Albums

À Prix d’or - Par Nathalie Sergeef & Bernard Khattou - Glénat

Par Charles-Louis Detournay le 27 septembre 2022                      Lien  
Deux femmes de caractères aux prises à une poursuite endiablée avec un magot à la clé. Un diptyque explosif dopé à la progestérone qui fera le bonheur des amateurs de films d’action badass.

À la frontière entre l’Australie occidentale et les Territoires du Nord, il y a deux manières de gagner sa vie : travailler à la mine d’or ou servir dans les bars où les mineurs viennent dépenser leur paie. Deux voies opposées choisies par deux filles très différentes. L’aborigène Ellie est sérieuse et conduit d’immenses camions-bennes au fond de la mine à ciel ouvert. Tandis que Birdy la délurée bosse dans un rade paumé et ne rêve que de se casser loin de ce bled… sauf qu’elle n’a pas un dollar devant elle et que sa mère est mourante.

Deux filles qui n’ont rien en commun, sinon une rage de vivre. Elles n’auraient d’ailleurs jamais dû se rencontrer… jusqu’au jour ou Birdy rend son tablier lorsque son patron lui demande de servir les clients seins nus. Elle fait du stop et tombe par hasard sur Ellie. Un hasard qui va mener les deux jeunes femmes dans un terrible engrenage où elles affrontent gangsters, policiers, gardiens de sécurité corrompus et surtout un dirigeant qu’aucun scrupule n’étouffe. Une fois la première pièce de ce domino retirée, tout va s’effondrer dans un grand fracas...

À Prix d'or - Par Nathalie Sergeef & Bernard Khattou - Glénat

Décidément, Nathalie Sergeef devient la scénariste experte du Bush australien. Après Down Under et Burke & Wills, la voici qu’elle livre coup sur coup ces cinquième et sixième albums se situant dans l’Outback, sauf qu’à la différence des précédents, celui se déroule bien à notre époque.

Ce sont pourtant bien les règles du western que la scénariste applique avec succès dans ce diptyque, au mode "film d’action… australien" ! Une fois le décor planté en dix pages, elle délivre près de cent planches pétaradantes remplis de retournements de situation et de quelques flashbacks explicatifs.

Outre le cadre géographique fascinant, l’aspect attractif du récit se focalise sur ses deux héroïnes. Bien sûr que tout les oppose, comme pour tous les tandems réussis du genre. On prend cependant beaucoup de plaisir à suivre leur explosive progression, surtout que les dialogues sont ponctués de quelques répliques bien senties.

Bernard Khattou sert très bien le tempo de ce film d’action transposé en bande dessinée : ses grandes cases déploient les splendeurs du Bush australien et son trait réaliste permet de vivre le récit comme dans un long métrage en cinémascope. Même si quelques visages auraient pu être affinés, il donne toute la consistance nécessaire aux deux héroïnes pour les transformer en badass dont on se plaît à suivre les velléités.

S’appuyant sur l’aspect spectaculaire et distrayant de ce diptyque, l’éditeur a opté pour des couvertures percutantes qui illustrent pertinemment l’album sur le mode : « On va s’amuser en suivant les péripéties de ces deux jeunes femmes, et ce divertissement plein de cascades se suffit à lui-même ». Un résultat dopé par la sortie simultanée des deux premiers tomes, car le cliffhanger qui conclut le tome 1 aurait laissé les lecteurs sur une faim inextinguible si le tome 2 n’avait pas été pas immédiatement disponible.

Le mastodonte camion-benne est un véritable personnage central du récit

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

🛒 Acheter


Code EAN : 9782344045336

D’À Prix d’or, acheter :
- le tome 1
- le tome 2

Glénat à partir de 13 ans Polar 🛒 Acheter 📖 Feuilleter  
Participez à la discussion
25 Messages :
  • Une sorte de Thelma et Louise Australien… agréable à lire, mais Sergeef nous avait habitué à plus d’originalité. C’est l’énorme travail de Khattou qui m’a fait rester sur l’album.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 28 septembre à  08:42 :

      Couverture à gros seins en 2022, faut oser quand même.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Milles Sabords le 28 septembre à  19:11 :

        Ce ne sont pas les gros seins qui manquent sur les couvertures de certains mangas sous l’apparence de jeunes filles en tenue d’écolière ou de jeunes femmes en tenue ultra-moulante… personne ne s’en offusque pour autant.

        Répondre à ce message

        • Répondu le 29 septembre à  08:50 :

          Je ne vois pas ce que les mangas viennent faire là-dedans. C’est vraiment une obsession. Sur le sujet de la vulgarité, évidemment les mangas ne font pas mieux que les franco-belges ou les américains.

          Répondre à ce message

          • Répondu par Milles Sabords le 29 septembre à  13:03 :

            J’ai dit les manga comme j’aurais pu donner d’autres exemples, il n’y a rien d’obsessionnel. Quant on voit ce qui circule sur les réseaux sociaux, cette couverture d’album n’est pas libidineuse. Pour la parité, l’éditeur aurait pu remplacer la fille par un mec au torse musclé en débardeur, et vous auriez dit que c’était encore racoleur, le cliché du mâle typique des pubs Coca.

            Répondre à ce message

            • Répondu par Anne Teuf le 29 septembre à  22:36 :

              Justement des héros en débardeur et en shorts moulant ça manque sur les couvertures bd, les héros " à mâchoire carrée" y sont représentés toujours sagement habillés. Blague à part, les nanas à moitié à poil pour attirer le chaland c’est dirons-nous un peu facile, et ce système devient lassant.

              Répondre à ce message

              • Répondu par Milles Sabords le 30 septembre à  12:15 :

                O.k., sauf que là, c’est une femme qui a écrit le scénario. Difficile de la taxer de « machiste rétrograde »…

                Répondre à ce message

                • Répondu par Anne Teuf le 1er octobre à  13:07 :

                  Quel que soit les auteurice des albums, on voit que les vieilles habitude de représentation perdurent :)

                  Répondre à ce message

                  • Répondu par Milles Sabords le 1er octobre à  14:17 :

                    C’est peut-être aussi le choix de l’éditeur, auquel l’autrice n’a pas pu s’opposer… on sait combien le choix d’une couverture peut être source de désaccord et le dessinateur (Khattou en général, réalise la couverture de l’album et en assure la mise en couleur) a du se plier à la volonté éditoriale. D’ailleurs, la couverture du tome 2 est moins racoleuse.

                    Répondre à ce message

                • Répondu par Lorenzaccio le 1er octobre à  13:14 :

                  Ah et dans le scénario, il est écrit "l’héroïne a des gros seins dans un crop-top bien moulant et il faut pas oublier de bien les mettre en valeur" ? Et puis même, des femmes qui servent aux hommes ce qu’ils ont envie de voir/lire pour les titiller, de toute façon ça existe. Ce ne sont pas des machistes pour autant mais ça peut rester racoleur comme ici.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu par Milles Sabords le 2 octobre à  05:26 :

                    Ben ouais, il arrive que certains scénaristes me décrivent par le menu l’aspect physique des personnages, avant même que je ne réalise les premières recherches. La couverture n’est pas que le choix des auteurs, mais celle aussi de l’éditeur et de son équipe commerciale. Il arrive également que le diffuseur donne son avis. Il m’est arrivé de devoir refaire une couverture pour plaire au diffuseur. Dans le cas de cet album, il serait intéressant d’avoir la version des auteurs.

                    Répondre à ce message

                    • Répondu le 2 octobre à  08:44 :

                      On s’en fiche de la version des auteurs. Quand vous allez-voir un film, les conflits éventuels entre le réalisateur et la production ne vous intéressent pas, vous jugez le résultat final.

                      Répondre à ce message

  • Est-on en effet obligé d’avoir ce genre de poitrine quasi systématiquement en BD ? C’est fatigant. Il n’y a qu’un seul modèle féminin 90D dans les écoles de BD ?
    Ceci dit, il y a un autre souci : la crédibilité de la scène d’action. Les poursuivants sont clairement sur l’arrière gauche du pick-up des rangers, la fille arrive (malgré les cahots de la piste) à viser le pneu arrière gauche du pick-up rouge alors qu’il est totalement invisible pour elle (le seul qu’elle puisse peut-être voir est l’avant gauche) et le touche du premier coup (on imagine car le dessin ne suggère pas qu’elle tire plusieurs fois) et gâteau sous la cerise, le conducteur du pick-up perd le contrôle de son véhicule. Or un éclatement de pneu arrière n’a quasiment aucune incidence sur la trajectoire du véhicule qui va simplement rouler sur la jante. Alors le dévers dans le fossé et qui de plus montre que le pick-up rouge est passé largement devant le rangers (a priori le conducteur a levé le pied !!) n’est pas crédible non plus. Du coup je me demande combien de blagues du même accabit viennent gâcher l’histoire ? Ah mais, suis-je bête, ce n’est pas grave, elle a une superbe poitrine...

    Répondre à ce message

    • Répondu par Milles Sabords le 30 septembre à  12:13 :

      Si on devait disséquer toutes les incongruités qui parsèment les Manga, Comics, Franco-Belge, Roman-Graphique et autres genres de BD, on n’arrêterait d’en publier. Ce qu’il faut surtout retenir c’est la qualité de la planche : séquence dynamique, personnages bien campés, qualité d’encrage et souci du détail, le tout, avec une colorisation pertinente. Et bien sûr, une scène bien écrite au départ. Que demande le peuple… Comme je l’ai dit, le concept de ce dytique ne pas emballé plus que ça, mais ça reste une lecture divertissante et moins moche que certaines inepties mainstream où l’on vous fait croire que vous avez bon goût en les achetant.

      Répondre à ce message

      • Répondu le 30 septembre à  22:15 :

        Vraiment pas du tout d’accord avec vous. Je trouve cette BD totalement datée et pas très bien dessinée. Pas seulement parce qu’on place une fille à gros seins sur la couverture et parce qu’il y a énormément de faux-raccords tels que décrits plus haut. Non, c’est tout simplement d’un niveau pas fameux. Et pourtant je suis un gros fan de BD populaire. Que demande le peuple, dites-vous ? Eh bien, il demande bien mieux que ça. Par exemple, un dessin, s’il se veut réaliste, qui soit de grande qualité. Ce n’est pas le cas ici.

        Répondre à ce message

      • Répondu par Lorenzaccio le 1er octobre à  13:37 :

        Bah parlez pour vous d’autant que votre démonstration reste bien vague. Il y a des invraisemblances supportables (la science-fiction et le fantastique par définition, les potions magiques de Panoramix et de ses copains, ou les performances de Lucky Luke, etc. et d’autres qui ne le sont pas, comme ici). Là, je plaide l’erreur technique grave (et même plusieurs cumulées) alors que ça aurait pu être facilement évité sans nuire à l’histoire contrairement aux cas cités ci-dessus. Mon plaisir de lecture baisse dans ces cas-là qui peuvent aller jusqu’à me rebuter. Même dans la SF, il y a des situations qui ne tiennent pas la route un instant et que les "invraisemblances acceptées" de la SF ne peuvent quand même pas sauver. Je pense à Ter par exemple. La présence d’une surface planétaire (de l’eau, un ciel, une pesanteur normale,...) qui est en fait une mince pellicule sur l’extérieur d’un vaisseau spatial ruine complètement l’histoire (qui démarrait bien mais qui part complètement à vau-l’eau par ailleurs).

        Répondre à ce message

        • Répondu par Milles Sabords le 2 octobre à  06:01 :

          Que le personnage d’Isaac le pirate a la tête carré, ça ne vous dérange pas ? Que les rues ou les immeubles dans ces albums ne suivent pas les règles de la perspective, ça ne vous défrise pas ? Sur la planche 1 de l’album « Les Amériques », il y une gouttière le long du mur d’une des maisons… une gouttière moderne à cette époque !!! Vous voyez, si on cherche la petite bête, on en trouve partout. Et pourtant, cela n’a pas empêché Dargaud de bien vendre cette série. Je pourrais vous donner des milliers d’exemples, mais à un moment il faut laisser la BD pour ce qu’elle est, un art du divertissement. La seule chose qui importe, c’est de respecter le public en étant appliqué et généreux dans son travail.

          Répondre à ce message

          • Répondu le 2 octobre à  08:47 :

            Tout est dit, après tant et et tant de commentaires. Vous considérez la BD comme un art du divertissement avant tout. On peut pourtant attendre bien plus de l’art et de la culture qu’un "divertissement". Et un artiste généreux et appliqué n’est pas forcément un grand artiste. Quand je vais au Musée d’Orsay, je ne m’arrête pas à l’étage des peintres pompiers, tous appliqués et généreux. J’admire leur technique mais je vais ensuite regarder les génies de la peinture à l’étage au-dessus.

            Répondre à ce message

            • Répondu par Milles Sabords le 2 octobre à  21:44 :

              Une fois de plus, vous éludez ce qui ne vous arrange pas par un petit « tout est dit ». La BD est un art du divertissement et ça n’est ni péjoratif, ni mercantile. Faire de l’art et convaincre un public, c’est difficile, faire du divertissement et convaincre un public, c’est difficile, faire les deux c’est encore plus difficile. Le divertissement peut être profond, exubérant, minimaliste, engagé, militant, besogneux, expansif, et tant de choses à la fois parce-qu’il représente des univers, ceux des artistes qui le façonnent. Les comparaisons gratuites n’ont de factice que ce qu’elles permettent : hiérarchiser sa pensée pour mieux fustiger. La peinture des grands maîtres n’a rien à voir avec la BD et votre démonstration est aussi anachronique que la gouttière dans Isaac le pirate.

              Répondre à ce message

              • Répondu le 3 octobre à  21:42 :

                J’aime bien le "une fois de plus" alors que c’est la première fois que j’échange avec vous. Probablement la dernière d’ailleurs. Libre à vous de penser ce que vous voulez mais pour moi la bande dessinée, comme la littérature, la peinture, la musique etc est bien plus qu’un divertissement. Je vous rejoindrai sur un point, ce sont des arts, mais ce sont aussi évidemment des industries du divertissement. Mais votre discours qui consiste à dire "tant que l’auteur s’est bien appliqué et a été généreux, c’est bon" ne tient pas la route une seconde. Ce genre d’indulgence est acceptable quand vous allez voir jouer le groupe de rap de votre fils ou la pièce de théâtre de copains à vous. Quand j’achète un livre, je suis un peu plus exigeant. Notamment une BD réaliste. Vus les génies qui ont oeuvré dans ce domaine, on se doit de ne pas proposer n’importe quoi. A moins bien entendu qu’on ne soit qu’un industriel du divertissement et qu’on méprise sa propre discipline.

                Répondre à ce message

                • Répondu par Milles Sabords le 4 octobre à  15:04 :

                  On peut avoir un dessin moins réaliste et être quand même « appliqué et généreux ». Ce sont des qualités professionnelles qui ne s’adressent pas qu’à un seul genre de la BD. Par exemple, Dodier est un auteur appliqué et généreux, pourtant son style est différent de celui de Khattou. Idem pour Blutch. Je ne disserte jamais sur les goûts, la BD est suffisamment vaste pour qu’il y en ai pour tout les goûts. Mais lorsque l’on critique sans tenir compte de la technique, voir, sans la comprendre, c’est aussi idiot que de mettre son chiotte en plein milieu du salon, ça n’a pas de sens. Mais vous me direz, chacun fait ce qu’il veut avec ses latrines… Personne ne fais de la BD pour sauver le monde, mais pour divertir ses contemporains.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu par Milles Sabords le 5 octobre à  10:05 :

                    Rectificatif, « pour tous les goûts ».

                    Répondre à ce message

                    • Répondu le 6 octobre à  10:18 :

                      Vous êtes bien péremptoire. Je connais de plus en plus d’auteurs qui ne font plus de la fiction mais de la BD engagée. Il y a même un festival de la BD engagée. Il ne s’agit pas forcément de réussir à sauver le monde, mais en tout cas pas seulement de divertir.

                      Répondre à ce message

                      • Répondu par Milles Sabords le 6 octobre à  16:56 :

                        La BD dite « engagée » dépend aussi des tendances et la prise de risque commerciale est très asseptisée. Il faut faire de la BD engagée et quant le marché se retournera, faudra faire autre chose. Vous êtes donc mal informé. Comme dans toute forme de BD, dès que la fiction se mêle à la réalité, vous devenez un conteur. Qu’est-ce que la BD engagée, si ce n’est déjà une retranscription fictionnelle de la réalité. Je vous l’ai dit, nous ne sauvons pas le monde, nous ne sommes indispensables à personne, mais en réalisant nos albums d’auteurs nous espérons divertir autant dans le message engagé que dans la pure pantalonnade. En tout cas, c’est ce que l’on se dit entre collègues lors de festivals. Vous accordez à la BD un trop grand pouvoir d’influence sur la société qu’elle n’a pas.

                        Répondre à ce message

                        • Répondu le 8 octobre à  14:33 :

                          La BD influence ceux qui s’intéressent à la BD… la BD "engagée" est une tendance. Mais la BD de 48 pages avec des gros seins en était une aussi.

                          Répondre à ce message

PAR Charles-Louis Detournay  
A LIRE AUSSI  
Albums  
Derniers commentaires  
Newsletter ActuaBD