André Juillard et Matthieu Bonhomme sont les guest stars de la vacation Maghen de cette fin d’année

  • Après la vente publique du 12 juin dernier que nous qualifions déjà d'incontournable, Daniel Maghen Enchères et Expertises persiste et signe avec une nouvelle vacation remarquable ce lundi 15 novembre. À côté d'un catalogue général qui comporte des pièces d'exception comme celles signées par Mœbius, Joubert ou Gotlib, l'expert joue la carte des valeurs sûres en proposant des focus sur André Juillard et Matthieu Bonhomme. Analyse en détail...

La recette est maintenant éprouvée, mais elle a fait ses preuves, et ne nécessite donc aucune modification de la part du principal intéressé. À chacune de ses vacations, Daniel Maghen choisit deux porte-étendards, deux auteurs qu’il met particulièrement en avant, afin de non seulement leur consacrer toute l’attention qu’ils méritent, mais aussi de mettre plus en lumière la sélection générale qu’il a opérée.

André Juillard et Matthieu Bonhomme sont les guest stars de la vacation Maghen de cette fin d'année

Dans ce tandem de "stars", nous retrouvons presque à chaque fois un habitué de la maison parisienne d’un côté, et de l’autre un auteur qui est honoré par un catalogue qui lui est pour la première fois exclusivement réservé. Cette marque de prestige s’accompagne d’une véritable reconnaissance, car ces ouvrages prennent les atours de véritables petites monographies à chaque fois, regroupant certes quelques pièces notables, mais également des interviews, des analyses et des commentaires. Des ouvrages que l’on peut d’ailleurs se procurer en magasin ou sur commande (voir ci-dessous).

André Juillard : Planche originale n°6 réalisée en 1993 pour "Le Cahier bleu" (Casterman), non parue dans l’album

Après Gibrat, André Juillard est donc le second à bénéficier à nouveau de cet honneur. Deux ans après la partie de la vacation qui lui avait été spécifiquement consacrée, l’auteur du Cahier bleu reproduira-t-il son précédent succès ? On se souvient effectivement qu’en 2019, l’ensemble des 29 œuvres vendues sur 31 avaient atteint 350 000 € TTC avec une estimation initiale de 230 000 €.

Si Les 7 Vies de l’Épervier orne la couverture du catalogue, c’est sans surprise Le Cahier bleu qui devrait truster l’attention des acheteurs : outre des planches, on retrouve des projets de couvertures et des crayonnés qui devraient donner le ton du début de cette vacation. Blake et Mortimer sont également présents ainsi des pièces tirées d’Arno, la série réalisée avec Jacques Martin dont on fête le centenaire de la naissance (nous vous en reparlerons).

André Juillard : Louise à l’atelier, illustration originale réalisée en 2021, d’après "Le Cahier bleu" (Casterman)

Quant au second auteur à disposer ainsi de son catalogue, ce petit nouveau n’en est pas vraiment un, car cela fait très longtemps que l’on vante les mérites du travail de Matthieu Bonhomme dans les pages d’ActuaBD.

Voici d’ailleurs ce que l’intéressé explique à propos de cette partie de la vente qui lui est consacrée : « Il s’agit du premier catalogue de vente aux enchères dédié à mon travail avec Daniel Maghen, après deux expositions avec sa galerie. [...] Au tout début, je n’envisageais pas de vendre mes originaux, je gardais tout dans mes cartons à dessins. J’y étais trop attaché. Et puis, j’ai évolué. Aujourd’hui [...], c’est devenu quelque chose d’important pour moi. Chaque vente en galerie a donné lieu à une exposition qui est comme un repère dans mon travail, d’autant plus lorsqu’un catalogue en garde la trace, dans le cas de cette vente aux enchères. Je n’aime pas vendre mes dessins en direct, à la sauvette, sans qu’ils aient été accrochés et visibles par tous. Je prends énormément de plaisir à réaliser ces images et je m’investis beaucoup dans ce que je présente car j’aime le côté évènementiel de l’exposition et de la vente. C’est évidemment aussi une rentrée d’argent, des moyens supplémentaires, le confort surtout d’avoir plus de temps pour travailler sur mes albums, de ne pas être pressé. Cela me permet de choisir ce que je veux faire et de n’être pas contraint d’accepter n’importe quoi par nécessité. Au final vendre mes dessins, c’est plus de liberté dans mon travail et dans ma vie. »

Matthieu Bonhomme : pages de garde de "Wanted Lucky Luke"
© Lucky Comics 2021

Sans surprise, on retrouve dans ce catalogue les deux derniers grands succès de l’auteur : sa reprise de Lucky Luke et sa collaboration avec Fabien Nury sur Charlotte impératrice. Outre certaines planches emblématiques, les couvertures originales traduisent son souci de la composition et des couleurs. Les pages de garde de Wanted Lucky Luke sont autant un exercice de style qu’un formidable hommage à Morris. Sans oublier cette magnifique double-page de Charlotte impératrice dont nous vous avions déjà parlé, où la narration se mêle à la forme pour apporter encore plus de profondeur et d’émotion à la reconstitution. Puis certaines recréations mettent magnifiquement en avant son travail de mise en scène, sans oublier Le Marquis d’Anaon, sa série coréalisée avec Fabien Vehlmann.

Matthieu Bonhomme : couverture originale de "Wanted Lucky Luke"
© Lucky Comics 2021

Le catalogue général ne dépare pas la magnificence de ces deux talents. Sans surprise et toujours avec cette volonté de ne pas changer ce qui fonctionne, Maghen débute avec un florilège d’originaux de Rosinski, comme il l’avait fait il y a six mois et dans le prolongement du catalogue réservé spécialement à l’auteur polonais l’année dernière. Et toujours dans la veine de la précédente vacation, les planches de Thorgal et du Chninkel sont à nouveau suivies par celles de Blueberry, signées Jean Giraud, bien entendu.

Ce catalogue général se lit d’ailleurs comme une partition de musique : il n’y a aucune fausse note, chaque pièce est le prolongement de la précédente et fait le lien avec la suivante. Ainsi, après les quatre planches de Blueberry et les deux très belles aquarelles tirées de ce classique, on retrouve toute une série de pièces liées au western : une planche de Comanche par Hermann, une autre de Bouncer de Boucq bien entendu, la couverture du 18e Durango réalisée par Swolfs pour un album dessiné par Iko et qui sortira la semaine prochaine (nous vous en reparlerons également).

Giraud & Charlier : "Blueberry : L’Homme qui valait 500 000 Dollars" (T. 14), planche originale n°33, Dargaud, 1973

Décidé à ne pas relâcher l’attention des acheteurs, l’expert continue d’aligner les pièces de qualité : Hugo Pratt dont une très belle planche avec Corto et Cush, l’incontournable Gibrat, Ana Mirallès avec une odalisque ainsi qu’une planche torride de Djinn, sans oublier Vance qui devient un habitué du catalogue avec une nouvelle couverture de Ramiro suivie par quatre planches dont une dernière de Bruce J. Hawker.

Le thème de la marine se poursuit avec Riff Reb’s, Patrice Pellerin et Franck Bonnet, mais ce sont surtout les gouaches de Pierre Joubert qui attirent le regard, notamment la mythique couverture du Bracelet de Vermeil, le premier de la série des Prince Eric qui augura la célèbre collection des Signes de Piste. Une pièce muséale, sans aucun doute, ce qui explique son choix pour la couverture de ce catalogue.

Pierre Joubert : la couverture de la réédition du "Bracelet de Vermeil"

Impossible de concevoir à l’heure actuelle un catalogue digne de ce nom sans inclure la star des ventes en matière de bande dessinée, à savoir Hergé. Pour rivaliser avec le reste de la vente, on attendait sans doute une pièce plus emblématique de son œuvre, mais il faut reconnaître que ce crayonné de sa main en 1956 saura combler les amateurs : on retrouve toute la galerie de ses personnages principaux avec un dynamisme inégalable.

Franquin n’est pas oublié avec une belle planche de Modeste et Pompon, mais l’on sent que Maghen ne cherche pas à trop miser sur l’âge d’or belge, préférant se concentrer sur des talents plus contemporains, ou des artistes français qui n’ont pas eu l’occasion de suffisamment briller en vente aux enchères, comme Jean-Jacques Sempé avec un dessin qui bénéficie de toute la finesse, de l’humour et du don d’observation du cartooniste.

Sempé : Fête tahitienne

Ce dernier introduit d’ailleurs un chapitre plus poétique, avec des aquarelles de Gabrielle Vincent mettant en scène Ernest et Célestine, et des originaux de Michel Plessix. La fantaisie et l’humour prennent alors le pas avec Jean-Louis Mourier, puis surtout avec cette incroyable planche de Gotlib où Super-Dupont affronte Le Surfer d’argent : entre la parodie et l’hommage appuyé aux comics et à Mad Magazine, cette démonstration du génie de l’humour français rassemble les différents courants tout en préfigurant également la production actuelle, comme Captain Biceps de Tebo & Zep par exemple.

De L’Écho des Savanes à Métal Hurlant, il n’y a qu’un pas que l’expert saute allègrement pour arriver à l’une des pièces maîtresses de cette vacation : l’une des planches du court récit Ballade, réalisée en couleurs directes, ce qui n’était pas courant à l’époque. Nous sommes en 1977, juste après les premiers numéros de la revue au sein desquels Mœbius a déjà considérablement marqué les esprits avec Arzach ainsi que Le Major Fatal. Au sein de cette période sans doute la plus riche, déjantée et productive de l’auteur, Mœbius multiplie les fulgurances, faisant feu de tout bois.

Gotlib : planche originale n°9 de l’histoire "La Saga du patineur d’argent"

Ce court récit s’inscrit dans cette mouvance, alors qu’une jeune femme est attirée par un explorateur qui déclame un poème de Rimbaud. Au diapason de cette planche, tout le récit n’est qu’harmonie et plénitude, par le graphisme, la mise en page et les couleurs. Dans sa composition, cette frondaison d’arbres, la luxuriance végétale et la charme de son héroïne, cette séquence préfigure d’ailleurs un autre que Mœbius dessinera une dizaine d’années plus tard, au début du troisième tome du Jardin d’Edena, que beaucoup considèrent comme sa série la plus emblématique.

Cette planche en couleurs directes est complétée par deux cases originales en noir et blanc, que l’auteur a finalement retirées, jugeant sans doute les postures de son héroïne trop explicites alors que le ton du récit était plus poétique et contemplatif qu’érotique. L’ensemble ainsi constitué permet de profiter non seulement d’un superbe exemple du talent de Mœbius, mais également de suivre ses réflexions sur l’objectif de son récit.

Mœbius : planche originale n°2 de l’histoire "Ballade", un lot accompagné de deux cases inédites en noir et blanc.
La peinture de Druillet

Pour tenir le ton après Mœbius, il fallait disposer d’une autre référence en matière de science-fiction, et c’est Mézières qui relève ce défi avec une très belle planche de L’Ambassadeur des ombres (Valérian), suivi d’ailleurs par Rochette et son Transperceneige. Un train auquel Maghen en raccroche un autre, à savoir La Douce de François Schuiten et l’on sait comme les planches du maître bruxellois sont rares sur le marché. Après Poïvet, une superbe peinture inédite de Druillet vient clôturer ce chapitre des maîtres de la SF : même si la thématique est plus historique, la composition et les couleurs en font un superbe témoignage du travail de l’auteur de Salommbô et Lone Sloane.

Un des derniers chapitres de cette vacation est consacré à l’école de Marcinelle, avec Fournier et Schwartz pour Spirou, Lambil et Les Tuniques bleues, une belle illustration de Michetz (Kogaratsu) ainsi que Théodore Poussin par Le Gall bien entendu. Notons également une très belle planche d’Atom Agency (série malheureusement interrompue) qui est placée juste à côté d’une autre de Gil Jourdan par Tillieux, une référence au sein de laquelle s’inscrivait l’univers de Yann et Schwartz.

En écho au catalogue spécial érotique qu’il avait réalisé l’année dernière, Daniel Maghen clôture cette vacation avec les trois maîtres italiens du genre : Milo Manara avec entre autres une très belle et grande illustration au fusain et une planche de La Métamorphose de Lucius qui rappelle l’une des scènes majeures du Déclic T. 2, Crepax et une très belle planche aquatique de Valentina, ainsi que Serpieri avec son égérie Druuna. La couverture originale du premier tome de Marc Jaguar termine cette sélection, avec le noir et blanc racé d’Alex Varenne.

Milo Manara : Molly

Une fois de plus, Daniel Maghen a rassemblé en quatre-vingt lots un très beau panel des signatures les plus intéressantes et les plus cotées dans le genre, auxquels viennent s’ajouter les cinquante-sept pièces de Juillard et Bonhomme. Une vente que les collectionneurs suivront certainement avec attention !

(par Charles-Louis Detournay)

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Acheter le catalogue dédié à André Juillard et celui dédié à Matthieu Bonhomme.

Exposition publique à la galerie Daniel Maghen, les 9, 10, 12 et 13 novembre 2021.
Galerie Daniel Maghen (Entrée libre.)
36 rue du Louvre, 75001 Paris
Mardi 9, mercredi 10, vendredi 12 et samedi 13 novembre de 10h30 à 19h

VENTE AUX ENCHÈRES
Lundi 15 novembre 2021 à 18h (entrée libre, pass sanitaire obligatoire)
Maison de l’Amérique Latine
217 Boulevard Saint-Germain 75007 Paris.

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à contact@danielmaghenencheres.com ou déposer les ordres d’achat directement via le site internet
de la vente danielmaghen-encheres.com.

Pour participer à la vente par téléphone, ou pour enregistrer les ordres d’achat le jour de la vente : +33 (0)1 42 84 38 45 ou contact@danielmaghenencheres.com

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Logo de survol : Illustration d’André Juillard.

 
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