Vive la marée ! - Par D. Prudhomme et P. Rabaté - Futuropolis

16 novembre 2015 6 commentaires
  • Un très beau portrait, original et inventif, d’une journée de plage estivale, sous toutes ses coutures. Un portrait choral de la France en maillot de bain, baigné d'insouciance, qui a déjà un parfum de nostalgie.

Pascal Rabaté a ces dernières années manié aussi bien le pinceau (Ibicus), que la plume (La Marie en plastique, avec David Prudhomme au dessin), et la caméra (en adaptant notamment Les Petits Ruisseaux), tandis que David Prudhomme a su faire évoluer son trait, encore un peu brouillon sur Ninon secrète, plus convaincant sur son adaptation du roman de Brassens, La Tour des miracles, arrivé à maturité avec Rébétiko.

Vive la marée ! - Par D. Prudhomme et P. Rabaté - Futuropolis

Cet album est écrit et dessiné «  à deux têtes et deux mains, une gauche et une droite ». Les deux auteurs, partis en intenses repérages sur les plages de la côte Atlantique, nous présentent 24 heures de la vie d’une petite plage et de son environnement.

Le récit s’enchaîne selon une méthode cinématographique rarement vue en bande dessinée : la valse permanente des points de vue. On nous présente un personnage, pensant quelques cases, puis, à chaque rencontre avec une nouvelle personne, on change de focale pour suivre durant quelques cases ce nouveau quidam, avant d’en changer de nouveau. L’ensemble permet d’approcher par petites touches le monde des plagistes et de brosser une grande quantité de portraits divers.

C’est une véritable comédie humaine de bord de plage que nous peignent Rabaté et Prudhomme, et l’on suit tour à tour un jeune couple branché, un vieux couple bedonnant, des punks à chien, un enfant en bas âge, un chien, un peintre alcoolique, une bande d’adolescents libidineux, une jeune célibataire énervée, des commerçants mécontents de leur saison, etc. Du coin naturiste aux fonds marins, de la route des vacances à la plage proprement dite, du train à la voiture, en passant par les magasins pour touristes, le marché et le poissonnier, on observe tous les milieux sociaux, toutes les situations rendues possibles par cette coexistence estivale de gens si différents, dont on pénètre non seulement les discours et les actions, mais aussi les pensées.


On ne peut que vous recommander cet album frais et inventif, aux très nombreuses trouvailles graphiques, comme cette fillette qui regarde les scènes se déroulant sous ses yeux comme si elle faisait défiler des vidéos sur un écran tactile. Tous les dessins fourmillent de détails cocasses en arrière-plan et l’on s’amuse à rechercher ici la patte de Rabaté, là le style de Prudhomme. Leurs graphismes se complètent à merveille et permettent à ce récit d’être aussi léger que fluide.

L’un des personnages regarde autour de lui et déclare : « Je fais de la sociologie… ou de l’ethnologie, je sais plus…. ». Rabaté et Prudhomme en font assurément, mais de manière plaisante, tendre, comique et poétique, à la manière du film de Tati, Les vacances de Monsieur Hulot, revisité ici en couleur et en bulles.

(par Tristan MARTINE)

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6 Messages :
  • Un des plus beaux livres de l’année.

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    • Répondu par MD le 16 novembre 2015 à  18:33 :

      Ce livre est sans doute une bouffée d’air frais dans le climat actuel. Il constitue sans doute une échappée que je vais m’offrir à ma prochaine visite chez le libraire !

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  • Vive la marée ! et Marivaudevilles
    17 novembre 2015 12:52, par Alexandre

    Bonjour,
    Le procédé de “Vive la marée !” a déjà été utilisé par Martin Veyron dans les deux tomes de “Marivaudevilles”, complètement passés inaperçus du public.
    Les récents albums de Martin Veyron pâtissent de son dessin qui est passé de mode sans pourtant n’avoir rien perdu de sa qualité et de sa lisibilité (qualificatif mélioratif, j’entends). Mais au-delà de la mode, les dialogues de Martin Veyron dans “Marivaudevilles” étaient tout simplement incroyables, d’une justesse et d’une fausse simplicité exceptionnelles. Veyron réussissait par ses dialogues la prouesse que Vivès réussit par ses dessins, lorsque pour tous les deux il s’agit de décrypter et réfléchir aux relations amoureuses (dans un sens très, très large !) entre deux personnes.
    Mais je m’égare… et je reviens à “Vive la marée !” Le procédé de long travelling utilisé dans cet album, et dans “Marivaudevilles” donc, fonctionne extrêmement bien et ajoute un “titillement” particulier à la lecture. Un petit bémol tout de même, dans “Vive la marée !”, j’ai ressenti un exercice de style qui parfois prenait le pas sur l’intérêt même de l’histoire, comme un petit trou d’air en milieu d’album.
    Bonne lecture à toutes et tous.

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    • Répondu le 17 novembre 2015 à  17:25 :

      Cette fois, chez Rabaté & Prudhomme, il y a, en plus, la virtuosité graphique. Ce qui ne gâche rien :-)

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      • Répondu par MD le 17 novembre 2015 à  18:31 :

        Tout à fait ; de toutes façons, ce qui primait dans Marivaudevilles, c’était surtout la subtilité des dialogues et l’ambiance café-théätre !

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        • Répondu le 19 novembre 2015 à  10:20 :

          Parmi les éléments réjouissants que nous propose Vive la marée, il y a cette incroyable variété des corps sur la plage. Tous imparfaits, tous magnifiques, tous humains.

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