Munuera, de Merlin à Navïs.

9 octobre 2003 0 commentaire
  • Ce jeune auteur espagnol s'apprête à publier un nouvel album de {Merlin}, en compagnie de Jean-David {{Morvan}}, aux éditions Dargaud. Une adaptation animée de l'album {Merlin contre le Père Noël} sera diffusée sur France 2, fin décembre. Plusieurs rumeurs persistantes et élogieuses planent dans le petit monde de la BD : Munuera dessinerait actuellement une déviation de la série SF à succès du moment : {Sillage}! Par ailleurs, il serait pressenti pour reprendre la destinée graphique de {Spirou & Fantasio}. L'auteur refuse d'en parler, sans toutefois démentir l'information. Nul doute que l'on entendra encore parler de {{Munuera}} dans ces prochains mois.

Vous avez créé avec Jean-David Morvan (le scénariste d’Al Togo et de Sillage), une série narrant les aventures fantastiques d’un enfant condamné à une jeunesse immuable. Pourquoi avez-vous choisi de confier la destinée graphique de ce personnage à un autre ?

Munuera : J’adorais l’univers de Sir Pyle. Le cadre narratif de la série était suffisamment riche pour raconter plusieurs histoires. Mais, malheureusement, la parution des histoires dans Lanfeust Mag était éprouvante. Les planches étaient réalisées dans l’urgence, selon le bon vouloir de la Rédaction. On nous téléphonait pour nous dire qu’il fallait quatre à huit planches la semaine d’après. Je m’imaginais une série somptueuse, avec une importante recherche documentaire. Le rythme loufoque de Lanfeust Mag ne m’offrait pas la possibilité d’assouvir mes souhaits avec rigueur.

De plus, à l’époque, je souffrais d’une crise d’identité graphique. Je trouvais que mon travail n’était jamais à la hauteur de mes envies. J’ai passé plus d’un an à travailler sur un projet, qui restera inédit. J’essayais d’améliorer mon style. En arrêtant Sir Pyle et en travaillant sur ce projet, je me suis redécouvert : Qui je suis ? Pourquoi fais-je de la BD ? Quels sont les livres que je veux faire ?

Vous étiez donc attaché aux personnages de Sir Pyle ?

Munuera : Oui. Je ne voulais pas que la série s’arrête, et c’est pour cela que nous avons trouvé un jeune auteur, Ruben, pour reprendre le dessin. On sent dans son style une certaine vitalité, une force expressive qui, une fois canalisée, donnera, j’en suis sûr, des résultats formidables.

Et puis, cela convient aussi à l’idée que je me fais de la bande dessinée : les personnages sont plus importants que les auteurs. Ceci dit, je ne me suis pas tout à fait éloigné de la série. J’ai dessiné deux histoires dans le troisième album. Je suis de très près les évolutions de Ruben, tout en lui laissant une entière liberté.

Munuera, de Merlin à Navïs.
Jambon, Merlin & Tartine
Extrait du T6 de Merlin.

En 1999, vous créez, Merlin avec votre complice Joann Sfar … Comment est née cette série ?

Munuera : Un peu par hasard. Le nom de Merlin est apparu au cours de nos nombreuses conversations téléphoniques. Nous étions partis sur une histoire totalement différente, mettant en scène le « Merlin » que tout le monde connaît grâce aux légendes bretonnes : un vieil homme, magicien. Quinze planches furent réalisées. Elles ont d’ailleurs été éditées par la Librairie Schlirf Book à la sortie du premier album de Merlin

Mais celles-ci ont été refusées par les éditeurs. On y parlait déjà de la naissance de Merlin. Par après, nous nous sommes dit que nous pourrions parler de la jeunesse de Merlin… Nous l’avons accompagné de l’ogre Tartine, et d’un cochon… Pour ce dernier personnage, ce n’était pas totalement un hasard, car j’adore dessiner les cochons (Rires).

N’aviez-vous pas eu peur que Morvan ne parvienne pas à être à la hauteur de la reprise narrative de la série, et qu’il ne parvienne pas à reproduire la saveur et l’humour contenu dans les aventures de Merlin, Jambon & Tartine ?

Munuera : Jamais ! Effectivement, l’humour de Joann Sfar est très particulier et riche. Mais j’intervenais dans les scénarios, en ajoutant des gags et autres situations. J’aime travailler avec Joann, car il improvise en permanence lorsqu’il écrit. C’était comme un jeu. C’est également le meilleur dialoguiste de la bande dessinée contemporaine.

Joann a décidé d’arrêter Merlin car il était surchargé de travail, et voulait s’orienter dans des directions différentes.
J’ai donc fait appel à Jean-David Morvan. Il m’a surpris en se révélant être un formidable auteur de comédie. Il apporte une cohérence narrative à Merlin. Son sens de l’humour est aussi formidable que riche, et il est capable d’y inclure plusieurs niveaux de lecture.

La série s’ouvre donc à un public différent ?

Munuera : Jean-David reste dans le cadre établi, tout en ouvrant la série à un public plus jeune. Il commence à s’approprier ces personnages. Ce n’était pas un exercice facile, mais il l’a réussi avec succès

Une adaptation audiovisuelle de « Merlin contre le Père Noël » est programmée sur France 2 en décembre. Etes-vous intervenu dans ce projet ? Le synopsis du dessin animé est-il fidèle à la BD ?

Munuera : Le film est presque terminé. Je n’ai aucun expérience dans l’animation, et ai donc préféré laisser cela aux mains des professionnels. Je suis certain qu’ils feront leur possible pour rester fidèle à l’univers de Merlin, malgré les contraintes de temps et de budget.

Par contre, je me suis impliqué dans le story-board, corrigeant çà et là certaines choses. Mais en aucun cas, je n’ai tenté de jouer les créateurs « casse-couilles ».
Le scénario est fidèle à la bande dessinée, et les quelques modifications qui y ont été apportées ne sont pas incohérentes avec le personnage.

J’ai hâte de voir le résultat !

Merlin et "bébé Gargantua"
Extrait du T6 de Merlin

Vous vous apprêtez à signer une série parallèle au monde de Sillage, consacrée à la jeunesse de l’héroïne… Pourquoi avez-vous accepté cette aventure ?

Munuera : Je suis un grand admirateur de cette série. Joann Sfar m’avait amené dans une librairie du Boulevard Saint-Germain, alors que Philippe Buchet et Jean-David dédicaçaient le premier album de la série. Joann devait lui parler du scénario du deuxième Troll. J’en ai profité pour faire sa connaissance. Je lui ai fait part de mon émerveillement pour le premier album de Sillage. Les années se sont écoulées, et nous avons travaillé ensemble sur quelques albums et autres projets avortés.

Jean-David m’a proposé de participer à un porte-folio publié par son atelier, 510TTC. Il m’a demandé de dessiner Navïs. J’ai longtemps hésité, avant de dessiner une sorte de model-sheet présentant Navïs et Houyo. Ce dessin a beaucoup amusé les membres de l’atelier…

Vous avez dessiné une histoire pour Pavillon Rouge présentant ce personnage…

Munuera : La jeune NavïsNous avons effectivement réalisé une histoire ensemble, pour un collectif à paraître. J’ai accepté cette aventure à condition que le découpage de Jean-David ne dépasse pas les quatre lignes par cases ! Il s’agissait d’une sorte de blague entre nous car il a tendance à être trop descriptif dans ses textes… Il a tenu parole, et il m’a donné un scénario épuré ! J’ai donc dessiné les huit planches en un coup. En fait, je les ai réalisées pendant que je me posais toutes ces questions existentielles par rapport à mon métier. J’ai eu tellement de bonheur à la faire que j’ai demandé à Jean-David de pouvoir en faire plus …

Comment a réagi Philippe Buchet ?

Munuera : Philippe est un homme généreux. Il nous a permis d’utiliser les personnages pour une série parallèle. J’espère que je ne trahirai pas l’esprit qu’il a insufflé à la série, avec Jean-David.

Qu’est ce qui vous plaisait dans le récit de Morvan ?

Munuera : La tendresse et le charme. Le premier album de Sillage transmettait une sensation formidable de bonheur et d’une humanité rare et précieuse. Philippe Buchet dessine admirablement bien ce personnage. Elle est humaine et crédible…

La jeune Navïs
Extrait du T1 de Sillage Poukram

Pourriez-vous lever le voile sur ce premier album ?

Munuera : L’histoire raconte la rencontre de Navïs et de Houyo. Nous en apprendrons beaucoup sur le passé de l’héroïne de Sillage… L’album devrait sortir en janvier 2004 !

Il y a également un Merlin en préparation …

Munuera : Merlin Papa raconte l’arrivé d’un bébé géant dans la forêt de nos amis. Il s’agit de Gargantua, himself ! L’album sort en novembre.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

La photographie de l’auteur est (c) Dargaud.

Les illustrations de Merlin sont (c) Munuera, Morvan & Dargaud.

Les illustrations de Nävis sont (c) Morvan, Buchet, Munuera & Delcourt.

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