Van Hamme : "Lady S me permet de mêler mes intrigues à des problèmes de politique internationale"

5 octobre 2005 0 commentaire
  • Alors qu'il annonçait à ses lecteurs qu'il allait arrêter de scénariser deux de ses séries à succès ({XIII} et {Thorgal}), {{Jean Van Hamme}} se lançait dans un nouveau projet pour retrouver ainsi son plaisir d'écrire. Le deuxième album de {Lady S} marque la fin d'une histoire. Le scénariste signe ici un thriller haletant mettant en scène le monde diplomatique.

    Arrivera-t-il à faire de cette série un best-seller ? Sans doute, car Jean Van Hamme connaît la formule du succès. Il avoue volontiers avoir vendu près de 23 millions d'albums depuis le début de sa carrière.

Votre domicile bruxellois jouxte celui de l’ambassadeur américain auprès de l’OTAN. Est-ce cela qui vous a donné envie de traiter de la diplomatie dans votre nouvelle série, Lady S ?

Il n’habite plus là, malheureusement ! C’était amusant et pratique de l’avoir comme voisin. De mon jardin, je voyais fréquemment les gardes faire leur tour de ronde. Ma propriété était ainsi surveillée gratuitement et à l’abri des cambrioleurs...
Non, ce n’est pas mon prestigieux voisin qui m’a influencé. Axer une de mes séries sur la diplomatie me permettait de toucher en toile de fond les problèmes de politique internationale. Ce thème m’offre également la possibilité de situer les intrigues dans des pays différents et exotiques ! Même si le premier se passe à Bruxelles (Rires).
Le père de Lady S est ambassadeur itinérant. À vrai dire, je ne sais pas si cette fonction existe réellement, mais elle me permettait de faire voyager mon héroïne.

Van Hamme : "Lady S me permet de mêler mes intrigues à des problèmes de politique internationale"
Jean Van Hamme et l’ambassadeur
Entouré par Jean Van Hamme et son épouse, son Excellence M. Pierre-Dominique Schmidt, ambassadeur de Belgique en France, lors du lancement du premier volume de Lady S. Photo : D. Pasamonik.

Ne pensez-vous pas qu’axer une série sur la géopolitique risque de la faire vieillir prématurément ? Parlera-t-on encore de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne dans dix ans ?

On en parlera encore. Je peux vous l’assurer (Rires). Bien sûr, c’est un risque. Mais regardez le premier XIII, n’a-t-il pas un petit côté désuet, vingt ans après sa réalisation ?

Mais l’histoire du ‘Jour du Soleil Noir’ est intemporelle. C’est surtout le dessin qui a vieilli.

C’est vrai. Mais bon, je m’en fiche un peu pour Lady S, je ne serai sans doute plus là ...

Wayne Shelton était une adaptation d’un vieux scénario que vous destiniez à l’audiovisuel.

En effet ! Il y a de nombreuses années, un supposé producteur de cinéma me l’avait commandé. Je n’ai plus eu de ses nouvelles du jour au lendemain. J’imagine qu’il a fait faillite. Puis, j’ai eu envie d’utiliser ce scénario pour une bande dessinée.

La série Lady S était-elle également destinée au cinéma ?

Pas du tout ! Cette série est née d’une demande d’un éditeur. Dupuis m’avait demandé de réaliser une série qui pourrait éventuellement faire l’objet d’une adaptation télévisuelle, à l’instar de Largo Winch. J’ai relu les nombreuses pages de projets qui traînent dans mes tiroirs, et celui-là m’a séduit.
L’éditeur m’a alors mis en relation avec Philippe Aymond. Il fait partie de ces jeunes auteurs qui ont à la fois du talent et de la disponibilité. C’est aussi un garçon charmant et agréable.

La construction narrative du premier cycle de Lady S est assez audacieuse.

Ces deux albums constituent une histoire indépendante, mais je n’appellerais pas cela un cycle. L’éditeur a annoncé cela pour promouvoir les ventes et rassurer le public. Ce diptyque nous permet de découvrir les personnages au travers de différents flash-backs qui n’apparaissent pas dans l’histoire de manière chronologique. Ce récit est construit comme un film de Claude Lelouch, un habitué de cette pratique. Je trouvais cette technique narrative fort intéressante. Elle oblige le lecteur à être plus attentif à l’histoire. Même si l’intrigue n’est guère compliquée.

Allez-vous conserver ce format de deux albums pour une intrigue avec cette série ?

Non. Les histoires suivantes seront terminées en un album. Je veux me différencier de Largo Winch.

Les albums de cette série sont facilement reconnaissables grâce à leurs couvertures.

Lorsqu’il a réalisé la couverture du premier album, Philippe Aymond a eu l’idée de rajouter la tête du personnage principal en arrière plan du dessin, se fondant ansi dans le titre. Philippe ne pensait pas utiliser le même procédé pour le deuxième album.
L’idée était intéressante et efficace. Je lui ai demandé de reproduire cet effet pour le deuxième album.
J’aime qu’une série se différencie des autres de par la couverture. C’est pour cela que celles de Largo Winch ont toujours été sobres, sans trop de détails, et que chaque diptyque était associé à une couleur.

Confierez-vous prochainement le scénario de Lady S à un autre scénariste, à l’instar de Wayne Shelton ?

Je vais en écrire quelques-uns. Mais il est certain que je scénariserai pas cette série pendant une décennie.

Aujourd’hui, vous faites-vous toujours plaisir en écrivant ?

Heureusement, oui ! C’est d’ailleurs pour cette raison que j’arrête XIII et Thorgal. Je m’aperçois depuis quelques temps que je n’éprouve plus de réelle excitation à écrire les nouveaux albums de ces séries. Je veux retrouver cette fébrilité en écrivant d’autres choses. Mais pas obligatoirement pour la bande dessinée.
Je suis actuellement en discussion avec un producteur français pour une série de téléfilms, par exemple. J’ai envie d’écrire une pièce de théâtre, un roman où un scénario pour le cinéma. Mais tout cela ne se mettra en place qu’en 2006 ou 2007, lorsque j’aurai terminé mes derniers albums de Thorgal et XIII.

Allez-vous écrire le synopsis du film de Jérôme Salle, consacré à Largo Winch ?

Ce n’est qu’un projet. J’ai travaillé sur des notes d’intention et une ébauche de synopsis. Si le projet se réalise, j’aurais envie d’écrire le scénario. Largo Winch est un personnage qui m’accompagne depuis longtemps, et je n’ai pas envie qu’on le démolisse trop dans une adaptation cinématographique ratée.
J’ai les compétences pour l’écrire puisque j’ai signé plusieurs scénarios de films[[ndlr : Diva, Meurtre à Domicile, De Bloedbruiloft]. J’écrirai probablement ce synopsis avec le réalisateur. Mais rien n’est encore décidé.

De Bloedbruiloft, l’adaptation cinématographique de Lune de Guerre, sortira ces jours-ci au cinéma. Vous nous aviez confié que le réalisateur prenait quelques libertés par rapport à votre script originel. Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Le film sera projeté en clôture du festival de Gand, le 22 octobre prochain. Il y a déjà eu une projection presse à la fin du mois de septembre, mais je n’ai pas été mis au courant ! Heureusement, j’avais assisté auparavant à une projection privée. J’y ai été avec une certaine anxiété. J’avais écrit le synopsis originel et le réalisateur, Dominique Deruddere, y avait mis son grain de sel. J’étais assez inquiet car je ne savais pas ce qu’il avait fait de mon histoire. Finalement, les écarts par rapport au scénario fonctionnent. Le film est sans défaut. J’en suis satisfait.
Le principal producteur est allemand, ce qui explique la présence de comédiens allemands pour jouer tous les rôles du film. Il paraîtrait que ce sont des vedettes en Allemagne. De Bloedbruiloft sortira dans les salles belges le 26 octobre.

(par Nicolas Anspach)

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Illustrations (c) Aymond / Van Hamme & Dupuis
En médaillon : Jean Van Hamme - Photo (c) Didier Pasamonik

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