Gess : « D’emblée, j’ai imaginé plusieurs récits autour des "Contes de la Pieuvre" »

11 décembre 2019 0 commentaire
  • L'auteur de l'un des albums les plus marquants de l'année, retenu dans la sélection du Festival d'Angoulême 2020, revient avec nous sur la genèse des "Contes de la Pieuvre". Découvrez comment il a initié il y a dix ans les fondations de cette mafia parisienne pleine de talents.

Comment avez-vous décidé de lancer Les Contes de la Pieuvre en parallèle de votre collaboration avec Serge Lehman ?

J’ai débuté la série en 2011, en réalisant les cinquante premières pages du premier tome intitulé La Malédiction de Gustave Babel. L’objectif était de les publier sur un site de bande dessinée en ligne « 8 Comics » où l’on retrouvait Fabien Vehlmann, David Chauvel, Jérôme & Olivier Jouvray, parmi d’autres. C’est justement David Chauvel qui m’avait proposé ce site, car lorsque je lui avais initialement proposé ce récit pour Delcourt, il n’était pas certain que le livre trouverait sa place en publication papier. Par contre, pour ce site, je pouvais écrire le récit au fur et à mesure. La présentation numérique était différente : en moitié de page actuelle accompagnée d’une narration off car c’était alors Babel qui parlait directement. J’ai en d’ailleurs maintenu une partie pour la publication actuelle, mais le reste a été supprimé au profit des phylactères.

Gess : « D'emblée, j'ai imaginé plusieurs récits autour des "Contes de la Pieuvre" »
Un extrait de la première version mis en ligne sur "8 Comix"

Votre volonté initiale était vraiment de jouer avec cet esprit feuilletonnesque ?

Dès le début, j’avais une idée très claire de ce que je voulais écrire. Ce qui m’intéressait par la pari de la BD en ligne résidait dans l’absence de contrainte dans la pagination. Je pouvais développer ce qui m’intéressait, à mon propre rythme. Malheureusement, j’ai dû laisser tomber au bout d’un an : le travail n’était pas rémunéré, et je le réalisais en plus de mon boulot et de ma vie de famille, cela devenait impossible.

Qui vous a permis de ressortir le projet de vos cartons ?

Encore et toujours David Chauvel ! Il avait beaucoup accroché au récit, il m’en reparlait régulièrement. En 2015, lorsque nous terminions L’Œil de la nuit, je lui alors proposé de reprendre effectivement cet univers qui me tenait à cœur. Je me suis donc relancé, une fois de plus sans savoir vraiment en combien de pages je pourrais boucler le récit. Puis, assez rapidement, je me suis rendu compte que cette première histoire demanderait deux cents pages.

Cette densité est-elle nécessaire pour exprimer votre créativité ?

Oui, en le relisant, je me suis rendu compte qu’aucune page n’était superflue : tout sert à la narration. Je voulais réaliser un livre d’immersion, pour que le lecteur soit emporté, qu’il saisisse bien l’univers et les personnages. Je voulais aussi travailler sur l’onirique, le fantastique qu’amène le rêve. Ainsi qu’à ce qu’on appelle des bouffées délirantes, lorsqu’on ne sait plus si l’on est dans le rêve ou la réalité, car le subconscient remonte à la surface et s’impose malgré nous. Les rêves me permettent également d’apporter beaucoup d’éléments du récit, mais de manière symbolique. Avec une progression dans la compréhension, tant pour le personnage que le lecteur. Je désirais aussi que le récit fasse une boucle, que le lecteur ressente l’envie de recommencer le livre après l’avoir fini, peut-être parce que certains éléments dispensés n’ont pas été complètement digérés à la première lecture.

Votre récit aurait pu se placer à différents moments dans l’Histoire. L’avez-vous placé à la frontière entre le XIXe et le XXe siècle car c’est une période qui vous convient particulièrement ?

Tout-à-fait ! Lorsque j’ai commencé à travailler sur Babel, je terminais La Brigade chimérique qui se déroule en 1938. En cherchant de la documentation sur Internet, j’ai trouvé beaucoup d’informations sur cette période entre 1890 et 1910. Et je suis tombé amoureux des décors, des personnages, des costumes, de l’architecture, des véhicules, etc. Je me suis alors lancé dans un Paris fantasmé, dépouillé de son aspect haussmannien, avec une ambiance de village. Ce mélange de modernité et de rusticité au début de l’ère industrielle colle bien au propos. Une période également où le socialisme et le communisme sont encore en construction, avant que Staline ne viennne bouleverser ces grands idéaux, ce qui donnait par exemple sens à l’amitié entre Babel et le professeur internationaliste. Cette époque est encore empreinte de pureté politique internationale, un miroir intéressant à l’apolitique Babel. La confrontation entre ce personnage principal en dehors de la société et ce professeur impliqué à la pointe de son époque, prenait dès lors tout son sens.

Dès La Malédiction de Gustave Babel, vous sous-titriez « Un récit des Contes de la Pieuvre ». D’emblée, vous aviez l’envie de développer cet univers ?

Lorsque j’ai eu l’idée de Babel, d’autres histoires se sont directement imposées à moi. Des récits qui ne mettent pas Babel en scène en tant que personnage principal, mais dans lesquels on peut le croiser. Avant tout, je voulais m’intéresser à ces personnages qui gravitent autour de cette mafia parisienne, La Pieuvre. Un peu comme dans Sin City où la ville permet de retrouver les différents personnages. Dans ce cas, le lieu focal est l’Auberge de la Pieuvre. Ces personnages différents dotés de talents différents vont donc générer des histoires différentes.

Gess
Photo : Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

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Photo en médaillon et propos recueillis : Charles-Louis Detournay.

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