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Connaissez-vous Alice Guy ?

  • Sans doute pas. C’est pourtant l’une des grandes pionnières de l’industrie du cinéma, invisibilisée parce que, comme dans bien d’autres secteurs, cette industrie était une affaire d’hommes et que l’histoire a préféré retenir les noms des Frères Lumière, de Méliès, de Gaumont, de Warner, de Disney, de Goldwyn et de Meyer, des hommes. Or, Alice Guy est la première grande réalisatrice du cinéma mondial, une grande productrice aussi. Catel et José-Louis Bocquet, qui n’en sont pas à leur première évocation d’une grande figure féminine (on se souvient de « Kiki de Montparnasse », d’ « Olympe de Gouges » et de « Joséphine Baker »…), ont décidé de la réhabiliter cette inconnue grâce à la bande dessinée. Et c’est une réussite.

« C’était au temps du cinéma muet » chantait Jacques Brel. De fait, c’est une des raisons pour laquelle cette réalisatrice qui a tourné des centaines de films dont peu ont été conservés, a failli disparaître de l’Histoire si des érudits comme Georges Sadoul ou Francis Lacassin (celui-là même qui a popularisé le terme de 9e art pour la bande dessinée...), dans les années 1950 et 1970, ne s’étaient souvenus d’elle.

Mais les sédiments de l’histoire l’auraient encore davantage recouverte si Catel et José-Louis Bocquet, dans une enquête exceptionnelle, n’étaient pas allés sur ses traces de ses débuts dans le Paris de la belle époque, puis de sa carrière qui la mène jusqu’à Hollywood, du Chili à Sainte-Marie de la Mer, de Fort Lee à Bruxelles.

Connaissez-vous Alice Guy ?

Elle commence comme sténo chez un photographe, découvre les images qui bougent et, rencontrant Léon Gaumont, elle le pousse à investir dans cette industrie émergente qui n’est jusqu’ici qu’un gadget de foire, au même titre que les femmes à barbe et les cabinets de curiosités. Le duo improvise et contribue à professionnaliser le métier en créant un studio à Paris, aux Buttes-Chaumont, en engageant des comédiens de théâtre, des scénaristes. Alice Guy devient bientôt réalisatrice, inventant le premier péplum, une Vie de Jésus sans doute inspirée de la publication récente de Quo Vadis (qui aura lui aussi une belle prospérité au cinéma) avec quelque 300 figurants.

Elle est une des premières françaises partie à la conquête des États-Unis, où elle suit son mari, cheville ouvrière d’une société de production qui est la première à engager -on imagine le scandale !- des acteurs noirs, alors qu’ils étaient surtout jusqu’ici représentés par des acteurs blancs grimés. Mais l’affaire tourne court, à cause de la Grande Crise, de l’arrivée du cinéma parlant et des placements hasardeux de son époux.

Ce solide roman graphique, au trait aussi lisible qu’évocateur, fait mieux que réhabiliter une femme qui a compté dans cette industrie : elle redonne une perspective, plus subtile, plus complexe et inédite, à l’histoire du 7e Art.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Alice Guy - Par José Louis Bocquet (scénario) et Catel (dessin) - Éditions Casterman - Sortie le 29 septembre 2021 - 17 x 23 cm - 400 pages couleur - 24, 95 €

 
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