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Midam : l’ambition pop [PODCAST]

  • « Kid Paddle est devenu une icône de la pop culture » constate Midam qui s’étonne, et en même temps se félicite, que le gamer à la casquette verte fasse l’objet de tags sur les murs de nos cités et que même certains se le tatouent sur le corps. D’où le titre de son dernier album, le 17e de Kid Paddle : « Tattoo compris ». Cette nouvelle sortie d’un auteur qui a déjà vendu 10 millions d’albums et dont le héros a connu deux saisons de dessins animés s’accompagne cependant d’un mouvement vers un autre champ d’expression : la peinture et la sculpture, comme en témoigne son exposition à la Galerie Huberty-Breyne à Paris où nous avons rencontré l’artiste belge.

Laisser une trace, non pas dans la liste des primés d’Angoulême, mais dans l’époque, telle est aujourd’hui son ambition. Il y a chez Midam un appétit de réussite teinté, par pragmatisme, d’humilité. Il sait ce qu’est la bande dessinée, un art bâtard qui est loin d’avoir acquis sa légitimité. Il a beau avoir vendu des tombereaux d’albums (dix millions, dit-on), avoir vu son personnage décliné en une spin-off, Game Over, et en 104 épisodes de dessins animés diffusés dans plus d’une vingtaine de pays dont découlent des dizaines de produits dérivés dans les domaines du textile, de la bagagerie, de la papeterie, des jeux… Il sera toujours un auteur populaire mais pas pour autant un artiste reconnu comme tel. Il pense, il a raison, avoir atteint son objectif : faire de sa bande dessinée une icône populaire qui marque l’époque et qui se transmet de génération en génération.

Midam : l'ambition pop [PODCAST]
Le dernier album, le 17e, de Kid Paddle, aux éditions Dupuis.

Créé le 11 août 1993 dans le N°2887 du magazine Spirou pour les besoins d’une rubrique de Jeux vidéo écrite par Patrick Pinchard [1], par ailleurs rédacteur en chef du journal, Kid Paddle s’est très vite détaché de la contrainte illustrative pour vivre ses propres aventures et pas seulement vidéoludiques. Nous sommes dans la tradition du Journal de Spirou, de ces gags d’orfèvres réalisés par les Franquin, Roba, Cauvin ou Tome & Janry, pour un public populaire. Midam, qui a regardé de près les Peanuts et Calvin & Hobbes, vient y apporter une touche un peu plus moderne, plus pop, pressentant la place qu’allait prendre le jeu vidéo auprès des jeunes lecteurs. C’était il y a 28 ans.

Mais il faut passer les générations et, en pragmatique encore, Midam qui a fait le tour de l’exercice, gère désormais l’affaire en businessman, s’entourant d’assistants, notamment sur les deux derniers albums, qu’il contrôle bien évidemment, mais dont la réalisation est désormais assurée par le Calvadosien Ian Dairin. Son créateur ne revendique que 30% de ces planches, se félicitant de se décharger sur son assistant pour explorer le monde de l’art, réaliser des aquarelles, des toiles de grand format, des sculptures… Une activité qu’il trouve salutaire, lui qui a consacré presque trente ans à rester vissé sur sa chaise à dessiner et ne sortir de chez lui que pour aller en festival et boire des coups avec les copains, ce qui, à la longue, n’est pas une activité pas très saine…

À la Galerie Huberty-Breyne Paris, à l’inauguration de son exposition.
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Un changement de vie qui s’accompagne par un tassement des ventes sur son cœur de cible, conscient qu’il est que ses jeunes lecteurs sont de plus en plus accrocs aux mangas. Mais en revenant au bercail de Dupuis, après une escapade dans l’autoédition puis chez Glénat, il compte sur un sursaut des ventes en s’appuyant sur un groupe qui a les moyens de déployer son icône pop sur tous les supports consommés par la jeunesse. Midam spécule peu : il a appris de ses erreurs, et découvre avec joie et curiosité à la Galerie Huberty-Breyne un public nouveau d’amateurs d’art, qu’il tente, en pragmatique, à son tour de séduire.

Un podcast réalisé par Didier Pasamonik

Voir en ligne : Midam chez Huberty-Breyne Matignon Paris

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Kid Paddle N°17 : Tattoo compris – Par Midam – Ed. Dupuis

- Exposition : Midam, un parcours d’artiste
5 novembre > 4 décembre 2021
Galerie Huberty-Breyne Matignon Paris
36 avenue Matignon
75008 Paris
+33 (0)1 40 28 04 71
contact@hubertybreyne.com
Lundi > Samedi 11h-19h

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7 Messages :
  • Midam : l’ambition pop [PODCAST]
    15 novembre 09:44, par Milles Sabords

    Tendance étonnante... tous ces auteurs, qui avec le succès de leurs publications, tentent de se faire adouber par le marché de l’art. Certes, Moebius, Druillet, ont réussis ce passage, sans compter l’aura internationale de Bilal, de Schuitten ; mais pour Géluck, Midam et tant d’autres qui se lancent dans l’aventure, l’enfer est toujours pavés de bonnes intentions. Il est vrai que lorsque l’on voit les sommes qu’atteignent certaines œuvres dans les ventes aux enchères, ça ouvre des appétits. Le marché de l’art s’inspire souvent de la BD, mais rechigne à la légitimer, car la BD n’est toujours pas considérée comme un art à part entière, et encore moins, noble. Il y a encore tellement à faire pour améliorer le sort des auteurs, que cette course à l’échalote de la reconnaissance se fait sur un tas de ruines sociales.

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  • "Il sait ce qu’est la bande dessinée, un art bâtard qui est loin d’avoir acquis sa légitimité."

    La bande dessinée n’est pas un art bâtard, c’est de vouloir en faire des œuvres pour des galeries qui est bâtard. Les lieux pour faire exister les bandes dessinées sont les librairies et les bibliothèques.

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    • Répondu le 15 novembre à  12:59 :

      Les planches de Bd originales sont des œuvres. Le marché a seulement mis un siècle à s’en apercevoir.

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      • Répondu le 15 novembre à  13:15 :

        Une sculpture du chat de Geluck , par exemple, n’est pas une planche originale mais une sorte de produit dérivé en un seul exemplaire destiné à un marché de l’art, c’est bâtard. Que les planches originales soient des œuvres, oui et non. Vendre un manuscrit complet (la totalité des planches d’un ouvrage) aurait un sens, mais des morceaux de manuscrits, c’est bâtard. Mais l’art de la bande dessinée à proprement parler n’est pas bâtard.

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        • Répondu le 15 novembre à  16:58 :

          Je ne sais pas ce que ça veut dire « batard ». Vous y mettez sûrement une connotation négative, mais pas moi. Bien au contraire. Les planches de BD sont des œuvres, même prises séparément. Les statues de Geluck aussi. Être une œuvre ne signifie pas pour autant être une œuvre de grande qualité.

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          • Répondu le 16 novembre à  15:44 :

            C’est l’auteur de l’article qui a écrit que la bande dessinée est un "art bâtard". Je me contente de d’essayer de comprendre.

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  • Midam : l’ambition pop [PODCAST]
    16 novembre 05:39, par richard foin

    retour au texte : deux négations s’annulant, boire des coups est une occupation saine !

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