Exposition Angoulême - La jeune création sur les "Lignes de départ"

Par Romain GARNIER 26 janvier 2024 
Pour la 51ème édition du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, une exposition a mis sur la ligne de départ artistique et sportive trois dessinatrices et un dessinateur de la scène alternative : Nina Lechartier (3O ans), Jérémy Perrodeau (35 ans), Chloé Wary (28 ans) et Lisa Blumen (31 ans). Une création inédite qui invite les auteurs à nous révéler leur processus créatif autour de la thématique sportive. Un lien avec les Jeux olympiques de Paris auquel tient beaucoup Franck Bondoux, délégué général du Festival. Pour ActuaBD, la visite a été guidée par les autrices et l'auteur eux-mêmes. Notre retour.

Pour l’exposition intitulée « Lignes de départ », la scénographie s’organise autour de trois aspects : raconter une scène de départ et la préparation qui précède, des entretiens sonores qui exposent les rituels de création dans l’atelier de l’artiste et les recherches qui précèdent ou accompagnent la création (carnets de recherches, pages Pinterest, publications Instagram, objets modélisés, etc.).

Exposition Angoulême - La jeune création sur les "Lignes de départ"
© Romain Garnier
© Romain Garnier

Nina Lechartier ouvre l’exposition. Son univers, coloré, donne à voir un circuit composé de collages - dont des éléments pris dans des publicités alimentaires, mais aussi dans des créations personnelles - et quatre personnages, situés au premier plan, qui sont sur la ligne de départ. Ces personnages ont été fabriqués en pâte à modeler autodurcissante avec chacun un moyen de locomotion qui leur est propre (nuage, ailes, roues, immenses pattes de canard).

© Romain Garnier
© Romain Garnier

On trouve les objets utilisés pour se préparer à l’acte sportif, ainsi que des scènes de préparation. Un monde d’arts plastiques, un mashup visuel, complété par des carnets de notes, des essais de dessins - y compris ratés selon l’autrice - et un entretien donnant à entendre le regard que porte Nina Lechartier sur son travail.

© Romain Garnier
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Pour Jérémy Perrodeau, qui avoue ne pas être très intime avec la pratique sportive, le défi était de s’approprier le sujet. Chose faite en imaginant une course de modules. Pour cela, l’auteur a imaginé un dispositif d’assemblage, tel un architecte-ingénieur dans son atelier-garage. D’abord, il a imaginé un inventaire de formes composé de six familles auxquelles des codes chiffrés ont été associés. Puis, un certain nombre de dés a été lancé afin de déterminer les éléments qui composent chaque vaisseau. Jérémy Perrodeau a aussi dessiné les vaisseaux, conservant cependant une liberté dans l’agencement et la possibilité de doubler les éléments.

© Romain Garnier

Pour le circuit, quatre familles de paysages ont été déterminées avec des codes chiffrés, comme les modules. Les dés ont été lancés sur le support sur lequel allait être dessiné le circuit. Là où les dés atterrissaient, des paysages allaient être dessinés. Pour les espaces vides, ils correspondaient au tracé du circuit.

Les vaisseaux ont été modélisés sur logiciel, les conducteurs des douze vaisseaux dessinés (une merveilleuse litanie de tronches intergalactiques). Au dos du panneau principal, de nombreux scans des carnets de croquis où Jérémie Perrodeau a couché sur le papier des idées qui ont nourri l’expo.

© Romain Garnier

Pour Chloé Wary, la volonté est de s’attarder sur un de ses personnages principaux de Rosigny Zoo (Prix du public au Festival d’Angoulême en 2020), un danseur de hip-hop ("j’étais très contente de le redessiner [...]. Cela faisait quatre ans que je les dessinais. C’était mes potes. [...] Je suis toujours heureuse de les retrouver..." (Chloé Wary)). Le sujet était donc tout trouvé : l’autrice s’est emparée de ses feutres et a donné vie à cette préparation du geste sportif, celui de la danse.

© Romain Garnier

À mesure que défilent les cases, Chloé Wary multiplie les manières de créer (encre acrylique, feuilles colorées, plume). Comme ses pairs, elle a adjoint à cette mise en scène ses sources d’inspiration, des carnets de croquis, son compte Instagram, les mots et la vie des personnages de Rosigny Zoo. Ce compte servait de bibliothèque à travers toutes les représentations urbaines captées par l’autrice.

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Enfin, Lisa Blumen voit sa partie de l’exposition explicitée par la commissaire Sophie Dusigne. L’espace réalisé par l’autrice a été influencée par l’athlète américaine Florence Griffith-Joyner, dont une particularité était d’avoir des ongles démesurément longs. Que signifie se préparer pour une course ?

Lisa est « fascinée par les influenceuses de beauté qu’elle pouvait regarder, presque, jusqu’à l’écœurement » (Sophie Dusigne). D’où les nombreux gros plans de l’exposition qui agissent comme un miroir tendu pour le visiteur. Un univers qui est ici exploré est celui de l’influenceuse muscu (comment se filmer dans une salle de musculation, dissimuler son visage, élaborer des tutos). Elle s’interroge sur la place de la femme dans le sport, sur les injonctions faites à son corps, musclé mais pas trop...En somme, les coulisses de l’influenceuse athlète où figure un sanglier, animal totem central dans son prochain livre.

Des espaces sont prévus pour que vous puissiez découvrir les derniers ouvrages des autrices et de l’auteur de l’exposition.
© Romain Garnier

Une exposition qui mérite le détour grâce aux commentaires des auteurs qui apportent une profondeur passionnante à leur processus de création, miroir de leurs obsessions artistiques.

De gauche à droite : Chloé Wary, Nina Lechartier, la commissaire Sophie Dusigne et Jérémy Perrodeau
© Romain Garnier

(par Romain GARNIER)

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Code EAN :

✏️ Nina Lechartier ✏️ Jeremy Perrodeau ✏️ Lisa Blumen ✏️ Chloé Wary tout public Bande dessinée alternative France
 
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2 Messages :
  • Si c’est ça la jeune création, c’est pas rassurant pour l’avenir.
    2 de ces dessinateurs ont travaillé pour le n°1 du nouveau Métal dirigé à l’époque par un nul issu des nouveaux Cahiers de la BD (une mauvaise version des Cahiers). Depuis Jerry Frissen a repris les choses en main et il y a très peu de chance qu’on les revoie dans Métal. Même si dans le Métal historique il y avait des dessinateurs au graphisme un peu moche. Il en faut (pour le côté expérimental), mais pas trop. C’est une question de dosage.

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    • Répondu par Michel Ferrandi le 26 janvier à  18:34 :

      C’est vraiment classe de venir régler ses comptes anonymement ici tout en cirant les pompes du nouveau Metal. On n’est jamais mieux servi que par soi-même ?

      Répondre à ce message

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