La Fin de Juillet - Par Maria Rostocka - Editions Flblb

5 mai 2021 0
  • “Il n’y a rien à faire. C’est la fin de juillet.” Par ces deux phrases laconiques, la quatrième de couverture donne le ton : dans les 120 pages de la Fin de Juillet, le temps s’écoule lentement.

Parfois, Maria Rostocka décide de consacrer une page entière à un morne terrain vague bordé de maisons grisâtres, écrasées par un ciel pâle - les paysages estivaux de sa Pologne natale. La torpeur, l’apathie envahit tout, même cette case, uniquement remplie du triste gazon du terrain vague.

C’est un cri du cœur, bien sûr, puisque ce terrain vague, ces ciels sans couleurs et cette lenteur, Maria Rostocka les a connus dans ce petit village, près de Varsovie, où vivait son grand-père. Les traits simples, la gouache appliquée parfois grossièrement, le scénario décousu de l’album ont d’ailleurs plu aux jurés du festival de la bande dessinée de Łódź, qui ont décerné à La Fin de Juillet le prix de la meilleure BD Polonaise de 2020.

La Fin de Juillet - Par Maria Rostocka - Editions Flblb
Le temps s’écoule lentement...

Alek tourne en rond. Les journées passent et se ressemblent, comme les heures, d’ailleurs. Non loin du terrain vague où il s’amuse, souvent seul, sur son vélo, vit sa grand-mère. Elle le déteste. Elle lui rappelle son père, l’ex-mari de sa fille. Enfin, ça, on le comprend en filigrane. Rien n’est explicite, à la fin de juillet : l’homme qui vit dans cette baraque au portail ouvert, est-il réellement le père d’Alek ? Sa grand-mère n’est-elle qu’une vieille acariâtre, ou bien a-t-elle ses raisons ? Peut-on changer de vie ?

...Leeentement.

Tout y est dit à demi-mot, et c’est très bien comme ça : dans La Fin de Juillet, les silences pèsent plus que les grands discours, et les mornes décors, tout en légèreté, semblent enserrer les personnages dans une fragile fatalité. “ - Tu sais, on peut vraiment influencer le cours des événements", lui dit Anka. “ - C’est n’importe quoi, ton truc”, répond, sans tact, Alek. Tout un débat, dont personne n’aura le fin mot, et sûrement pas la mère d’Alek… Qui se prend à rêver d’être un oiseau.

L’une des rares conversations de l’album.

La Fin de Juillet porte bien son titre. Maria Rostocka y explore cette mélancolie, cette torpeur éblouissante et paralysante si caractéristique des grandes vacances, où le temps semble regorger de possibilités qui ne seront jamais explorées.

“Il n’y a rien à faire. C’est la fin de juillet”, proclame la quatrième de couverture. Tout reste à faire. C’est la vie d’un petit garçon polonais, un peu perdu en cette fin de juillet.

(par Pierre GARRIGUES)

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