E411 : "Maître Corbaque est une ’Cruella Devil’ des cours d´assise".

18 février 2011 0 commentaire
  • Maître Corbaque est une terreur des prétoires. Cette avocate, au look austère, est prête à tout pour faire gagner des fortunes à ses clients en entamant des procédures judiciaires. Et pour cause, elle prélève la moitié des gains... car qu’il faut bien vivre. {{Zidrou}}, le scénariste de {Ducobu} et de {Tamara} et {{E411}} publient un recueil de gag humoristique des plaidoiries de Maître Corbaque chez Sandawe. Un deuxième album est en en cours de délibération (en attente de financement par les internautes).

Il faudra encore attendre quelques mois pour voir Il Pennello (de Allais et Perrotin), le premier album financé par des internautes sur le site des éditions Sandawe, dans les présentoirs des librairies. Les auteurs travaillent d’arrache-pied sur cet album.

Maître Corbaque, le deuxième album a avoir été financé par le biais du « crowdfunding » paraît ces jours-ci. 141 personnes ont investi 19.000 € pour que le premier tome de Maître Corbaque voie le jour. Une première éditoriale dans le monde de la BD !

Celui-ci est composé essentiellement de planches parues en 1998 et 1999 dans le journal de Spirou. Maître Corbaque est réalisé par l’un des ténors du scénario humoristique. Zidrou a scénarisé les séries best-sellers L’élève Ducobu et Tamara. E411, le dessinateur d’Edwin et les Twins et de séries plus confidentielles pour la presse jeunesse, met son talent au service de Maître Corbaque. Ils abordent de manière humoristique le monde judiciaire par le biais d’une avocate au caractère particulièrement trempé !


E411 : "Maître Corbaque est une 'Cruella Devil' des cours d´assise".
Le premier album édité qui a été financé par des internautes
... avec le principe du crowdfunding

Quelle est la genèse de Maître Corbaque ?

Zidrou avait soumis ce projet avec Pica (Les Profs) au dessin à Dupuis. Ce projet mettait en scène un bureau composé de 3 avocats véreux, "Bisque, Bisque et Rage". Le dessin de Pica était, selon moi, impeccable, mais pour d´obscures raisons, le rédacteur en chef de l´époque du journal Spirou, Thierry Tinlot, avait refusé le projet.

Zidrou, voulant revenir à la charge, m´a contacté pour me proposer de reprendre le flambeau pour le dessin. J´ai sauté sur l´occasion, mais je ne désirais garder qu’un seul personnage comme "héros", pour ne pas surcharger l´histoire… À moins que ce n’était par fainéantise, je ne sais plus (Rires). Des trois avocats de la première mouture, nous n´avons gardé que le prénom de l’ancienne avocate : Irène. Maître Corbaque, le rapace des temps modernes, était née. Le nouveau projet a reçu l´aval du rédac´chef et la publication a pu démarrer dans Spirou.

Les premiers gags sont parus en 1998. Ne vous étiez-vous pas inspirés d’une idée de Raoul Cauvin ? Pour sauver son ami Arthur Piroton de la dèche, il avait créé une série à gags, qui s’intitulait « les Avocats ». Piroton a dessiné quelques planches qui sont parues dans le journal de Spirou. Le décès du dessinateur a mis un terme à ce projet

Zidrou, soupçonné de plagier les scénarios de Raoul Cauvin ? .. Cela ferait bonne matière à procès, et un titre bien racoleur pour votre article. Mais Non, tout simplement le monde des avocats n´avait pas encore été traité en BD, et Zidrou était à l´affût de sujets originaux. Je ne sais pas qui de
Cauvin ou de Zidrou a eu le premier l´idée d´aborder ce thème, mais je sais que Zidrou l´avait depuis longtemps en gestation dans sa petite valise magique, au milieu de 36000 autres projets, dont un qui traitait des paparazzis ("Scoop toujours"), mais là, c´est encore Cauvin qui a coiffé
Zidrou sur le poteau. Zidrou allait-il être l´éternel Poulidor de la BD ? Bien au contraire. Et il le prouva de belle manière par la suite !

Dans Spirou, E411 a été un spécialiste du pastiche.

Comment décririez-vous Zidrou ?

Zidrou a l´œil vif, la truffe humide et le teint halé d´un bel ibère sur-vitaminé. Un vrai stakhanoviste du scénario : il jongle avec 36 projets de style différents en même temps (et uniquement le matin à jeun, en plus) ! Il vit en Espagne et n´a ni TV, ni connexion internet, mais malgré tout est toujours disponible pour rassurer au téléphone ses dessinateurs angoissés !

Un album était quasiment terminé. Pourquoi est-ce que Thierry Tinlot a stoppé la série sans lui donner une chance en album ?

Au contraire, Thierry Tinlot a pesé de tout son poids pour convaincre le groupe éditorial de l´époque d´en faire un album. C’est d’ailleurs ce qui était prévu dès le départ. En vain. L´éditeur craignant sans doute des ennuis avec le monde judiciaire. Sans album à la clé, la motivation n´y était bien sûr plus pour continuer la série dans Spirou. Et n´ayant pas l´envie de nous lancer dans de longs et coûteux procès ;-) nous avons décidé d´arrêter l´aventure.
...pour mieux la reprendre 10 ans après !

Maître Corbaque a un physique très typé, et pas très sexy. Pourquoi ?

C´est voulu, le but n´était pas d´en faire une jolie et timide petite avocate. Ce devait être une vraie méchante au faciès bien identifiable, une
« Cruella Devil » des cours d´assise.

Extrait du T1 de "Maître Corbaque".

Qu’est-ce qui vous plaisait dans cette thématique. Pourquoi avoir accepté de dessiner cette série, mettant en scène des avocats ?

Les scènes qui se déroulent dans un tribunal sont très théâtrales. Les avocats sont un plaisir à dessiner. La toge leur donne une prestance et une gestuelle particulière. Et puis, j’ai toujours été un grand amateur du travail de Daumier qui a su faire ressortir de manière très expressive la part grotesque de certains aspects de cette profession. La férocité des histoires de Zidrou et la mauvaise fois crasseuse de Maître Corbaque ont accepté de me convaincre. Il ne m’en fallait pas plus pour que je me jette dans l’aventure.

Votre trait n’était-il pas plus nerveux à l’époque ?

C’est exact ! À l’époque, je voulais que mon dessin soit plus dynamique. Je travaillais sur un format de papier très grand, de l’A2, et je faisais la mise au net sur calque au porte-mine. Cela me prenait un temps fou, mais je voulais à tout prix garder une certaine spontanéité dans le trait. À l’époque, j’adorais les dessinateurs qui gardaient un côté lâché dans l’encrage, tels que Morris, Conrad, Alec Severin, Denis Bodart et en illustration Quentin Blake & Sempé. J’ai aujourd’hui d’autres priorités, et je privilégie davantage la clarté du récit.

Vous semblez avoir un sens de l’humour assez développé. Intervenez-vous dans les scénarios, que cela soit avec Falzar ou avec Zidrou ?

Il faut avoir de l’humour quand on fait ce métier ! … Surtout en fin de mois (Rires). Pour Edwin et les Twins, j’aimais mettre mon grain de sel dans les scénarios. J’avais de nombreux échanges d’e-mail avec Falzar, ou je répliquais du tac au tac. C’était amusant et constructif ! Avec Zidrou, j’interviens plus sporadiquement. Il n’a pas de connexion internet. C’est donc moins commode pour pinailler sur des détails de scénario. Je me demande s’il ne le fait pas exprès de ne pas prendre une ligne ADSL chez lui, tiens …

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la longue période du financement de l’album. Comment avez-vous vécu cette période d’incertitude où le compteur faisait du yo-yo ?

C’est un peu perturbant car nous ne maitrisons rien du tout ! On se dit que le montant financé peut retomber comme un soufflé, et que les édinautes peuvent récupérer le montant investi à tout moment. Et quand on croit que le financement va être bouclé, on retombe un palier plus bas car un investisseur important a changé d’optique. C’est donc très dur pour les nerfs des auteurs.
J’étais en vacances quand le financement a été atteint. Je n’ai appris la bonne nouvelle qu’à mon retour, une semaine plus tard.

Pourquoi songer déjà à un second album, alors que le premier tome n’est pas encore sorti en librairie. La rentabilité de cet album n’a pas encore été prouvée…

Cela part d’une logique éditoriale de Patrick Pinchart. Sandawe venait de décrocher un partenariat avec le Barreau de Bruxelles, et la série allait bénéficier d’une belle visibilité. Il fallait que les personnes qui visitaient le site aient l’occasion de financer un deuxième tome si elles le désiraient.

Extrait du T1 de Schumi
(c) E411, Zidrou & Paquet.

« Maître Corbaque » est la première bande dessinée à être publiée grâce à cette nouvelle voie de financement…

Oui. Le Crowdfunding a permis à ce que cette série, dans laquelle je m’étais beaucoup investi, sorte enfin en album. Je remercie les édinautes d’avoir cru en notre travail. Et puis, je suis heureux de constater que la petite équipe de Sandawe se mouille le maillot pour la promotion de l’album. C’est sensationnel. Enfin, cette expérience nous a donné envie à Zidrou et moi-même de travailler en parallèle sur une autre série. Schumi paraîtra chez Paquet en avril.

Quelle sera la trame de cette série ?

« Schumi » est le surnom d’un petit garçon en chaise roulante. Avec cette nouvelle série à gags, notre objectif est de donner une autre image, plus positive, du handicap. Sans pour autant occulter la réalité de la vie au quotidien de ces enfants, que cela soit à l’école, en famille et en vacances.

Max et Bouzouki
(c) E411, Falzar & Averbode

En 2009, vous signiez le premier album d’Edwin et les Twins chez Vents d’Ouest. Prévoyez-vous de réaliser un troisième album ?

C’était un projet conceptuel. La série mettant en scène des jumeaux, il fallait donc absolument se limiter à deux tomes ! Plus sérieusement, nous avons eu des contacts intéressants avec d’autres éditeurs pour une éventuelle adoption… Euh, je veux dire reprise ! Nous verrons où ces discussions nous mènerons.

Travaillez-vous toujours pour la presse jeunesse ?

Oui. Cela va bientôt faire dix ans que nous racontons, Falzar et moi-même, les aventures de Max et Bouzouki. Ces histoires sont publiées dans les journaux des éditions Averbode. Cela m’amuse toujours autant de les dessiner. Nous sommes déjà à plus de 200 gags, et le 70e exemplaire de leur mensuel vient de paraître.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Découvrez d’autres extraits de l’album sur le site de Sandawe.
Lien vers la page Sandawe du tome 2 (un album à financer par les internautes).


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Lire une autre interview d’E411 (avec Falzar) : "Il ne faut pas prendre les lecteurs pour des andouilles décervelées" (Mars 2009).

llustrations : (c) E411, Zidrou & Sandawe, sauf mention contraire.
Photographie : (c) Cécile Quénum

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