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Mermaid Saga, oeuvre majeure de Rumiko Takahashi, Grand Prix d’Angoulême

  • Yuta a un jour mangé de la viande de sirène, ce qui l'a rendu immortel. Après cinq cents ans de vie, de mort et de résurrection, son vœu le plus cher est désormais de retrouver sa mortalité pour enfin pouvoir vieillir puis mourir. Et à cette fin, la légende dit qu'il doit retrouver une sirène qui, à elle seule, sera à même de lui rendre son humanité. Il arpente donc le monde à la recherche de ces mythiques créatures, venant en aide au passage aux innocents persécutés. Avec cette réédition du chef d'œuvre de Rumiko Takahashi, on redécouvre une fois de plus le génie du Grand Prix d'Angoulême 2019 et la poésie intrinsèque de son œuvre. Un classique du manga.

L’immortalité est un doux rêve que caresse l’humanité depuis la nuit des temps mais en pratique, une vie de jeunesse éternelle ressemble bien plus à un fardeau qu’à une bénédiction. Yuta en fait les frais depuis cinq cents ans : après avoir mangé de la chair de sirène, il est devenu immortel.

Il ne rêve maintenant que de pouvoir retrouver sa mortalité et vieillir puis mourir comme n’importe qui, afin de pleinement savourer la vie. Une légende prétend que seule une sirène pourrait lui rendre sa mort, il erre donc à travers le monde en quête d’une de ces créatures, espérant trouver le remède à ce qui est devenu sa malédiction.

Mermaid Saga, oeuvre majeure de Rumiko Takahashi, Grand Prix d'Angoulême
Ningyo no mori, ningyo no kizu © 2003 Rumiko Takahashi / Shogakukan

Mermaid Saga peut sans rougir prétendre au titre de meilleure série de Takahashi dont l’oeuvre est pourtant émaillée de purs chefs d’œuvre. La série choisit de nous présenter à chaque chapitre - plus long que la moyenne dans un manga classique - une nouvelle aventure du héros, qui se conclut à la fin de l’épisode. Après quoi, il reprend sa route vers de nouveaux horizons et de nouvelles histoires.

Plutôt donc que de nous raconter une histoire basée sur une succession d’arcs en vue d’un dénouement final, comme c’est la plupart du temps le cas en manga, Takahashi en appelle bien plus à la littérarité du conte ou de la fable. On retrouve avec ce mode narratif l’influence forte d’Osamu Tezuka, également visible au niveau d’un dessin "à l’ancienne". L’autrice appose cependant dans sa série sa griffe personnelle avec des personnages attachants et originaux, des histoires aux enjeux simples mais prenants et une poésie qui puise dans le folklore japonais et, ici, européen antique.

Car les sirènes que l’on rencontre au gré du récit empruntent davantage aux monstres de l’Odyssée qu’à Ariel la petite sirène, et sont au final plus souvent les antagonistes que des alliées du héros. Le chapitre introductif pose ainsi les bases d’un univers très violent, assez sombre, et nous décrit ces créatures comme des bêtes cruelles et sans pitié.

Cette noirceur est cependant contrebalancée par Yuta, le personnage principal, qui est écrit dans la plus pure tradition des héros de mangas traditionnels. Bon, généreux, fort, il est autant animé par sa quête personnelle que par son désir d’aider son prochain, quitte à se fourrer dans de véritables guêpiers.

On n’a jamais trop de Rumiko Takahashi dans nos bibliothèques et c’est toujours un plaisir de lire ou de relire ses plus grands classiques. Mermaid Saga ne fait pas exception, et on ne saurait que trop recommander cette lecture. L’intégrale prévue par Glénat sera en outre terminée en deux tomes, on ne s’engage donc pas dans quelque chose de trop long et, vu la qualité de la série, c’est presque dommage...

Ningyo no mori, ningyo no kizu © 2003 Rumiko Takahashi / Shogakukan

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Mermaid Saga T. 01 - par Rumiko Takahashi - Glénat - 400 pages - 20/10/2021 - 14€95.

 
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