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« Contrefaçon ! » affirme Moulinsart, « Tintin ! » lui répond la justice

  • « Pas touche ! » affirme habituellement Moulinsart quand on utilise l’œuvre d’Hergé. Ils attaquent en justice le peintre et sculpteur Xavier Marabout qui pratique le « mash up », mélangeant des représentations du reporter à la houppe avec l’œuvre de grands peintres comme Edward Hopper, faisant notamment allusion à la vie sexuelle cachée du héros d’Hergé ; « pastiche » répond le tribunal ce lundi 10 mai, qui prend en compte la dimension humoristique et critique du peintre breton.

On vous en parlait en mars dernier, le peintre breton Xavier Marabout, qui pratique le mash up, littéralement de la purée, un procédé artistique appelé « mélange des genres » qui consiste à assembler, par le système de la citation, des œuvres existantes pour obtenir un effet d’étrangeté et de décalage, parfois poétique, parfois humoristique. Xavier Marabout avait produit une série de 23 toiles utilisant ce procédé mettant en scène Tintin dans des toiles d’Edward Hopper. Moulinsart le traîne en justice, lui réclamant des dommages et intérêts de l’ordre de 10 à 15 000 €.

« Contrefaçon ! » affirme Moulinsart, « Tintin ! » lui répond la justice
Exemple de "mash up" pratiqué par Xavier Marabout avec d’autres artistes. Ici, Tex Avery et Picasso.
"Refus", s.d., acrylique sur toile.

Ici, deux droits s’opposent : le droit d’auteur qui fait de l’ayant droits d’Hergé le propriétaire de toute représentation dérivée de Tintin et qui lui permet d’attaquer en contrefaçon tous ceux qui envisageraient d’utiliser les éléments de l’œuvre ; et la liberté d’expression qui autorise la citation dans « une intention humoristique » ou dans « un but critique ». La chambre civile du tribunal judiciaire de Rennes, tel le village d’Astérix, résiste encore et toujours contre l’empire tintinesque et a décidé dans sa décision de prendre en compte cette dernière dimension. Elle déboute Moulinsart et condamne celui-ci à 10 000 € de dommages et intérêts, ainsi qu’en application des articles 695 à 700 du Code de procédure civile, à 20 000 € en remboursement des frais de procès.

Jusqu’ici, les avocats de Moulinsart avaient obtenu gain de cause. Ainsi, l’illustrateur Pascal Somon avait été condamné en mai 2019 à dix mois de prison avec sursis, assortis de deux ans de mise à l’épreuve et 32 000 € d’amende.

Travatia Hôtel (2016), acrylique sur toile. Par Xavier Marabout.
© Moulinsart ?

Mais un premier caillou s’était glissé dans leurs Berluti : en février 2011, les éditions du Léopard Masqué avaient gagné contre Moulinsart, par un arrêt en appel, précisément sur la question du droit de parodie.

La décision du tribunal de Rennes est encore susceptible de cet appel. La cour d’appel renversera-t-elle cette première décision ou étendra-t-elle celle de la Cour de Paris aux productions picturales ? Le suspense reste entier, mille sabords !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Photo de Xavier Marabout. DR.
En Une : Hôtel Osborne, Chambre 379 (2017), acrylique sur toile.

 
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6 Messages :
  • A la limite pourquoi pas du parasitage, mais de la contrefaçon non, c’est ridicule.

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  • " la liberté d’expression qui autorise la citation dans « une intention humoristique » ou dans « un but critique »"

    Le travail de cet artiste du dimanche dépasse le cadre du droit de citation. Il utilise les personnages de l’univers d’Hergé dans plusieurs toiles. Pas seulement une. La citation en série, est-ce encore de la citation ? J’y vois plutôt de l’appropriation. Puisque ce juge rennais lui donne raison, ce marabout-de-ficelle va pouvoir produire des centaines de toiles avec les personnages créés par un autre. Monsieur Marabout garde la forme, la vide de sa substance mais c’est quand même la forme qui fait vendre. il y a un but mercantile évident qui penche du côté de la contrefaçon plutôt que de la citation.
    Ce juge a-t-il calculé les conséquences de sa décision ?
    Le conservatisme de Moulinsart a du bon : empêcher de laisser faire tout et n’importe quoi avec Tintin au nom d’une pseudo liberté d’expression.

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    • Répondu par Poildur le 11 mai à  19:58 :

      On t’a reconnu Moulinsart !

      La justice a été rendue. Est-elle juste ? La justice est la justice, on n’y adjoint pas d’adjectif.

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      • Répondu le 12 mai à  06:37 :

        Moulinsart peut encore faire appel. La justice est la justice.

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        • Répondu par J.M. Sevé le 15 mai à  14:08 :

          Elle est bien bonne, la plainte d’ "ayant droit". Hergé travaillait avec une équipe de gens compétents lorsqu’il est décédé. Tintin est l’Alph Art était entièrement écrit mais n’a pas pu être réalisé par les collaborateurs attitrés du studio, ce qui a privé les lecteurs de cette dernière aventure : on touche plus à Tintin ! Seulement depuis Moulinsart a abreuvé qui voulait de produits dérivés et de publications hommages. Cette chasse gardée est une pompe à fric.

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