Coup de coeur de la Rentrée : "Charlotte impératrice" par Nury, Bonhomme & Merlet

31 août 2018 11 commentaires
  • Nouveau tandem détonnant d’auteurs (Nury-Bonhomme), pour un sujet aussi étonnant qu’explosif : les coulisses des cours d’Europe fin XIXe, dans le sillage de l’Impératrice Charlotte d’Autriche. L’incontournable de cette rentrée !

Ils sont tous deux talentueux, mais n’avaient jamais collaboré ensemble. Fabien Nury s’était déjà aventuré avec succès dans le destin de quelques grands personnages de l’Histoire : Il était une fois en France, La Mort de Staline, Mort au Tsar, L’Or et le Sang, Katanga, Silas Corey, Tyler Cross, etc.

Quant à Mathieu Bonhomme, il apprécie également les atmosphères historiques : Esteban, Texas Cowboys, Le Marquis d’Anaon, etc. Fallait-il que Thierry Robin parte pour la Chine afin que ces deux-là se rencontrent ? Quoiqu’il en soit, ils brossent ensemble l’étonnant portrait d’une impératrice dont on a souvent entendu parler, mais que l’on connaît finalement mal.

Coup de coeur de la Rentrée : "Charlotte impératrice" par Nury, Bonhomme & Merlet
Dès la première page, les auteurs prennent le lecteur par la main pour le placer dans les pas de Charlotte

Fille du premier Roi des Belges, Charlotte est jeune lorsque sa mère disparaît. Cette épreuve la dote d’un caractère bien trempé, et alors qu’elle est promise au futur roi du Portugal, elle lui préfère l’Archiduc Maximilien, frère de l’Empereur d’Autriche, et qui ne sera pas amené à régner. Si les premiers mois ressemblent à un conte de fée, les choses s’enveniment lorsque les Sardes soutenus par Napoléon III remportent une éclatante revanche à Solferino. Jugé responsable, Maximilien est assigné à résidence, avec sa cour, et donc sa femme.

Déprimé, il se laisse aller, jusqu’à sauter sur la première occasion pour quitter sa retraite forcée : devenir le premier empereur du Mexique. Il ignore que le pays traverse une profonde crise d’instabilité, et qu’en réalité, son frère et Napoléon III sont ravis de lui confier cette mission impossible. Contre toute attente, Charlotte va tout faire pour que son mari accepte…

Il ne faut que quelques pages pour comprendre que ce premier tome de Charlotte Impératrice est un véritable chef-d’œuvre. La première séquence introduit l’atmosphère du récit : on va se placer dans les coulisses des cours d’Europe, et même si Nury glisse une part de fiction, tout respire l’authenticité, et ce qui est dévoilé est passionnant.

Le dessin de Mathieu Bonhomme parvient à relever le défi de la mise en scène millimitrée de Nury : chaque cadrage est étudié pour apporter son lot d’informations, que cela soit dans les détails historiques, la position de la « caméra », les sentiments ressentis par les personnages, en particulier Charlotte qui bénéficie de superbes gros plans. Sans oublier les superbes couleurs d’Isabelle Merlet qui guide le regard du lecteur et soigne les atmosphères de chaque planche.

La seconde séquence (la rencontre entre Maximilien et Charlotte dont on retrouve un extrait ci-dessus) est tout simplement anthologique : le tempo est symphonique, l’action ne souffre d’aucune approximation, l’humour et les répliques sont exceptionnelles. Bref, en quelques pages, on s’est pris de passion pour le destin de ces deux têtes couronnées, et il devient impossible de lâcher l’album.

Incroyable double-planche qui rappelle le lâcher de mouchoir de "Mort au Tsar" !
Les auteurs guident le regard du lecteur, pour l’entraîner de l’euphorie de la célébration, à l’inquiétude contagieuse du clan Léopold.

Loin de l’humour noir distillé dans La Mort de Staline, Charlotte Impératrice dépasse ce précédent diptyque grâce au lien tissé entre le lecteur et son héroïne. Pas facile d’être fille de monarque au XIXe siècle, comme le témoigne les nombreux extraits de lettre utilisés par les auteurs. On vibre donc en découvrant les coulisses de la grande Histoire, grâce à une adaptation réalisée de main de maître par ces trois auteurs, Nury – Bonhomme – Merlet. Dans leur travail, rien n’est laissé au hasard, comme le destin de Charlotte lorsqu’elle se décide à le prendre en main.

L’incontournable de cette rentrée, à ne surtout pas rater !

Une attitude, une seule image, vaut mieux qu’un long discours

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

Commander Charlotte impératrice T1 par Nury & Bonhomme (Dargaud) chez Amazon ou à la FNAC

 
Participez à la discussion
11 Messages :
  • Hé bien ! Ça donne envie de se ruer dessus. Mais après de tels éloges, j’espère ne pas être déçu en l’achetant. Merci pour cet article. Mathieu Bonhomme est un des rares dessinateurs de cette génération que j’aime suivre. Depuis "L’âge de raison", puis "Texas Cowboys" et son "Lucky Luke" (même si y’aurait à redire)...

    Répondre à ce message

  • Excellent album, en effet ! Les deux auteurs se sont tous deux surpassés !

    Répondre à ce message

    • Répondu par Philippe Wurm le 1er septembre 2018 à  12:03 :

      Nonobstant les chefs-d’œuvre qu’ils ont déjà réalisés de leur côté, la réunion, dans ce livre, de Nury et Bonhomme fait penser à celle de Charlier qui trouve son Giraud. Comparaison n’est pas raison mais la solidité des deux auteurs nous promet une création magistrale du même ordre que celle de Blueberry en son temps. Et cela a de quoi nous réjouir profondément.

      Répondre à ce message

      • Répondu par kyle william le 1er septembre 2018 à  17:12 :

        Dans un style résolument "néo-classique" évidemment. Mathieu Bonhomme est un beau dessinateur. Et dans ce registre, il est infiniment moins pompier qu’un Marini par exemple… mais on pourrait aussi attendre aussi autre chose de la bande dessinée au XIXe siècle que de refaire un "Blueberry".

        Répondre à ce message

        • Répondu par kyle william le 2 septembre 2018 à  10:43 :

          Au XXIe siècle, je voulais dire.

          Répondre à ce message

  • Fin du dix-neuvième siècle, en maçonnerie, on utilisait, aussi couramment qu’on peut le voir dans cette planche, des parpaings de béton ?

    Répondre à ce message

    • Répondu le 1er septembre 2018 à  10:23 :

      Le parpaing date des années 1950. Des trophées de chasse dans une cuisine, au XIXème siècle, ce n’était pas trop une "idée déco".

      Répondre à ce message

  • La version N&B est magnifique.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Eric B. le 3 septembre 2018 à  21:05 :

      Bon ben, très beaux dessins, très belles planches mais on décroche vite. Trop de texte, peu d’action... Et pourtant j’adore ce dessinateur. Mais là, y’ pas d’accroche, l’album me tombe des mains. L’angle d’attaque n’est pas bon.

      Répondre à ce message

  • Hum, les serres de Laeken où se déroule la rencontre Maximilien-Charlotte ont été construites par Léopold II, càd au moins une dizaine d’années après leur rencontre et leur mariage... Ca et les parpaings notés plus haut, ça fait beaucoup d’erreurs anachroniques en si peu d’extraits ! Disons que ça me refroidit un peu malgré la critique élogieuse.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Piero le 9 septembre 2018 à  22:48 :

      Excellent album...
      et bonne surprise.
      c’est beau, fin, élégant, très bien écrit et magnifiquement mis en image.
      Bravo à ce duo d’auteur.

      Répondre à ce message