Philippe Geluck (2/2) : « Le Musée du Chat est en bonne voie »

21 mars 2010 0 commentaire
  • Là où l'on apprend que, bientôt, {le Chat & Cie} égaiera nos écrans de télévision, tandis que la finalisation d'un projet de Musée du Chat donne l'occasion d'aborder le statut fiscal des auteurs et des œuvres de bande dessinée.

Lorsque nous avions interrogé une brochette d’hommes politiques belges à l’occasion des élections en juin 2009, (Charles Picqué, Didier Reynders, Jean-Michel Javaux, et Benoît Cerexhe), nous avions soulevé diverses questions concernant la pérennité des originaux des dessinateurs et le poids fiscal que ceux-ci font peser sur leurs épaules, en particulier pour les plus renommés d’entre eux.

Notre rencontre avec Philippe Geluck nous permet de revenir sur ce point, en lien avec la création du Musée du Chat, un projet en gestation depuis plusieurs années et qui pourrait bien prendre forme dans les prochains mois. Mais avant cela, place à la détente avec le nouveau concept télévisuel de Geluck, décidément un boulimique de créations en tous genres, incapable de se reposer plus de cinq minutes.

On sait que vous êtes complètement pris par ce projet télévisé mais, mis à part le dessin animé de la naissance du Chat projeté chez Drucker, nous n’en savons pas plus …

Je vais proposer un format inédit d’1m30 de gags juste avant ou après le journal télévisé : un petit générique, un gag en dessin animé du Chat de 10 secondes, un sketch filmé de 20 secondes, puis une animation en trois dimensions avec le Chat, ou des marionnettes qui parlent, etc. Tout sera inédit ou re-filmé, mais c’est effectivement le concept de l’émission que j’avais proposée il y a bien des années, intitulée comme l’encyclopédie Un peu de tout. Le week-end, il y aura une spéciale de treize minutes avec une partie de ce qui est passé durant la semaine, montée autrement, et agrémentée d’une bonne dose de nouveautés. En fait, je me mettrai en scène dans une maison de retraite et pas mal de personnes passeront me voir : le personnel médical, mais aussi des invités tels Jean-Pierre Coffe, Pierre Richard, etc. Je leur raconterai un moment romancé de ma vie, et qui va me permettre de faire des incursions avec tous les sketches représentés par des cadres placés au mur. Il y aura quatre différentes formes de narration et, en dessin animé, on retrouvera de la deux et de la trois dimensions, du papier découpé, de la ‘trois dimensions’ écrasée, et de la marionnette.

Philippe Geluck (2/2) : « Le Musée du Chat est en bonne voie »
Lors de la Foire du Livre de Bruxelles, Geluck retrouve en salle de presse son compère de Vivement Dimanche, Claude Serillon ...
© CL Detournay

D’où vient cette envie de mélanger les genres : vouloir tout essayer ou éviter l’ennui du téléspectateur ?

Je pense que chaque genre renforcera l’autre avec ses particularités, qu’effectivement l’alternance distraira,et donc, si le fond est à la hauteur de la forme, ce serait imparable ! J’ai donc déjà signé avec la RTBF, et je vais prochainement présenter cela aux grandes chaînes françaises. Cela va faire deux ans que je travaille à fond là-dessus et que j’ai autoproduit l’ensemble pour ne pas être contraint par des tiers.

Quelle est votre implication ?

... leur complicité est toujours vivace !
© CL Detournay

Elle est totale, et j’en profite donc pour annoncer que j’arrête de dessiner le Chat ! (rires) Je dessine pour la série animée, j’ai écrit tous les gags et les sketches. Il n’y a au aucun autre dessinateur, même si l’animateur place les plans entre le dessin de départ et celui d’arrivée. Lors du tournage des sketches, les acteurs ont les dialogues que j’ai écrits, mais ce qui est magnifique, c’est qu’il m’arrive d’avoir d’autres idées en plein tournage, et comme tout l’équipe est présente, on tourne plusieurs gags alors qu’on ne devait n’en faire qu’un seul !

Mais cela doit vous demander un temps infini. Mis à part l’écriture, combien de temps vous faut-il pour dessiner les plans importants d’un dessin animé de 10 secondes ?

Si j’avance au rythme de Jaco Van Dormael pour M Nobody, il me faudrait des années ! (rires) Effectivement, si ce projet se concrétise comme je l’espère, je vais totalement changer de vie : je continuerais bien entendu à dessiner pour les journaux, et pour les albums de bande dessinée, mais je ne ferais plus de radio, de télé ou d’autres projets pour me consacrer pleinement à ces tournages. En effet, comme je veux présenter une première saison de 13 semaines, cela fait l’équivalent de deux longs métrages ! Je pense bien entendu travailler avec un collège d’auteurs comme les séries américaines. Je n’ai pas peur de manquer de créativité, mais cela ne sert non plus à rien de s’épuiser.

Avec ces éléments, cela donne l’impression d’être une synthèse de votre parcours et de votre humour, compilant le Chat, les définitions loufoques du Jeu du Dictionnaire et des encyclopédies, de vos interventions télévisuelles et radiophoniques, ainsi de vos sketches passés !

C’est une manière de rassembler tous les métiers que j’ai pratiqués : dessinateur, peintre, acteur mais aussi la télévision, l’écriture, les gravures, le Docteur G, etc. Dans ma maison de retraite, je pourrais avoir un pot avec de la cavoline, la fameuse eau de lunettes pour ceux qui la connaissent. [1] Je ne veux pas recycler toutes mes anciennes idées, mais c’est bête de ne pas employer des concepts que le grand public ne connait pas forcément. D’ailleurs, ceux qui connaissent la cavoline seront heureux de la voir représentée. Ainsi, mes collaborateurs m’ont offert un ‘coucou gamin’ [2] pour un anniversaire, qu’on remonte avec les pommes de pin et qui fait son ‘cri’ à chaque heure. Ce sera encore une occasion de le montrer au plus grand nombre. Tout cela sortira au mieux en septembre 2011, voire en janvier 2012. Cela s’appellera le Chat & Cie.

Comment s’est vendu le premier Scott Leblanc ?

Quatre mois après sa mise en vente, nous en sommes à plus de quinze mille exemplaires vendus, ce qui est vraiment gratifiant pour cette gageure dessinée par un auteur très peu connu. Devig travaille sur le tome 2, Menace sur Apollo qui sortira en janvier 2011. On mettra en scène par l’échec d’Apollo I, en même temps que l’utilisation des animaux dans les films d’Hollywood. On reparlera aussi des ‘néo’-nazis, déjà présentés. Quand le professeur Seigle du premier épisode avait trahi les alliés, on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup de complots d’extrême-droite de déstabilisation américaine à cette époque : nos personnages de fiction se moulent donc complètement dans la réalité historique.

Envie de changer le ton par rapport au premier tome ?

L’introduction du premier récit était très loufoque, mais comme les personnages sont maintenant installés, on va rentrer plus vite dans le vif du sujet : l’album sera donc peut-être un peu plus dur et plus varié que le précédent.

Où en est le Musée du Chat ?

Comme je l’avais déjà expliqué, j’ai demandé de pouvoir créer un musée dédié au Chat qui serait localisé à Bruxelles, mais qui mettrait également en avant toutes une série d’expositions temporaires. J’avais espéré obtenir une réponse définitive fin février, mais les ministres chargés de cette question m’ont demandé un délai supplémentaire de quelques mois pour me donner un avis définitif.

Quels ont été les éléments que vous avez mis sur la table ?

Je leur ai dit : « Vous avez loupé le rendez-vous avec Hergé, avec Franquin et avec la plupart des artistes majeurs de la bande dessinée. » Pour moi, ce musée serait bien entendu un atout pour Bruxelles, mais si les pouvoirs publics belges ne prennent pas la balle au bond, j’irai voir Delanoë et nous ferons cela à Paris.

Quel est l’accord que vous proposez aux pouvoirs publics ?

Je demande à disposer d’un bâtiment bien situé au centre de Bruxelles. Bien sûr, il ne m’appartiendrait pas, j’en aurais seulement l’usufruit et je m’engage à le rendre en l’état dans lequel on me le prêterait. Je suis aussi ouvert à toutes sortes de services qu’on me proposerait, tels des panneaux de signalisation, etc. En contrepartie, je m’engage bien entendu à créer le musée et à le faire tourner, mais j’offre aussi un pourcentage de mes œuvres à l’État, sans doute un tiers de tout ce que je possède, piochant dans tous les moments de la vie du Chat. Il s’agit de plusieurs milliers de pièces : des dessins, des toiles, des objets, bref tout ce qu’il faut pour avoir une vision la plus large et représentative possible de ce que j’ai réalisé.

Un bon compromis également sur les soucis de droits de succession qu’on pourrait demander après votre disparition ?

Peut-être, mais pas seulement. Je pense également au public qui est heureux de rire avec le Chat. J’en suis le premier ravi, et quand j’ai pu voir le succès de l’exposition, j’ai envie de leur rendre cela, car le Chat m’appartient autant qu’à eux. Puis, en parlant des rendez-vous manqués, en son temps, Hergé avait proposé à l’État de reprendre une partie de son patrimoine. Quand on estime ce que valaient ses planches à l’époque et ce qu’elles valent maintenant, on peut évaluer la fabuleuse opération pour les pouvoirs publics. Mais je ne veux pas me comparer à Hergé, juste noter qu’on demande mes peintures à New York, Tokyo et d’autres endroits, et que la création de ce musée ainsi que cette contrepartie serait une opération intéressante pour tout le monde.

Qu’est-ce qu’on pourra retrouver dans ce musée ?

Bien entendu, le Chat dans ses différentes déclinaisons : sa biographie, les peintures, les gags, des choses qu’on a déjà vues dans l’exposition itinérante et bien sûr des inédits. Mais je voudrais aussi consacrer une large partie aux expositions temporaires, dont les cartoonistes comme Topor et bien d’autres. J’ai bien sûr plein d’envies pour ce lieu, tel un centre d’archivage pour les dessins d’auteurs. Il y aura aussi des films d’animations qui seront projetés dans une salle de projection, des avant-premières, des rencontres jeunes, etc.

J’éprouve toujours une petite crainte à vous poser cette dernière question rituelle, et qui nous entraîne souvent dans de longues discussions : avez-vous d’autres projets ?

(rires) Effectivement, j’ai du mal à me reposer. Pendant que je peins, j’écris mes scénarios entre deux aplats et quelques coups de fil. Pour les autres projets, un nouvel album interactif avec vignettes autocollantes sera lancé dans les prochains mois, notre site Internet est en pleine refonte pendant que nous finissons les applications iPhone du Chat, mais pour ne pas trop s’étendre, convenons que je vous parlerai de tout cela la prochaine fois !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la première partie de cette interview

Les photographies en médaillon et dans l’article sont © CL Detournay.

[1Cfr le Petit Roger et son CD : vous prenez des moutures de lunettes de vieux qui sont morts, vous couvrez d’alcool à quarante degrés, vous mettez quelques cuillères à café de sucre, et vous laissez macérer pendant trois mois. Par après, l’alcool aura pris le goût des lunettes, et vous servez cela à l’apéritif.

[2Deux biographies inventées par Geluck mettent en scène des coucous de la forêt belge, parodiant une phrase typique régionale. Gags purement auditifs disponibles sur le CD inclus dans la première version du Petit Roger. Hilarant, mais indescriptible.

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