Spirou Nostalgia

5 septembre 2013 7 commentaires
  • Il fut un temps où les éditions Dupuis avaient peur de la nostalgie : Spirou devait recruter de jeunes et nouveaux lecteurs, être tourné vers l'avenir... C'est sur cet autel que, dans les années 1980, l'on sacrifia le Spirou de Chaland pour ne pas faire de l'ombre à celui de Tome et Janry. Mais les temps ont changé...
Spirou Nostalgia
Spirou sous le manteau d’Al (Alec Severin)
Ed. Dupuis

Est-ce l’arrivée d’une nouvelle génération aux commandes ? Des fans de la première heure comme Sergio Honorez (directeur éditorial), José-Louis Bocquet (directeur éditorial adjoint) ou Frédéric Niffle (rédacteur en chef de Spirou) qui ont redécouvert, au mitan de la grande époque de la Ligne Claire, les grands classiques de la bande dessinée belge ? Probablement. Mais il y a aussi de la part des éditions Dupuis une prise de conscience et un calcul.

La prise de conscience qu’un patrimoine est précieux, qu’il constitue une richesse, un ensemble de marques et d’univers sur lesquels on peut bâtir une stratégie qui n’est pas antagoniste avec la recherche de nouveaux talents. Le 75e anniversaire du groom n’est qu’un prétexte, la manœuvre a quelques années déjà et elle a été couronnée par l’énorme succès critique et public du Journal d’un ingénu d’Émile Bravo : " Non seulement, écrivions-nous, la « Ligne Claire » triomphe dans Spirou, mais [Le journal d’un ingénu] constitue un petit chef-d’œuvre qui marquera à jamais l’histoire de la bande dessinée franco-belge. [Il] surclasse sans problème les autres titres de la collection « Une aventure de Spirou & Fantasio par… », parce qu’il n’affiche aucune prétention de reprise, parce que c’est un hommage bien compris au patrimoine de ses prédécesseurs, et surtout parce que, et c’est le plus important, nous nous trouvons en présence de l’œuvre d’un grand auteur."

Alec Severin fait vibrer la corde nostalgique.
(c) Severin, Dupuis

Le calcul, c’est qu’en l’absence de journaux où les nouvelles générations pouvaient ébaucher leur style, se familiariser avec un domaine créatif relativement complexe, ces grandes séries -et Spirou en particulier ces dernières années- pouvaient servir de terrain de jeu à toutes sortes de démarches créatives. La survivance de collections implantées depuis longtemps (récemment par exemple Michel Vaillant ou Buck Danny) permet aujourd’hui d’employer des professionnels aguerris dépourvus de grand succès public, voire des débutants doués, pour les mettre sous l’aile protectrice d’une grande série, à l’abri d’incertains lendemains, en surfant sur un "marketing de la nostalgie" dont la cible est intergénérationnelle et la marque, propriété de l’éditeur.

Un petit pastiche à l’apéritif ?

Ainsi en est-il de Spirou, sous le manteau (Parution : le 6 septembre 2013, aux éditions Dupuis), ce remarquable album d’Alec Severin, un auteur au talent immense qui n’avait jamais réussi jusqu’ici à s’installer durablement dans le catalogue d’un grand éditeur de la place. Précisément en raison de son caractère référentiel, nostalgique, de sa révérence permanente au Spirou de Joseph Gillain dont il mime le merveilleux savoir-faire, en particulier dans les illustrations à la gouache.

Une magnifique illustration d’Alec Severin.
(c) Dupuis

La réussite est saisissante : reprenant le style "loustic" du créateur de Fantasio, il fantasme une série de couvertures d’un Spirou clandestin sous l’Occupation, à une époque où l’hebdomadaire de Marcinelle cessa de paraître parce que ses propriétaires avaient refusé de laisser entrer dans l’entreprise un actionnaire allemand. En mesure de rétorsion, l’occupant leur coupa l’approvisionnement du papier, ce qui condamnait l’hebdomadaire de la bonne humeur à cesser de paraître jusqu’à la Libération. Severin réussit parfaitement l’exercice du pastiche, au point que les contributeurs au forum d’ActuaBD s’en sont émus..

Au début des années 1980, Yves Chaland nous faisait le coup de la nostalgie. En précurseur.
(c) Chaland, Dupuis.

L’autre bouffée de nostalgie qui nous attend en octobre, alors même que les Rencontres Chaland 2013 ont lieu à Nérac, c’est la réédition du Spirou du prince de la Ligne Claire, Spirou par Y. Chaland. Dans un format oblong, au fil de la plume de José-Louis Bocquet, cet album retrace l’incroyable incursion dans Spirou de ce formidable graphiste, ludion de Métal Hurlant. Avec à la clé une foultitude de dessins inédits, des pastiches de couvertures également, qui mettent en évidence tout le talent de l’un des dessinateurs les plus élégants des années 1980. Un grand moment de l’histoire de la bande dessinée dont Alec Severin est l’héritier direct.

Le Spirou de Yves Chaland paraît début octobre 2013
Ed. Dupuis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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7 Messages :
  • Spirou Nostalgia
    5 septembre 2013 08:04

    merci Didier,
    quelle version du SPIROU de Chaland sera rééditée dans ce volume ?
    la magnifique version originale n&b ou la version mise en couleur par Isabelle Beaumenay-Joannet ?

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  • Spirou Nostalgia
    5 septembre 2013 16:09, par Pierre-Marie Bourdaud

    Autant Lucky Luke a lentement mais sûrement coulé après la mort de Goscinny (le pire album : les Mystères de l’Ouest), autant Spirou a dans l’ensemble bien survécu.

    Les "Tome et Janry" n’étaient pas les meilleurs, et leurs auteurs ont bien fait de tracer leur voie avec le Petit Spirou, qui mérite mieux que du dédain.

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  • Spirou Nostalgia
    5 septembre 2013 19:34, par Zenitram

    Dans le dernier numéro du journal de Spirou (n°3934), il est clairement dit que Al est le pseudonyme du bruxellois Léopold Avrenski...

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    • Répondu le 5 septembre 2013 à  23:13 :

      C’est vrai ça, moi qui ai bien connu de son vivant le trèèèès célèbre Léopold Avrenski, je vous le dis : ce Séverin c’est une imposture !

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      • Répondu par Leopold Avrenski le 6 septembre 2013 à  09:30 :

        Je suis Léopold Avrenski et j’aimerais bien qu’on arrète de se moquer de moi sur les forums de BD. Merci.

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  • Spirou Nostalgia
    6 septembre 2013 08:32, par Turin

    bonjour,

    je prends quelques minutes et un peu d’espace dans ces commentaires pour dire quelques mots de remerciements à Monsieur Alec Séverin, qui ne les lira sans doute pas mais qui n’en sont pas moins sincères. Ce dessinateur est le seul à qui j’ai osé demander, un jour, sur un salon pas loin de Marseille, un autographe, une petite dédicace. Et gentiment, il m’en a fait plusieurs toutes plus belles les unes que les autres. Nous avons discuté et quand il a appris que j’étais illustrateur pour la jeunesse m’a fait inviter au repas des auteurs. Je n’oublierai jamais ces instants passés à discuter. Il a souri quand je lui ai raconté qu’à peine agé d’une petite vingtaine d’année, j’avais acheté un de ses premiers ouvrages intitulé GRATIN et que , pas mal d’années plus tard, j’étais devenu vert quand j’avais appris sa date de naissance, la même que la mienne. A l’époque, dessiner de cette manière, avoir un tel sens de la ligne, de la forme, m’était impossible, et m’est toujours impossible. J’ai suivi sa carrière même si elle est très difficile à suivre et acheté certains de ses ouvrages et de ses portfolios auto-édités, si difficiles à se procurer. Et là, enfin, je vois avec satisfaction un livre signé par lui sous l"enseigne d’une grande maison, d’une maison qui peut s’honorer de l’avoir ne serait-ce que pour un seul ouvrage. Regardez son Spirou, les encrages, les cadrages, la finesse de son dessin et de ses idées. C’est un pur plaisir. Pour moi qui suis dessinateur, le travail de Séverin est un bain de jouvence, une fontaine d’eau fraiche et revigorante, une leçon. Alors, oui, juste ces petits mots pour vous remercier et pour vous souhaiter une belle vente avec ce livre et pleins de lecteurs qui vous découvriront enfin.

    Philippe-Henri Turin, un illustre illustrateur pas vraiment connu.

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