Larguez les amarres à Nantes avec le Belem

14 avril 2010 0 commentaire
  • Envie de quitter la terre ferme, de goutter à l'air du grand large ? Alors direction Nantes pour une exposition de planches originales de Belem, série maritime réalisée par Jean-Yves Delitte.

C’est un fameux trois-mâts, d’autant plus fameux qu’il est le dernier du genre en activité en France [1]. Le Belem est un monument historique, un des fleurons du patrimoine de la marine française, de la Royale dit-on lorsqu’on a un peu le pied marin.
Armé en 1896 dans le port de Nantes, il exerce une activité marchande pendant 18 années avant d’être vendu au duc de Westminster qui le transforme en yacht de luxe (de 55 mètres de long tout de même !). Puis, de propriétaires en propriétaires, on retrouve le Belem dans le port de Venise à la fin des années 70, sous pavillon italien, à l’abandon. La France retrouve la mémoire et c’est la Caisse d’Epargne qui rachète le bâtiment pour le restaurer et le ramener à son port d’attache, Nantes.

Larguez les amarres à Nantes avec le Belem
Le Belem à quai à Nantes.
(c) Thierry Lemaire


En 1980, une fondation est créée pour gérer le bâtiment et exploiter son image. Et c’est la fondation Belem qui contacte les éditions Glénat au milieu des années 2000 pour proposer un sujet de série un peu particulier : le destin d’un navire. La proposition tombe à pic car Glénat vient de racheter Chasse-Marée, magazine trentenaire spécialiste du patrimoine maritime. Le projet est accepté, sous la double casquette de l’éditeur et du magazine, qui joue un peu le rôle de caution scientifique. Et voila comment naît une BD.
Prévue à l’origine en one-shot, la série trouve rapidement son public (le tome 1 atteint cette année les 35000 ventes) et donne finalement lieu à une tétralogie, dont le tome 3 est paru en fin d’année dernière. Une belle surprise pour une histoire dont le personnage principal est fait de bois et de métal. A chaque album, c’est ainsi un épisode marquant de la courte exploitation commerciale du Belem qui est traité (la première traversée transatlantique et ses nombreuses avaries, l’éruption de la Montagne Pelée en Martinique en 1902, le bagne de Cayenne, sa dernière traversée et sa vente au duc de Westminster) en laissant la part belle à l’imagination de Jean-Yves Delitte, aux manettes au dessin comme au scénario.

Détail de l’exposition.
(c) Thierry Lemaire


Pour les 30 ans de la Fondation, une courte exposition est donc organisée dans les anciens bâtiments des chantiers Dubigeon, transformés en musée depuis 1994, à deux pas de l’endroit où a été construit le Belem. Un ensemble de planches originales, mises en parallèle avec la véritable histoire du voilier. Et l’on s’aperçoit de l’intérêt de la bande dessinée car les sources visuelles antérieures à la Première Guerre mondiale (époque de l’activité marchande du Belem) sont très faibles. A peine quelques photos, tableaux et gravures (depuis 1914, le Belem a été considérablement modifié et ne reste plus aujourd’hui de l’armement d’origine que la carène !). La série dessinée par Jean-Yves Delitte fait donc œuvre de préservation et de propagation de l’image originelle du Belem en lui redonnant vie à travers ses pages.

Jean-Yves Delitte devant une case agrandie du tome 1.
(c) Thierry Lemaire

Et c’est d’ailleurs ce sens de la reconstitution qui a valu au dessinateur belge de recevoir en 2008 le titre de peintre officiel de la marine belge. Un titre en grande partie honorifique mais que l’auteur prend finalement très au sérieux puisqu’il ajoute désormais une ancre de marine à son nom sur les albums. Un bon moyen pour les collectionneurs de reconnaître au premier coup d’œil les premières éditions.
La grande aventure du Belem devrait donc s’achever en janvier 2011, lors de la sortie du tome 4. Mais rien n’est moins sûr, car le succès pourrait peut-être prolonger la série sur d’autres albums, l’histoire du navire ne s’arrêtant pas à sa vente en 1914. En ce qui concerne l’exposition, déjà prolongée d’un mois à Nantes, elle partira fin mai à Ostende pour participer aux festivités maritimes, en même temps que le Belem.

L’original d’une belle pleine page du tome 1.
(c) Thierry Lemaire

(par Thierry Lemaire)

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Exposition "Belem - l’épopée marchande, vue par Jean-Yves Delitte"
Maison des Hommes et des Techniques
2bis bld Léon Bureau, 44200 Nantes
Jusqu’au 2 mai, du lundi au vendredi (10h-12h30/14h-18h)
Entrée libre

[1Le Belem est le dernier des grands voiliers de commerce français du XIXème siècle encore en navigation. Il sert aujourd’hui de navire école.

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