Valentina, une pépite de sensualité signée Crepax

26 décembre 2015 1 commentaire
  • Avec la collection Valentina, Actes Sud/l’An 2 nous fait un joli cadeau en cette période de fêtes. De nouveaux joyaux nous arrivent dans des ouvrages à portée de toutes les bourses, ce qui était rarement le cas dans les précédentes éditons de Crepax : mises-en-page ébouriffantes, encrage d'une grande finesse, thèmes pertinents et toujours actuels sur la nature du couple, et par dessus tout un érotisme caniculaire !
Valentina, une pépite de sensualité signée Crepax
En préambule des trois récits, deux petites bandes, dont un jeu de l’oie qui permet au lecteur de se replonger dans l’ambiance

Nous nous félicitions en juin dernier de la nouvelle édition de Valentina ! réalisée par Actes Sud/l’An 2 sous la direction de Thierry Groensteen. Chose promise, chose due : six mois sont passés, et voici déjà le second tome de cette superbe redécouverte. Le choix des récits est encore plus pertinent que dans le premier tome, centré il est vrai sur la biographie de Valentina, afin que tous les novices puissent mieux connaître la célèbre héroïne, emblématique de l’œuvre de Guido Crepax.

Thierry Groensteen avait annoncé ce que contenait ce second tome intitulé Dangereuses fréquentations : « Il comprend trois histoires : « La Chute des anges » (1973), « Nostalgie » (1980) et « Andante » (1982) [1]. La première histoire avait paru en France, mais comme les albums d’autrefois sont épuisés depuis longtemps et il y a toute une génération de lecteurs qui ne connaît même pas le nom de Valentina pour qui la question de l’inédit ne se pose donc pas du tout. »

La composition des planches de Crepax continue de surprendre et de séduire
Chutes d’Anges (1973)

Rares sont les lecteurs disposant du tome intitulé Le Journal de Valentina (1985) et dans lequel on peut retrouver cette première histoire. Ils gagneront pourtant à la comparer avec la publication d’Actes Sud/l’An 2, car la qualité de l’impression actuelle permet de mieux saisir la force et la finesse de l’encrage de Crepax, ce qui convient d’ailleurs particulièrement bien à l’ambiance légèrement fantastique de ce premier récit. Le propos est en effet relié au premier album paru en français [2] qui contient un long récit intitulé Les Souterrains. Mais le fait de ne pas avoir lu ce récit ne vous empêche pas de saisir tout le propos du présent ouvrage.

En effet, comme les deux autres histoires en français, les différents chapitres de Fréquentations dangereuses n’abordent pas l’aventure dans le registre de l’action, mais bien dans celui de la séduction. Même si elle est marié à Philip Rembrandt, la belle Valentina rencontre ou retrouve d’autres hommes et femmes. Ces aventures extra-conjugales sont donc l’occasion de jouer de sa sensualité et surtout se poser la question de la liberté de la femme de manière générale.

Les interrogations d’une femme, divisée entre le canevas social et l’appel de ses sens
"Andante" (1982)

C’est en lisant ces trois nouvelles qu’on se rend compte comme Crepax était un réel précurseur ! Admiré par ses pairs, mais souvent incompris du grand public, ses récits n’ont rien perdu de leur force quelques quarante ans plus tard. Au contraire, leurs propos font écho à la place de la femme dans notre société, plus indépendante, mais toujours enfermée dans un cadre par trop rigide.

Soutenu par les notes de Luisa & Antonio Crepax, on poursuit la lecture de chaque histoire en comprenant le contexte de leur création, et en revenant sur un silence ou une interrogation de Valentina. En dépit d’un format roman qui permet de balader le volume au gré de nos disponibilités, ce second volume (toujours au prix de 18 €) offre un équilibre entre une lecture plaisante par le sujet et une occasion de parfaire sa connaissance des travaux de Crepax.

Il faut souligner l’extraordinaire sensualité qui se dégage de ces trois histoires. Si Crepax a pu travailler des sujets autrement plus explicites dans Emmanuelle ou dans ses adaptations du Marquis de Sade, l’érotisme atteint ici des sommets inédits, sans jamais tomber dans la basse pornographie. Les errements de Valentina noyée dans l’alcool dans le premier récit, se poursuivent par l’ennui qui étouffe une femme mariée dans le deuxième, Nostalgie.

Les hésitations de l’héroïne la rendent parfaitement crédible, jusqu’à l’abandon, tant au jeune homme qu’elle a rencontré qu’à ses propres pulsions sexuelles. Si la question de la propriété sentimentale se décline une fois encore dans le troisième récit Andante, où la belle héroïne se retrouve coincée entre le précédent jeune homme et une séduisante jeune femme légèrement dominatrice, le summum de l’érotisme est atteint dans Nostalgie, où la fragilité de Valentina offre un saississant contraste avec les jeux sexuels auxquels elle finit par s’abandonner.

Une séquence extraite de "Nostalgie" (1980) où les protagonistes assument leurs fantasmes.

En dépit de la sensualité du propos, ce sont toujours bien les relations humaines qui sont au cœur de cet ouvrage, que l’on ne peut réduire trop précipitamment à la catégorie de l’érotisme ou du porno chic. Sans la passion de Groensteen et le travail d’Actes Sud/l’An 2, nous resterions dans l’ignorance de ces chefs-d’œuvre à l’encrage personnel et fulgurant et aux constructions de planches époustouflantes. Vivement la suite !

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire notre article introduisant cette nouvelle collection : Enfin, une nouvelle édition de Valentina !

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[1Les Anges déchus est paru en deux parties dans Charlie Mensuel numéros 115 & 116, et a été publié Le Journal de Valentina en 1985 chez Futuropolis.

[2Valentina, par Crepax, aux éditions Eric Losfeld (1969).

 
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1 Message :
  • Valentina, une pépite de sensualité signée Crepax
    30 décembre 2015 10:28, par Oncle Francois

    Je dois dire que je garde un souvenir ému de la publication de ces Valentina dans les pages de Charlie-mensuel dans les années 70. Crepax y jouait avec la mise en page, mais il jouait surtout à la poupée avec le sosie de Louise Brooks, donc il la déshabille (hum, on peut voir qu’elle porte de la jolie lingerie, comme les filles de chez Marc Dorcel), lui fait prendre une douche, l’attache, lui donne une fessée gentille, la rhabille. C’est d’autant plus excitant que les hommes de Crepax ne sont pas très beaux en général, mais ils possèdent le privilège de l’âge, du charme et de l’expérience.
    Et Crepax a une façon très personnelle de représenter les petites fesses féminines. A cette époque bénie, on pouvait donc trouver dans le même numéro de Charlie-mensuel la blonde épanouie Paulette de Pichard, et l’éthérée Valentina. Coup double pour l’esthète de goût !

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