d’élitisme que de bon sens. Que cela soit pour le cinéma ou la BD, les différents prix ont toujours voulu récompenser des oeuvres qui ont plus de difficultés à trouver leur public. Une sorte de "seconde chance". Les blockbusters n’ont pas besoin de ce coup de pouce : ils ont déjà le public pour eux.
          Quelque part, c’est cruel effectivement (surtout quand on a un prix du meilleur encreur) mais c’est le jeu. On va pas ré-ouvrir le débat à chaque fois.
          Et puis franchement, qui a envie d’un truc aussi insipide que les victoires de la musique, où pour le coup sont uniquement représentés ceux qui vendent ?
          Donc voilà, c’est un fait, les prix, en général, c’est fait pour les oeuvres plus difficiles d’accès.
          Après, si vous voulez vraiment râler, il reste le fameux copinage... ou le fait que bizarrement on nous sort toujours la même brochette d’auteurs. Là, vous gagnez à tous les coups.

          Répondre à ce message

  • il manque aussi Mezzo & Pirus pour le roi des mouches T.1.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 15 juillet 2011 à  00:35 :

      Mais oui, bon sang. Et de neuf ! C’est corrigé.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Michel Dartay le 15 juillet 2011 à  22:33 :

        Neuf titres sélectionnés, c’est énorme ! La BD française domine largement le genre dans la catégorie des non-américains, si l’on excepte les mangas qui bénéficient de catégories dédiées ! Le marché américain serait-il enfin en train de s’ouvrir ? La BD la plus ancienne est sans doute le moniumental Tardi pré-publié dans (A SUIVRE), qui au delà de son aspect documentaire peut également être perçu comme un implacable réquisitoire contre toutes les guerres, mais nous en avons des dizaines d’autres en stock qui mériteraient un jour d’être proposées au public américain, le jour où il décidera de lire autre chose que le énième combat de Supermachin (ou mutant) contre le retour d’Evil Bad Guy !

        Pour les titres US purs, on peut noter de nombreux titres Vertigo, label DC proposant diverses histoires généralement très bien écrites, sur le mode adulte (mais sans trop d’érotisme évidemment, on reste aux States !) sur des thèmes très variés (policier, histoire, horreur, fantastique, architecture, road-movie, contes de fées adultes, et délires sociologiques). Cela me semble une excellente nouvelle qui témoigne à mon sens de la lassitude vis-à-vis du genre super-héroïque (probablement réservé à de vieux nostalgiques), mais aussi de l’ouverture du marché et de la maturité des goûts d’une partie du public américain.

        Répondre à ce message

  • Bonjour,
    Dans les auteurs français on peut aussi noter les participants au collectif "Corée" ("Korea as viewed by 12 creators") paru chez Casterman Ecritures.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 17 juillet 2011 à  10:25 :

      Et de 10. Record battu, de mémoire, la BD francophone n’a jamais eu autant de nominations aux Eisner Awards.

      Répondre à ce message

  • Les mots ont un sens
    17 juillet 2011 16:13, par Marc-Henri

    - Chacun est certes libre de son style, mais je voudrais rappeler que les mots ont un sens qui ajoute la connotation à la dénotation :

    Le jury, cornaqué depuis 1990 par Jackie Estrada

    Le verbe « cornaquer », outre qu’il est d’un registre assez familier (plutôt L’Équipe que Le Monde), devient assez péjoratif ici : le jury n’est pas un éléphant, et il n’y a pas de rapport de subordination (Estrada n’est pas un contremaître qui cornaque ses ouvriers). On aurait préféré : dirigé, présidé, guidé, etc.

    six membres connus pour leurs qualités de propagandistes de la BD

    Là encore, « propagandistes » est connoté péjorativement : le jury ne fait pas de la propagande (ces personnes ne sont pas Goebbels ni Lefebvre). On aurait préféré : activistes, apôtres, évangélistes, propagateurs, etc.

    Un appel à soumission est fait auprès des éditeurs

    Même si l’ont soumet un manuscrit, cette « soumission » est ici au mieux maladroite, au pire du patois anglicisant : les Eisners n’ont pas lieu dans un club BDSM (ni à Munich). On aurait préféré : un appel à candidatures, à propositions, à postuler, etc. ; ou « Les éditeurs sont invités à proposer leurs ouvrages ».

    - Au pinaillage, quelques coquilles (et non pas typos) :

    les bandes dessinées de super-héros sot très en minorité

    (Même s’il est vrai que la majorité des BD de super-héros sont fort sottes.)

    avec sept nominations

    (Vous avez réactualisé le reste avec « dix », sauf cette phrase.)

    Le Tueur : Modus Vivendi

    (Les autres items commencent par « une pour », sauf celui-ci.)

    une pourRoi rose

    (Une espace typographique serait la bienvenue.)

    Une pour Aux Heures impaires d’Éric Liberge(Futuropolis, publiée par NBM).

    (Espace après Liberge ; et les trois items ajoutés à la liste devraient commencer par « une » en minuscules et se terminer par une virgule au lieu d’un point, comme les précédents.)

    ditrigé par Nicolas Finet

    (J’arrête là.)

    Répondre à ce message

  • Tardi et Guarnido primés aux Eisner Awards 2011 !!
    23 juillet 2011 14:10, par Michel Dartay

    Voila une excellente nouvelle !

    Répondre à ce message

    • Répondu par KP le 23 juillet 2011 à  20:44 :

      Rhooooo, comme c’est original !
      En voilà une prise de risque !!!
      Manifestement les jurys Américains sont au moins autant à la masse que leurs homologues Français...

      Répondre à ce message

    • Répondu par KP le 23 juillet 2011 à  20:46 :

      Bon, j’exagère "C’était la guerre des tranchées" est vraiment bien... en même temps, ça date un peu.

      Répondre à ce message