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Là où gisait le corps - Par Ed Brubaker & Sean Phillips - Ed. Delcourt Comics

Par Marc Vandermeer le 22 mai 2024                      Lien  
Pelican Road est un véritable microcosme où la vie s'écoule au gré des saisons. Mais c’est durant l’été 1984 qu’un drame va se jouer dans ce quartier jusque-là tranquille. Un corps est retrouvé sur le trottoir. Meurtre ? Accident ? Qui connaît la vérité au sein du voisinage?

Ed Brubaker & Sean Phillips, célèbres pour leurs séries Reckless et Kill or be Killed entre autres, se sont lancés dans une période de one-shots en zigzag, de quoi dérouter leurs lecteurs qui ne peuvent jamais prévoir où les artistes vont les emmener. Avec Là où gisait le corps, on a affaire à un récit narratif de la part des habitants de la fictive Pelican Road, à commencer par la commère du quartier. Elle sait tout, elle voit tout, elle a un avis sur tout… pourtant impossible pour Mrs Wilson de dire comment ce corps est arrivé sur le trottoir en face de chez elle.

À la place, elle parle de la pension de famille au bout de la rue. Une belle demeure d’époque qui a vu défiler un nombre incalculable de personnes diverses, entre étudiants et hippies, jusqu’à des délinquants. C’est là que les derniers événements marquants ont eu lieu, avec une altercation entre trois jeunes, interrompue par le policier habitant deux maisons plus loin. De quoi rebondir sur les souvenirs de ce dernier, pas vraiment flic, mais l’âme d’un shérif qui s’envoie en l’air avec l’épouse délaissée d’un psychiatre. De fil en aiguille, d’anecdote en anecdote, le lecteur se retrouve plongé dans les souvenirs de chaque intervenant sans vraiment savoir l’identité de la personne retrouvée morte dans Pelican Road...

Là où gisait le corps - Par Ed Brubaker & Sean Phillips - Ed. Delcourt Comics
©Sean Phillips / Delcourt Comics

Tous ces doutes, ces interrogations accrochent. D’autant que le mystérieux scénario d’Ed Brubaker est accompagné du classique et familier graphisme de Sean Phillips. Le trait épais, jonglant sans relâche avec les contrastes marqués, de jour comme de nuit. Colorisé dans des teintes glauques, parfois flashy, par Jacob Phillips : Là où gisait le corps est une énigme du début à la fin, entre romance, passion... et meurtre supposé.

Qu’en est-il du corps dans tout ça ?! Il vous suffit de lire jusqu’au bout pour le savoir… car vous en dire plus serait divulguer les secrets de ce one-shot atypique. Ed Brubaker, lui-même, essaie de limiter ses commentaires dans sa postface pour ne pas dénaturer l’impression unique qu’on peut se faire de ce titre.

Un véritable jeu de détective pour le lecteur qui suit les faits survenus en ce bel été 1984. Les déboires de Tommy Brandt, fou amoureux d’une délinquante en fugue ; celle-là même qui est poursuivie par un détective privé. Ce flic qui n’en est pas vraiment un, Palmer Sneed. Et sa maîtresse, Toni Melville qui s’ennuie de sa vie tranquille avec son psychiatre de mari, Ted. Sans oublier Lila Nguyen, la plus jeune des personnages principaux (elle a 11 ans) et Ranko, un vétéran SDF vivant dans la forêt avoisinante.

Ils ont tous quelque chose à dire, ils ont tous vu ou entendu quelque chose, mais c’est en replaçant les pièces du puzzle qu’on comprend que ce corps n’est pas la clef du récit. La solution réside dans la vie dans la presque paisible de Pelican Road.

(par Marc Vandermeer)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782413083054

Delcourt ✍ Ed Brubaker ✏️ Sean Phillips à partir de 17 ans Polar Etats-Unis
 
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9 Messages :
  • Depuis que Sean Phillips a abandonné le pinceau et la plume traditionnels pour des outils numériques c’est vraiment moins bien.
    Ça doit être plus commode sans doute mais la qualité n’est plus la même.
    Il suffit de voir l’encrage des premiers tomes de la série “Criminal”.

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    • Répondu par Olric Hunter le 22 mai à  16:32 :

      C’est affreux ! Ca pourrait être généré par une IA. Ca l’est peut-être d’ailleurs...

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    • Répondu le 22 mai à  17:05 :

      C’est pas tellement l’outil numérique le problème, même si je suis d’accord avec vous que rien ne vaut le dessin sur papier. C’est surtout qu’il est trop dépendant de la doc photo. Il ne sait plus vraiment dessiner sans et ça ne vaut rien pour les personnages en mouvement. Le génial Sergio Zaniboni qui dessinait Diabolik en Italie était un maître pour utiliser la photo à bon escient, sans que ça nuise à son sens du dessin. La plupart des grand réalistes italiens, espagnols et même français savaient parfaitement prendre ce qu’il faut dans une doc photo sans pour autant en être prisonnier.

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      • Répondu par Gina Vanilla le 25 mai à  17:42 :

        " Il ne sait plus vraiment dessiner"
        Comment est ce possible ?
        Bien dessiner, c’est un talent, ou le résultat de nombreuses années d’apprentissage !
        Alors plusieurs explications possibles, des pertes de capacité au niveau de la main ou de l’oeil ?
        Ou alors peut-être l’initiation non-aboutie à de nouveaux instruments graphiques ?
        Je ne sais pas dessiner, je m’interroge seulement !

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        • Répondu le 28 mai à  15:02 :

          Lisez le post en entier pour comprendre. Il ne sait plus vraiment dessiner sans utiliser sa doc photo. Le dessin ça se travaille et le dessin d’imagination encore plus. C’est normal d’utiliser de la doc photo car on ne peut pas tout imaginer, mais il faut aussi continuer à pratiquer le dessin d’imagination, sinon ce sens-là du dessin s’atrophie. L’idéal est de jongler avec les deux, dessin sur doc, et dessin d’imagination. C’est ce que font les grands dessinateurs réalistes.

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    • Répondu le 28 mai à  03:22 :

      Je suis tellement d’accord avec vous que j’aurais pu écrire ce post. J’ai abandonné Phillips et Brubaker depuis quelques années précisément pour cette raison.
      Phillips a toujours tout dessiné d’après photo. Mais il restait au moins un encrage percutant et inspiré. Depuis qu’il décalque ses photos directement sur tablette graphique et assure l’encrage avec un stylo électronique, il ne reste plus rien. Et je ne parle même pas des couleurs du fiston faites elles aussi à l’arrache.
      Je ne reviendrai plus vers cet artiste qui s’est enfermé dans la facilité.
      Il reste ses couvertures qui sont splendides, peintes également en numérique mais dans un style traditionnel. Comme quoi Phillips n’a pas perdu son savoir-faire, mais qu’il a opté pour une technique tournée vers la productivité extrême.
      Cela explique la cadence industrielle du duo.

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      • Répondu le 28 mai à  15:06 :

        Je ne luis jetterai pas la pierre (mais je comprends que certains de ses lecteurs comme vous le fassent). Chercher la productivité extrême, c’est malheureusement le lot de beaucoup d’artistes, à mesure que leur rémunération à la page se réduit d’année en année. Quand j’ai débuté, j’étais payé 400 euros la page. Aujourd’hui, 150. Dans quel autre métier on a divisé votre rémunération par 2,5 en 30 ans ?

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        • Répondu par Capitaine Kérosène le 29 mai à  08:17 :

          Vous avez raison. L’explication est sans doute à chercher de ce côté-là. Toutefois, je ne connais pas la situation en terme de rémunération des dessinateurs travaillant pour le marché américain. S’est-elle dégradée ? Brubaker et Phillips sont propriétaires leurs séries me semble-t-il, ils doivent donc percevoir des droits d’auteurs de l’éditeur en plus de la rémunération de la planche proprement dite. Après, je ne sais pas s’il s’agit, comme chez nous, d’une avance sur droits sous forme de forfait.

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          • Répondu le 29 mai à  14:54 :

            Les comics ne se vendent plus beaucoup. Je suis certains que les auteurs américains ou britanniques (comme Phillips) sont touchés par le recul de leur rémunération. Il y a aussi que la concurrence se durcit. Une génération de dessinateurs et de dessinatrices dont la vocation est née sur les palettes graphiques est en train d’arriver. Ils vont beaucoup plus vite que leurs prédécesseurs sur papier. Dans ces conditions il faut un certain courage pour continuer à travailler comme autrefois. Même de grands maîtres, comme l’italien Angelo Stano (Dylan Dog) se sont mis récemment à la palette pour aller plus vite. Et demain une génération déboulera qui se contentera de prompter des IA pour produire leurs planches…

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