Une Fondation -et un Musée- Raymond Leblanc à Bruxelles !

22 septembre 2006 0 commentaire
  • Le Lombard a soixante ans mais pas l'âge de la retraite, même si son fondateur, Raymond Leblanc, fête ses 91 ans printemps! Cet entrepreneur légendaire a encore des projets : un musée et une fondation, laquelle ouvrira ces portes le 27 septembre prochain.

Dans le quartier de la Gare du Midi, en août dernier, l’immeuble emblématique de l’avenue Paul-Henri Spaak était encore en travaux. Ravalement de façade. Normal pour un immeuble vieux de près de cinquante ans ? Ce léger lifting était utile. Le Building Tintin est à nouveau en adéquation avec l’esprit de la maison d’édition du Lombard qui regorge de dynamisme.

Même si elle se révèle fort discrète, Paulette Smets [1] est en quelque sorte la « mémoire des années Leblanc ». Cette femme énergique travaille en effet pour les studios Belvision (Tintin, Astérix, Lucky Luke, Les Schtroumpfs...) depuis le début [2] de leurs aventures. Quarante ans plus tard, elle est toujours fidèle au poste. On lui doit, ces dernières années, une adaptation de Merlin de Munuera, Sfar & Morvan et de Yakari [3] de Derib & Job.

L’âge avançant, Paulette Smets n’envisageait pas de jeter « ces vieux cellos » à la poubelle. Seule solution pour envisager leur pérennité, une Fondation : « La Fondation Leblanc a été créée pour assurer la pérennité et la mémoire du travail de Raymond Leblanc, que ce soit au travers du Journal Tintin, des albums des éditions du Lombard, Publiart [4] ou Belvision. Nous voulions présenter aux jeunes d’aujourd’hui ce patrimoine ».

Une Fondation -et un Musée- Raymond Leblanc à Bruxelles !
Hergé et Raymond Leblanc
Photo : DR.

Les prémices : vers une "maison de l’Image animée" à Bruxelles ?

Avant d’envisager une fondation axée sur le travail de Raymond Leblanc, Paulette Smets s’était tournée vers l’ASBL Folioscope, qui a créé le Festival du dessin animé et de l’animation de Bruxelles, afin d’ouvrir une « Maison de l’Image animée » dans le centre de Bruxelles, à quelques mètres du Centre Belge de la Bande Dessinée. « Le projet était avancé, et j’avais alors bon espoir d’assurer la sauvegarde des archives de Belvision par ce biais, confie Paulette Smets. Malheureusement, nous avons rencontré des problèmes avec les promoteurs immobiliers ». La nouvelle de l’échec de ce projet est parvenue aux oreilles de Natacha Leblanc, la fille du créateur des éditions du Lombard. Elle a alors confié à Paulette Smets qu’il serait peut-être judicieux de créer une Fondation Raymond Leblanc (FRL)pour en assurer le suivi. Paulette Smets, séduite, accepta l’idée. Il ne restait plus qu’à convaincre une seule personne : Raymond Leblanc lui-même. Natacha Leblanc, avocate au barreau de Bruxelles, a su trouver les mots nécessaires. Notamment en ce qui concerne le volet financier du projet.

La Fondation fut donc créée et compte quatre administrateurs : Paulette Smets, Yves Sente (directeur éditorial du Lombard), Natacha Leblanc et Raymond Leblanc (qui est en est également président). Les capitaux sont essentiellement privés et les personnes des éditions du Lombard et de Belvision attachées au projet, y travaillent « bénévolement ». « Nous avons un challenge pour l’avenir, confie Paulette Smets. Nous devons trouver des fonds privés ou publics pour continuer à financer la Fondation et assurer son autonomie ».

Raymond Leblanc, le visionnaire.

Des auteurs sur le toit du Lombard.
Photo : DR.

Les locaux de la Fondation sont situés dans le « Building Tintin », quelques étages sous les bureaux des éditions du Lombard. 300 M² seront consacrés au Musée. Cet espace permettra au public de mieux découvrir Raymond Leblanc, l’homme, ainsi que ses multiples activités. L’interview qu’il a accordée à Didier Pasamonik, en mars 1979 [5] témoigne de son talent de chef d’entreprise et surtout de visionnaire.

Le 26 septembre 1946, le premier numéro du journal Tintin était disponible dans les kiosques. Les œuvres de Hergé, de Jacobs et Cuvelier marquèrent la génération de l’après guerre (et les suivantes d’ailleurs). Sans compter celle de l’éternel oublié, Jacques Laudy, ainsi que l’artisan de l’ombre qu’était Jacques Van Melkebeke [6], le premier rédacteur en chef (clandestin) du journal Tintin, lequel mettait aussi ses bonnes idées au service de Hergé et Jacobs pour le développement de leurs séries respectives.

Le succès de l’hebdomadaire est tel que quatre ans plus tard, Les éditions du Lombard se lancent dans la publication d’albums. Et en 1954, Leblanc crée l’agence de publicité Publiart qui sera chapeautée par Guy Dessicy [7]. Grâce à cette agence, Raymond Leblanc peut vendre l’image des personnages qu’il édite pour animer des publicités ou des produits dérivés. Publiart a également créé le plus célèbre des kangourous belges, celui qui symbolise les parcs d’attraction de Walibi.

L’année 1954 marque également la création de Belvision, le studio qui, notamment, animera la plupart des séries best-sellers de ... Dupuis et de Dargaud (alors des maisons concurrentes au Lombard) : De Astérix [8] à Lucky Luke [9] en passant par Johan & Pirlouit (& les Schtroumpfs [10] et Tintin [11].

Raymond Leblanc découvre le livre que Jacques Pessis (a droite) vient de lui consacrer. A sa gauche, François Pernot, directeur général du Lombard.
Photo (c) Fondation Raymond Leblanc.

Un an plus tard, il éditera avec Georges Dargaud [12], le mensuel Line. Françoise Bertier, André Gaudelette [13] et enfin Paul Cuvelier dessineront tour à tour les aventures de l’héroïne-titre.
Les deux éditeurs souhaitaient, avec ce magazine, toucher un autre public : les jeunes filles ! Line fut racheté en 1963 par Daniel Filipacchi qui le rebaptisa aussitôt du nom de Mademoiselle Age Tendre !

En 1986, Leblanc décide de vendre les éditions du Lombard au groupe Ampère, qui deviendra plus tard Média-Participations.

Aujourd’hui encore, il n’est pas rare de croiser de temps à autre Raymond Leblanc dans les couloirs du Lombard. En tant que « président d’honneur », il bénéficie encore d’un bureau qui a récemment été remis à neuf !

Un Musée de 300 M²

Natacha Leblanc a orchestré elle-même la remise à neuf du Building Tintin, symbole du quartier du Midi à Bruxelles. Plus de 300M² de ce bâtiment ont été mis à la disposition de la Fondation. La scénographie du musée a été étudiée pour mettre en valeur les différentes réalisations de l’éditeur Raymond Leblanc, l’homme et son travail : Le journal Tintin, Publiart, Belvision, « L’immeuble Tintin », Le « Lombard d’Hier et d’Aujourd’hui », etc. Nous avons vu les locaux en cours d’achèvement : l’une des pièces sdu Musée est l’énorme caméra avec laquelle les clichés pour les films d’animation étaient saisis. Un monstre impressionnant !

En dehors de ces espaces permanents, des zones seront consacrées aux expositions temporaires. « Nous aimerions mettre en valeur les auteurs qui s’inscrivent dans la logique qui a toujours animé Raymond Leblanc, souligne Paulette Smets. Si un auteur de BD a été adapté en dessin animé, nous le mettrons en valeur, même s’il est édité par une autre maison que le Lombard. Bref, nous ne voyons aucun inconvénient -par exemple- à réaliser une exposition temporaire sur un auteur des éditions Soleil ! ».

Dans un premier temps, il nous faudra nous contenter d’une exposition temporaire sur la naissance du journal Tintin, du Lombard et de Belvision. Elle devrait donner un coup de projecteur sur les « quatre pionniers du journal » (Hergé, Jacobs, Cuvelier et Laudy).

Un Prix Raymond Leblanc

La plupart des journaux de bande dessinée ont disparu. Les jeunes auteurs débutants ont donc des difficultés à faire leurs premières armes et à se faire connaître. La Fondation Raymond Leblanc va créer un prix annuel dès 2007 pour mettre l’honneur plusieurs auteurs débutants. Ils se verront offrir la chance de peaufiner leur travail et d’initier un premier contact avec les éditeurs du Lombard. Les candidats devront envoyer une histoire courte et une couverture sur un thème déterminé. « Le premier thème sera donné lors de l’inauguration de la Fondation [14], nous confie Paulette Smets. Un jury choisira les meilleures œuvres. Celles-ci seront éditées dans un album reprenant -à priori- les dix meilleures histoires. Le premier lauréat recevra de l’argent sonnant et trébuchant. De plus, la Fondation exposera ces auteurs dans ses murs ». Une bonne nouvelle pour tous ceux qui ont des projets dans les cartons !

Jacques Pessis, Raymond Leblanc et Yves Sente
(c) Fondation Raymond Leblanc

Une synergie avec l’actuelle direction du Lombard ?

Face à ce parcours exceptionnel de Raymond Leblanc, on comprend mieux le souci de certains de sauvegarder ce patrimoine. Beaucoup se souviendront que l’on a brûlé une partie des archives [15] de Edgard-Pierre Jacobs, dans son jardin du Bois des Pauvres, ou encore jeté à la poubelle celles de Michel Greg ! L’initiative est louable et est à encourager. La FRL a été bâtie grâce à des fonds privés. Mais la famille Leblanc saura-t-elle parler de la même voix lors de la disparition du créateur des éditions du Lombard ?

On peut supposer que les éditions du Lombard (et donc le groupe Média Participations) interviennent également dans le financement de la Fondation Raymond Leblanc
 [16]. Cette Fondation permet de pérenniser une image positive pour les éditions du Lombard, en accentuant à la fois son rôle historique et de découvreur de talent actuel.

On peut également imaginer que des synergies seront mises en œuvre entre la maison d’édition et la Fondation. L’espace chaleureux de cette dernière permet d’accueillir les professionnels pour des événements particuliers (expositions, lancement d’albums) ou les fameux « sandwich-bars du Lombard », qui réunissent régulièrement tous les auteurs de la maison de l’Avenue Paul-Henri Spaak.

L’inauguration de la Fondation Raymond Leblanc aura lieu mardi prochain, juste avant la soirée organisée par le Lombard pour ses soixante ans. Le public pourra visiter le Musée dès le lendemain.

(par Nicolas Anspach)

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Infos pratiques :

A partir du 27 septembre, la FRL est ouverte chaque mercredi, jeudi et vendredi, de 12H à 18H, (excepté les deux dernières semaines du mois de décembre), ainsi que tout le premier week-end du mois, également de 12H à 18h (à l’exception du premier week-end du mois de janvier). Possibilité d’ouverture sur rendez-vous.

La FRL se situe au deuxième étage du Building Tintin, en face de la gare du Midi, au n° 7 de l’avenue Paul-Henri Spaak, 1060 Bruxelles.

Entrée : 3 euros ; 2 euros (- de 18 ans, chômeurs, étudiants et pensionnés).

Fondation Raymond Leblanc
Avenue Paul-Henri Spaak, 7
B-1060 Bruxelles
Tel : +32 (0)2/520.70.09
Fax : +32 (0)2/521.70.09

info@fondationrleblanc.be

[1Directrice de Belvision, et à ce titre, productrice des dessins animés de la maison.

[2En 1965, les studios lançaient Pinocchio dans l’Espace

[3une deuxième saison est déjà planifiée.

[4L’agence de publicité attachée à la maison.

[5Soit sept ans avant qu’il ne revende les éditions du Lombard à un groupe qui deviendra Média-Participations.

[6Le « clandestin de la bande dessinée », comme le soulignait Benoît Mouchart dans le livre qu’il lui a consacré.

[7Ancien assistant d’Hergé, après le départ de Jacobs

[8Astérix le Gaulois et Astérix et Cléopâtre

[9Daisy Town

[10La Flûte à six Schtroumpfs

[11(Tintin et le Temple du Soleil et Tintin et le Lac aux Requins)

[12avec lequel il s’est associé depuis 1948 pour l’édition française du journal Tintin

[13Le papa du Gaudelette qui égaie aujourd’hui Fluide Glacial

[14Mardi prochain. NDLR.

[15livres, croquis, etc

[16Ne fut ce que permettant à certains de ses employés d’investir leur temps dans cette aventure

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