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Walthéry & Co 1/3 : Sophia Stromboli, une héroïne volcanique !

Par Charles-Louis Detournay le 8 juin 2024                      Lien  
Cinq ans après la publication du début de ce récit dans le magazine « L'Aventure », André Taymans et François Walthéry ont finalement achevé l'histoire de cette nouvelle héroïne italienne, Sophia Stromboli, une capitaine de carabiniers poursuivie par un tueur en série. Après l'arrêt du magazine, ce feuilleton s'est réveillé de sa léthargie grâce aux bons soins de Johanna Taymans. L'ouvrage, « En attendant Stromboli », publié en tirage limité en 2022, était épuisé. Les amateurs pourront donc profiter de nouvelle cette édition « à l’italienne » dont le format met davantage encore en valeur els dessins. Comment cette collaboration inédite entre François Walthéry et André Taymans s’est-elle mise en place et s’est développée sur ces cinq années ? Les auteurs répondent à nos questions...
Walthéry & Co 1/3 : Sophia Stromboli, une héroïne volcanique !

Comment a démarré votre collaboration sur Sophia Stromboli ?

André Taymans : Tout est parti de la présentation du numéro 0 de la revue « L’Aventure » au Festival d’Angoulême 2019, au tout début des Éditions du Tiroir. À cette occasion, nous avons dîné avec François, il faut dire qu’on se connaît depuis 40 ans : je l’avais rencontré à l’âge de 16 ans à la rédaction du Journal de Spirou ! Et lors de ce repas, François nous a fait part de son sentiment concernant L’Aventure : « J’adore les magazines, il n’y en a pratiquement plus ! J’aimerais donc collaborer d’une façon ou l’autre à cette belle initiative…  »

L’envie était donc bien présente, mais comment la concrétiser sachant que François était accaparé par son album de Natacha ; il était impossible de commencer une nouvelle série ! Je lui ai alors proposé d’écrire une histoire courte, où je m’occuperais du scénario et des crayonnés ; il encrerait les personnages féminins et je m’occuperais du reste, ce qui lui permettait d’être présent dans le magazine le temps d’un court récit, sans devoir arrêter Natacha.

François Walthéry : Je connais et j’apprécie André depuis très longtemps. Nous évoquions depuis des années le fait de travailler ensemble. C’était donc l’occasion rêvée de concrétiser cela dans ce nouveau magazine !

André Taymans : Rentré chez moi, je me suis attelé à écrire une histoire courte… mais je n’y suis jamais arrivé ! Je suis alors parti sur l’idée d’un feuilleton, qu’on écrirait au fur et à mesure de la parution dans le magazine. J’ai commencé avec trois pages sans savoir quelle serait la suite, un canevas validé par François. Comme il s’agissait d’un trimestriel, je me suis dit que nous aurions le temps de réaliser une page de temps en temps. La seule chose dont j’étais sûr, c’était que l’héroïne Sophia Stromboli tombait dans le coma au début de l’histoire et ne se réveillerait qu’à la fin, ce qui pouvait durer des années ou rapidement se conclure.

François Walthéry : Ma contribution était mineure et c’était surtout un bon prétexte pour se voir et discuter. Cette collaboration fut plus qu’agréable, cela a été un réel plaisir !

André Taymans et François Walthéry
Photo : DR.

Il a pourtant fallu attendre cinq ans entre le début de votre collaboration et la parution de cet album. François, vous étiez une fois de plus en retard ?

François Walthéry : Ah non, pour le coup, je plaide non coupable, votre honneur ! Cette fois, je devais suivre le rythme d’André et des planches qu’il m’apportait.

André Taymans : Il a raison. Tout s’est compliqué après trois ans, lorsque nous avons décidé de suspendre provisoirement L’Aventure. Je me suis dit que François et moi allions récupérer du temps pour nos autres projets, car Sophia Stromboli allait également s’arrêter par la force des choses. C’était mal connaître les fans de François et les miens : à chaque séance de dédicaces, sur les forums, par mail, tous nous réclamaient la suite de l’histoire et la sortie de l’album. Or aucun album n’était prévu, vu que nous ne l’avions jamais bouclé ! Pour les faire patienter, nous avons publié un tirage limité de 500 exemplaires intitulé En Attendant Stromboli, réunissant les planches déjà réalisées et toutes les autres choses qu’on avait déjà faites ensemble, dont Natacha. L’objectif était de calmer les fans pour qu’on puisse passer à autre chose. C’était mal les connaître, car l’album a été très rapidement épuisé, et cela a décuplé les attentes d’une suite. Mon associé Christian Lallemand nous a alors dit qu’il faudrait vraiment qu’on termine cette histoire pour publier un album accessible au grand public. Seul souci : je n’avais pas le temps de m’y mettre, et François sortait de plusieurs ennuis de santé et devait encore se faire opérer par la suite. Je n’avais donc aucune idée de scénario, et nous n’avions pas le temps de nous lancer dans un 44 pages alors qu’il n’y avait qu’une demi-douzaine de planches préexistantes.

C’est ainsi que votre fille Johanna a rejoint l’équipe, André ?

André Taymans : Oui, j’ai maintenant l’habitude de faire appel à elle pour me sortir de ce genre de situations inextricables. Je lui ai donné tout ce qu’on avait. On avait fait des réunions de brainstorming, listé toutes les pistes possibles et elle est revenue avec le plan de l’histoire complète, transformant ainsi ce feuilleton en un album one-shot paru en début d’année.

D’où vient le nom de Sophia Stromboli ?

André Taymans : La thématique de l’album demandait de mettre en scène une Italienne, à savoir une capitaine des carabiniers dont le père mafieux avait été abattu lorsqu’elle était enfant. Il fallait donc un nom à consonnance italienne : Sofia vient de Sofia Loren, et Stromboli sonnait bien. Pour la petite histoire, j’avais travaillé il y a très longtemps avec Bruno Di Sano sur un projet qui s’appelait Sophia Stromboli. J’ai donc repris le nom de ce personnage pour ce feuilleton dans L’Aventure.

Comment avez-vous créé le physique de Sophia ?

François Walthéry : J’étais parti d’un croquis d’André, que j’ai retravaillé à ma manière pour lui donner un peu plus de formes. En contraste avec le style d’André qui réalise des héroïnes plus athlétiques.

Vous n’avez pourtant pas le même style graphique !

François Walthéry : C’est pour cela que je dessinais le personnage sur base de son croquis, mais en accentuant le mouvement, comme j’en ai l’habitude.

Finalement la grande partie du travail revenait à André, et François était plutôt l’invité de l’album ?

François Walthéry : Conformément à l’idée de départ d’André ! On fait un album ensemble et je me focalisais l’héroïne. Il s’occupait de la mise en page, avec son propre style de cadrage, avec des prises de vues cinématographiques. Il réalisait donc le scénario avec sa fille, et venait me voir avec la planche terminée, sauf la fameuse Sophia, que je dessinais et que j’encrais. Et je découvrais le récit au fur et à mesure. C’était une surprise en continu.

André Taymans : François est trop modeste ! En réalité, lorsqu’il voyait les crayonnés au fur et à mesure, il ne pouvait s’empêcher de perfectionner le tout : il redynamisait des scènes, il mettait des mains aux personnages car il ne supporte pas que je dessine une tête qui parle sans avoir de gestuelle ; il a dessiné des centaines de mouettes dans des cases qui n’en nécessitaient que deux, etc. Puis, quand il commençait à encrer Sophia, il ne pouvait s’empêcher de s’attaquer au décor et au reste de la page. Il a donc fait plus que ce qu’il veut avouer.

François Walthéry : Il m’arrivait effectivement de rajouter quelques éléments, comme des mains à l’avant-plan, car je trouvais que cela donnait plus de présence aux personnages. J’ai aussi parfois rajouté des cailloux pour la faire sauter d’une case à l’autre, ainsi que des branches pour l’aveugler dans la séquence initiale. Mais sur la plupart des pages, c’est surtout André qui dessine. Je ne suis fort présent que dans le début et la fin de l’album, surtout lors de la poursuite où je dessine certaines pages.

André Taymans : Oui, mais tu es finalement intervenu sur toutes les planches ! À un moment, François était vraiment très mal à cause de ses opérations et je lui ai proposé de terminer l’album seul pour le soulager. Il a refusé. « On a commencé à deux, on termine à deux ! » m’a-t-il dit. Je suis allé chez lui pour encrer les dernières planches deux jours avant son opération de la main droite.

François Walthéry rajoute sa "patte" sur les planches d’André Taymans
Photo : DR.

Belle preuve d’amitié ! Vouliez-vous une héroïne aux cheveux noirs pour que le lecteur la différencie de Natacha la blonde et de Rubine la rousse ?

André Taymans : Non, pas vraiment, mais comme elle était italienne depuis le début du projet, je la voyais avec des cheveux noirs… Mais une chevelure certainement plus lisse que l’incroyable tignasse dont François l’a dotée et qui s’est avérée compliquée à dessiner.

François Walthéry : Je travaillais cette fameuse tignasse noire au pinceau. Un travail beaucoup plus conséquent à l’encrage qu’avec mes autres héroïnes ! C’est pour cela que j’avais repoussé cette teinte de cheveux jusqu’à aujourd’hui. Du coup, lorsque je la dessine en dédicace, je propose au lecteur de mettre le noir des cheveux lui-même : pff, c’est trop de boulot ! (Rires)

Il est question de meurtres en série, mais aussi d’amours lesbiennes, ce qui n’est pas courant en bande dessinée...

André Taymans : Depuis le début, je voulais réaliser un récit à la manière de François Walthéry, à savoir des aventures avec une jeune femme en personnage principal. Mais je voulais aussi en moderniser l’image en imaginant ici deux héroïnes qui sont en couple : une capitaine des carabiniers et une journaliste, ce qui permet de nouveaux leviers à l’histoire. Je ne pense pas que François ait été choqué plus que cela, mais c’était dès le départ l’envie de réaliser un feuilleton dans l’esprit des mœurs actuelles, plus que ne le sont Rubine ou Natacha.

François Walthéry : Choqué, non ! Pourquoi aurais-je été choqué ? Natacha et Rubine ont été créées à vingt ans d’intervalle, et chacune correspondait à une forme de progression dans le positionnement des héroïnes. Il n’y a donc aucune raison que les relations entre Sophia et Sandra me choquent, surtout que rien n’est montré explicitement, cela devait rester une bande dessinée grand public.

André, quelles consignes aviez-vous données à votre fille pour caractériser le récit désiré ?

André Taymans : Aucune consigne, si ce n’est le fait de réaliser un histoire avec tout cela, et surtout, un récit court, car ni François ni moi n’avions l’intention de nous lancer dans un 44 pages. J’ai alors eu l’idée de l’album à l’italienne, cela tombe bien pour une héroïne italienne, et un récit qui se déroule en Italie. Ce format demandait la moitié de travail d’un album classique, ce qui nous permettait de répondre aux attentes des lecteurs et des fans.

Au point que plusieurs versions de l’album sont parues...

François Walthéry : Il n’y a qu’un seul album du point de vue du contenu. Mais c’est vrai que trois couvertures différentes coexistent : la version classique et deux autres pour deux librairies spécialisées, The Skull à Bruxelles et BD-Liège.

Couverture spéciale pour la librairie BD-Liège

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782931027523

Sophia Stromboli par François Walthéry, Johanna et André Taymans - Editions du Tiroir.

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