Serge Clerc ("Spirou, vers la modernité") : « J’ai voulu pousser le concept beaucoup plus loin que Franquin »

7 décembre 2011 2 commentaires
  • {{Serge Clerc}} publie un art-book aux éditions Dupuis consacré aux relations entre l’art moderne et le design des années 1950 avec Spirou et Fantasio. Avec sa Ligne Claire, stylisée et épurée, le dessinateur-espion revisite l'image du groom. Rencontre.

Serge Clerc ("Spirou, vers la modernité") : « J'ai voulu pousser le concept beaucoup plus loin que Franquin »Votre nom est cité comme possible contibuteur à la collection "Spirou & Fantasio vu par..." qui a accueilli les signatures de Yann & Vehlmann, Frank Le Gall, Yann & Tarrin, Émile Bravo...
Effectivement. Mais le projet Spirou vers la modernité est né en 2002, suite à la demande d’un collectionneur qui voulait un dessin autour du thème de Spirou et Fantasio.

Je me suis pris au jeu et j’ai fait une dizaine d’études et de dessins. J’avais proposé aux éditions Dupuis, à cette époque de réaliser un livre thématique sur ce sujet. Mais la direction éditoriale n’a pas donné suite à ma demande. Le projet est donc resté dans les limbes pendant des années. Éric Verhoest, le patron de la galerie Champaka à Bruxelles, avait eu vent de ce projet et souhaitait exposer mes dessins autour de Spirou. Il voulait en éditer lui-même le catalogue.

D’autres personnes sont arrivées entretemps aux différents postes éditoriaux de Dupuis et se sont montrés beaucoup plus enthousiastes vis-à-vis de cette idée et ont voulu éditer eux-mêmes le livre. Ils m’ont demandé de faire trente dessins et de compléter par des esquisses. Ce livre a un tirage réduit à 2600 exemplaires, dans une version numérotée réservée aux collectionneurs incluant une sérigraphie signée. C’est un livre-objet montrant ma vision de Spirou dans le monde de l’art.

Pourquoi avoir situé cette suite de dessin dans les années 1950 et le Style Atome cher à André Franquin et conceptualisé par Joost Swaarte.

Quand j’ai réalisé mes recherches en 2002, je lisais Architectural Digest, une revue dont plusieurs numéros étaient consacrés aux bâtiments et à la décoration d’intérieur des années 1950. J’ai souhaité pousser beaucoup plus loin le concept de Franquin qui mettait déjà ses personnages dans un univers nourri par le design.

Selon vous, Spirou doit-il rester attaché à cette période ?

Non. Pas du tout. On peut parfaitement le projeter à toutes les époques. Mais le Spirou de Franquin restera toujours une référence ! Certains albums, comme par exemple La Mauvaise Tête, sont de véritables chefs-d’œuvre, des œuvres d’art.

Est-ce Louis-Antoine Dujardin, votre éditeur chez Dupuis, qui a voulu faire de cet album un livre-objet ?

Je souhaitais que mes études soient reprises dans ce livre à côté des différentes illustrations. Il y avait de nombreuses esquisses que je ne finaliserais pas. Il m’était important de montrer ces étapes intermédiaires. Les crayonnés sont ce qu’il y a de plus instinctif et de plus vivant dans mon travail. On y sent le choc des dessins et des idées. L’encrage fige le dessin. Je travaille par transparence sur des feuilles A4 pour placer les personnages dans le décor. Puis j’encre en utilisant le pinceau. J’ai abandonné le Rotring pour le pinceau après avoir analysé les travaux de Jijé

Vous évoquiez la rencontre entre Spirou et un certain monde artistique, un art de vivre…

Dans les revues d’Architectural Digest que j’ai consultées, il y avait de nombreuses photographies de Lounge bars. Cela me plaisait de faire évoluer Spirou et Fantasio dans des espaces plus modernes. On catégorise souvent mon livre en le disant marqué par les années 1950. Ce n’est pas le cas. Regardez certaines illustrations, comme par exemple « Club Cairo » : vous constaterez qu’elle ne fait pas référence à ces années-là. Le seul objectif de ce livre était de m’amuser et de faire de belles images. Je tiens aussi à souligner le travail remarquable de Laetitia Schwendimann qui m’a souvent sauvé la mise en m’apportant toute sa compétence technique. Grâce à cette coloriste, j’ai pu maîtriser Photoshop en quelques mois et arriver à ce résultat.

Ce livre est-il imprimé en sérigraphie ?

On pourrait le croire, mais non ! Le choix du papier magnifie les couleurs. Il fait littéralement fait chanter la couleur et donne au livre un aspect encore plus réussi. La maquette est également très raffinée. C’est Philippe Ghielmetti, un élève d’Etienne Robial qui s’en est chargé. Il a utilisé mes gammes chromatiques et mes crayonnés sont reproduit avec un velouté très réussi.

Qu’en est-il de ce « Spirou » que vous préparez depuis de longues années avec Jean-Luc Fromental ?

Quand il a vu mes dessins pour ce collectionneur, Fromental a souhaité m’écrire un Spirou qui se déroulerait dans les milieux de l’art aux États-Unis. Mais Jean-Luc a quelques années de retard et j’attends toujours son scénario. Je ne suis pas certain que ce projet aboutisse un jour. Pourtant, cela m’intéresserait de le mener à bien avec lui.

(par Nicolas Anspach)

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Expositions de Serge Clerc à la Galerie Champaka à Bruxelles, jusqu’au 11 décembre 2011.

Lire aussi :
- Dupuis et ses « Coffee Table Books » (Novembre 2011)
- "Le retour de Serge Clerc, le « dessinateur espion" (Décembre 2007)

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Photo : (c) Nicolas Anspach
Illustrations : (c) Serge Clerc & Dupuis.

 
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