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Jean-Jacques Sempé a posé son crayon

C’est un très grand dessinateur et humoriste qui disparaît. L’un de ces artistes connus dans le monde entier qui ont fait rayonner la France de New-York à Tokyô, de Rio de Janeiro à Varsovie. Sempé, ce n’était pas seulement "Le Petit Nicolas", c’était un maître du dessin d’humour qui incarnait la simplicité, la gentillesse, la tendresse, l’humilité, en un mot : l’humanisme, de cet humanisme discret, borné, qui survit à tout, en particulier à la fureur et au fracas du monde. il a posé son crayon hier, le 11 août 2022, à l'âge de 89 ans.

Il était né le 17 août 1932 à Pessac en Gironde. Discrètement, dans une famille de petites gens, fils naturel adopté par un certain monsieur Sempé, représentant de commerce qui fait ses tournées à vélo (on le reverra, le vélo…) sans oublier de passer par les bistrots, ce qui ne fait pas un ménage heureux.

Pas de ressentiment chez le petit Jean-Jacques. Son œil bleu, perçant comme une vrille, discret, observe tout cela avec acuité. Et quand il fréquentera les grands de ce monde, à Saint-Germain des Prés, le succès venant, il se souviendra toujours d’où il vient, avec une ironie jamais méchante.

C’est en 1950, après avoir fait des petits boulots, un peu comme son père, qu’il commence à publier dans Sud-Ouest Dimanche. Il est dans la tradition de ces grands dessinateurs que l’on appelait à l’époque « d’humour » avant que l’on utilise le terme « cartoonist » : Chaval, Bordelais comme lui, dont il retient le trait absurde, Dubout et ses multitudes, l’élégance du trait et le "swing" des dessinateurs du New Yorker.

Le Petit Nicolas

Monté à Paris à la faveur de son service militaire, il aboutit en 1953 à la World Press de Georges Troisfontaines, grand fournisseur de contenu éditorial et de bandes dessinées aux éditions Dupuis, l’éditeur du Journal de Spirou et du Moustique. Il est repéré par René Goscinny qui adore le dessin d’humour et avec qui il se lie d’amitié.

Les deux solitaires qui découvrent Paris à peu près en même temps construiront une amitié indéfectible : « C’était mon premier ami parisien, autant dire mon premier ami » dira Sempé, plus tard.

C’est pour Moustique qu’il fait ses premières couvertures et qu’il crée une bande dessinée, sur scénario de Goscinny (qui signe Agostini) entre 1955 et 1956, intitulée Le Petit Nicolas.

Jean-Jacques Sempé a posé son crayon
Une couverture pour Le Moustique
Au début, "Le Petit Nicolas" était une bande dessinée

Goscinny viré par Troisfontaines pour syndicalisme aggravé, Dupuis tente de lui coller un autre scénariste sur Le Petit Nicolas. [1] Sempé reste solidaire de Goscinny et d’ailleurs, ça l’arrange, pour lui cette BD est un vrai pensum, il préfère l’illustration et le dessin d’humour. Plus tard, il le dira carrément : « Je n’aime pas la BD. »

Le Petit Nicolas deviendra une suite de petites nouvelles écrites par René Goscinny, souvent inspirées par les souvenirs du petit cancre bordelais, publiées dans Sud-Ouest Dimanche d’abord, dans Pilote ensuite lorsque Goscinny, viré de la World, crée ce journal avec Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo. Le succès est immédiat et mondial. Le trait de Sempé est aussitôt demandé dans les plus grands journaux : Paris Match, L’Express, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Télérama, The New Yorker dont il fait régulièrement les Unes. Ses premiers livres d’humour paraissent chez Denoël, l’éditeur du Petit Nicolas, auquel il restera fidèle : Rien n’est simple (1962), puis Tout se complique (1963). Suivront des dizaines d’autres, au rythme quasi annuel. Une œuvre colossale.

Humour et distanciation

René Goscinny a parfaitement caractérisé le dessin de Sempé : « J’ai été de tout temps un très bon observateur. Mais à fréquenter Sempé, c’était comme si j’avais aiguisé mes yeux et mes oreilles. Il m’a appris ceci par exemple : la conversation que l’on tient à une table de restaurant et qui vous paraît normale devient une source inépuisable de drôlerie dès lors que vous vous écartez. » [2]

Une touche délicate, sensible, discrète.
Dessin de Jean-Jacques Sempé
Dans le dessin de Sempé, les personnages sont perdus dans des décors immenses, réduits à ce qu’ils sont : des petits riens.
Dessin de Jean-Jacques Sempé.
Dessin de Jean-Jacques Sempé

De fait, avec ses illustrations à la longue focale, il regarde le monde du point de vue de Sirius, loin de la rumeur, loin du bruit. Aujourd’hui, il s’en est éloigné plus encore. On espère que de là où il est, une fois encore, il sourit.

Jean-Jacques Sempé recevant un Fauve d’honneur des mains de Blutch au Festival de la BD d’Angoulême en 2010.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
L’une des dernières apparitions publiques de Sempé, à l’inauguration de la statue de René Goscinny à Neuilly.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
L’hommage d’Anne Goscinny

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN :

[1L’info est tirée de Pascal Ory, Goscinny – La Liberté d’en rire, Perrin, 2007.

[2Interview de Philippe Ganier-Raymond. Parents N°79 - septembre 1975.

Denoël ✏️ Jean-Jacques Sempé Humour France Décès 2022 🏆 Fauve d’or 🛒 Acheter 📖 Feuilleter
 
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22 Messages :
  • "On espère que de là où il est, une fois encore, il sourit."

    Il sourit éternellement puisqu’il s’est incarné dans ses dessins.

    Répondre à ce message

  • Jean-Jacques Sempé a posé son crayon
    12 août 09:14, par Laurent Colonnier

    C’est bizarre de lui avoir remis un Fauve d’honneur, lui qui méprisait, voire détestait la bande dessinée. Vous me direz que c’est encore plus bizarre qu’il l’ait accepté, mais il semblerait qu’il aimait plus les récompenses qu’il ne détestait la BD. Faux modeste et formidable humoriste et dessinateur.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 12 août à  09:32 :

      Je ne dis pas ça pour vous mais les gens qui ont une vision étroite de ce que doit être la BD me désespèrent. Évidemment que Sempé méritait le Fauve et évidemment qu’il devait l’accepter. Je ne l’ai pas connu mais à lire tous les témoignages, les mots « mépris » et « détestation » lui étaient étranger. Il préférait faire du dessin et de l’illustration plutôt que des planches ? Peu importe. C’était un pair, et de grand talent.

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    • Répondu le 12 août à  10:29 :

      Ses planches de bandes dessinées du Petit Nicolas sont des trésors. La palnche présentée dans l’aticle en est une parfaite illustration découpage et composition inventives parce que personnelles.
      Mais les dessins (catons) de Sempé sont des petits mondes qui n’ont pas besoin de séquençage et des codes narratifs propres à la bande dessinée. Ce qu’il a à dire tient en une seule image. C’est en cela que Sempé n’aimait pas la bande dessinée, pas par détestation primaire. L’art de la bande dessinée n’était pas son moyen d’expression parce qu’il ne convenait pas à son discours. En revanche, il a influencé des auteurs et autrices. Par exemple : Aude Picault.

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      • Répondu par Henri Khanan le 12 août à  16:08 :

        Les Pico Bogue chez Dargaud me semblent aussi assez influencés par son style.

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        • Répondu le 13 août à  07:45 :

          J’y ai pensé aussi. Et Geerts et Sfar et plein d’autres.

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          • Répondu le 13 août à  10:07 :

            Larcenet, qui a toujours vogué d’une influence à l’autre, a eu sa période Sempé aussi.

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    • Répondu par ... le 12 août à  15:59 :

      Sempé a, en réalité, dessiné beaucoup de bandes dessinées.

      Ses livres comptent tellement d’histoires muettes racontées en séquences de dessins détourés que l’on peut se dire : ce qu’il détestait dans la bande dessinée, c’était seulement les cases et les bulles....

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    • Répondu par alain andrey le 12 août à  16:30 :

      Il n’est pas dit qu’il détestait (et encore moins méprisait) la bande dessinée. Il "détestait"...
      en faire... parce que ce n’était pas le mode d’expression adapté à sa nature, sinon à son talent. Encore qu’il ait produit un (à mon goût) excellent récit dessiné, Monsieur Lambert, et sa suite, publiée dans Charlie Mensuel.

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      • Répondu le 13 août à  07:47 :

        C’est toujours fastidieux à faire une bande dessinée.

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    • Répondu par Milles Sabords le 13 août à  09:53 :

      Encore une expertise à la Colonnier… un peu d’orties déguisées en fleur ! Pathétique.

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      • Répondu par fan de Bd mais pas auteur le 13 août à  10:09 :

        Colonnier a le mérite de parler démasqué, contrairement à vous qui faites la leçon à tout le monde et sur tous les sujets en vous faisant passer pour un expert ou un auteur quand ça vous arrange.

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        • Répondu par Auteur mais pas fan des fans de BD le 13 août à  10:47 :

          1/ Ce n’est pas parce que Colonnier parle à visage découvert que cela donne du crédit à ses propos. Faut oser dires des âneries pareilles sur Sempé ! Il ne lui arrive même pas en-dessous du talon. Qui ne connaît pas Sempé et n’aime pas ses dessins ? En revanche, qui connaît Colonnier ? Pour la majorité des gens, Colonnier est un anonyme. Sempé acceptait les récompenses parce qu’il était poli et parce qu’il les méritait amplement.

          2 / Un expert ou un auteur : c’est le pain ou le beurre, faut choisir, on ne peut pas tout avoir !
          Dois-je en déduire que "fan de BD mais pas auteur" veut dire expert ?

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          • Répondu le 13 août à  16:48 :

            C’est pas parce que Colonnier est beaucoup moins célèbre que Sempé qu’il n’a pas le droit de son avis. De plus, il n’a rien dit de méchant.

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            • Répondu le 14 août à  09:38 :

              Relisez son message ! C’est une vacherie.

              Répondre à ce message

              • Répondu le 14 août à  13:15 :

                Merci j’avais bien lu. Il a bien le droit de dire ce qu’il veut. Tout comme tous ici.

                Répondre à ce message

            • Répondu par Pol le 14 août à  12:25 :

              J’ai vu Colonnier la semaine dernière dans le journal télé dans un reportage sur les impressionnistes, il était très intéressant et paraissait fort sympathique.

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        • Répondu par zazou le 13 août à  11:29 :

          J’aime bien le mec qui dit aux autres qu’ils parlent masqués, alors que lui aussi reste anonyme !

          Répondre à ce message

          • Répondu le 13 août à  16:47 :

            Ah oui parce que zazou c’est votre vrai nom.

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          • Répondu le 13 août à  18:59 :

            Ce qui est pathétique, c’est le niveau des échanges ici. Vous pourriez faire un effort quand un artiste de ce calibre disparaît.

            Répondre à ce message

  • Primo, la vieillesse est réellement un naufrage. Secundo, c’est fou ce que les gens croient au paradis.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 12 août à  21:30 :

      Mourir à 89 ans auréolé d’une reconnaissance internationale, il est où le naufrage ? Seul Pierre Soulages en France fera encore mieux. Et vous ?

      Répondre à ce message

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