Crépuscule des Pères - par Sandrine Revel et Renaud Cojo - Ed. Les Arènes

  • "Crépuscule des Pères" est un ouvrage mêlant la fiction au récit d’un fait divers sordide survenu en 1969, l’un des premier à avoir été abusivement médiatisés en France. Un mélange hasardeux dont le thème est la séparation des enfants et la crise de la paternité.

Le fait divers en question a eu lieu en Gironde pendant l’hiver 1969. Il a durablement marqué la population française par son caractère dramatique et son issue fatale : André Fourquet, père de famille séparé de sa compagne, s’est vu retirer la garde de ses enfants. Avec l’accord de ces derniers, ils décidèrent de s’enfermer dans la ferme familiale en Gironde qui deviendra pendant une quinzaine de jours, le théâtre macabre où s’est déroulé « le drame de Cestas ». Thomas, un journaliste en instance de divorce apprend cette histoire au détour d’une brocante en tombant sur un vieux numéro de Paris Match. Elle fait cruellement écho à la sienne. Il va enquêter pour comprendre ce qui a pu conduire cet homme à commettre un acte aussi radical.

Crépuscule des Pères - par Sandrine Revel et Renaud Cojo - Ed. Les Arènes
© Cojo / Revel / Les Arènes

Dès les premières pages, les auteurs avertissent le lecteur : ils ne cautionnent en aucun cas les actes désespérés d’André Fourquet. Ils expliquent vouloir saisir les contours de cette ancienne histoire pour comprendre les mécanismes ayant mené à une situation aussi sordide. Leur but est aussi d’évoquer la détresse de ces pères qui souffrent des dysfonctionnements du système juridique actuel. En effet, les auteurs ont de l’empathie pour Fourquet, et malgré cet avertissement introductif, on ressent par moment un désir de justifier l’acte désespéré de cet homme.

Le personnage principal projette sa propre tragédie dans ce fait divers aux conséquences dramatiques, ce qui est il nous semble assez malsain. Le thème de la séparation et de la garde des enfants est ici traité à travers deux récits différents qui se déroulent à presque cinquante ans d’écart. Cependant, c’est avant tout le portrait de deux hommes, avec leurs névroses et leurs doutes. Le rôle et la présence des enfants est anecdotique, ce sont des personnages-fonctions dont on ne connaît pas vraiment les sentiments ni les envies, dans un cas comme pour l’autre.

© Cojo / Revel / Les Arènes

Le travail de la dessinatrice Sandrine Revel est appréciable. Nous relevons notamment un usage particulier des textures qui rend l’ensemble assez plaisant à lire. Les planches dont l’action se déroule en 1969 sont subtilement travaillées en niveaux de gris pour ne laisser ressortir que le bleu azur de l’uniforme des gendarmes. Nous retiendrons notamment la scène complètement lunaire avec le journaliste de Paris Match qui s’introduit dans la maison pour photographier le père et ses enfants.

Un ouvrage au sujet fort traité de façon parfois, nous semble-t-il, maladroite qui évoque une réalité passée pour mieux parler du présent, agrémenté d’un cahier documentaire fourni qui éclaire bien sur les circonstances du drame de Cestas.

(par François RISSEL)

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- Hey Jude !
- Résurgences
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- Sorcellerie et dépendances
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