Du Côté du Soleil Levant #2 : 20 ans de "One Piece" !

22 juillet 2017 1 commentaire
  • "One Piece", manga de la démesure et de tous les records, fête en ce jour son vingtième anniversaire. L'occasion de revenir sur ce titre qui passa de grand succès à phénomène pour devenir une institution au Japon !

Aujourd’hui One Piece fête ses 20 ans. C’est en effet dans le numéro 34 de 1997 du Weekly Shônen Jump, publié le 22 juillet [1], que les lecteurs japonais découvraient le premier chapitre du shônen manga d’Eiichiro Oda et des aventures de Monkey D Luffy, l’aspirant pirate, qui allait se lancer à l’assaut de Grandline, la mer la plus dangereuse du monde, afin de devenir le Roi des Pirates.

Au cours de cette vingtaine d’années, One Piece s’est imposé au Japon comme le plus grand succès de manga de tous les temps, avec des chiffres de ventes totalement vertigineux. À l’international, et en particulier en France, l’œuvre d’Eiichiro Oda s’est également révélée un immense succès, même si, au contraire du Japon, One Piece fut longtemps relégué à la seconde place, derrière son éternel rival Naruto… jusqu’à ce dernier se termine finalement en France fin 2016 (au Japon le célèbre ninja tira sa révérence fin 2014).

Dans ce nouveau « Du Côté du Soleil Levant » (DCSL), nous allons reprendre un peu l’historique du phénomène, au Japon et en France, puis nous aborderons les évènements liés aux 20 ans de la série, et nous terminerons enfin sur le développement artistique de l’œuvre, sur la manière dont elle s’est adaptée et légèrement transformée au fil des ans afin de capter de nouveaux lecteurs.

Du Côté du Soleil Levant #2 : 20 ans de "One Piece" !
Page couleur issue du tout premier chapitre de One Piece
© by ODA Eiichiro / Shueisha

Le phénomène éditorial

Nous sommes en 1997. Le magazine Weekly Shônen Jump voit ses ventes s’effondrer depuis deux ans, suite à l’arrêt de ses deux titres emblématiques des années 1990 : Dragon Ball et Slam Dunk. Elles sont en effet passées de plus de 6 millions d’exemplaires vendus (1995) à 3,5 millions (1997), et rien ne semble pouvoir arrêter cette chute...

L’histoire, bien connue et racontée de nombreuses fois cette dernière décennie, a vu le magazine être « sauvé » par l’arrivée de trois séries qui allaient le faire entrer dans un nouvel âge d’or : One Piece en 1997, Naruto qui fut publié de 1999 à 2014, et Bleach, de 2001 à 2016.

L’arrivée de One Piece marque en effet l’arrêt de la chute des ventes du magazine et leur stabilisation. Au Japon l’un des premiers temps forts du phénomène One Piece correspond au tome 27 (2003) avec un record de 2,63 millions d’exemplaires vendus au premier tirage. Un record qui sera battu quelques mois plus tard par Harry Potter et l’Ordre du phénix.

En France, One Piece débarque en 2000 aux éditions Glénat. Naruto arrive lui chez Kana en 2002 et Bleach en 2003, chez Glénat également. Si, au Japon, One Piece commence à prendre à cette époque le leadership de cette nouvelle génération, en France son destin va se révéler un peu différent.

En effet c’est Naruto qui « explose » chez nous, grâce à la diffusion de son adaptation animé dès 2006 (sur Game One puis rapidement sur NT1 et Cartoon Network) et à des sorties jeux vidéo régulières rencontrant un vif succès.

Bleach suit un peu la même trajectoire et One Piece reste à la traîne : seuls les 50 premiers épisodes de son animé ont été achetés à l’époque, tournant en boucle sur la chaîne Manga TV, en diffusion niche, au contraire de Naruto et de Bleach qui se popularisent rapidement auprès des plus jeunes.

En 2007 pour ses 10 ans, et avec 46 tomes, le nombre total de tome de One Piece vendus au Japon arrive déjà au chiffre impressionnant de 140 millions d’exemplaires. Masahiko Ibaraki, rédacteur en chef du Weekly Shônen Jump de 2003 à 2008, déclare à cette occasion que One Piece est la première raison de l’augmentation des ventes du magazine en onze ans.

Et c’est en 2009 avec la publication du tome 55 que l’œuvre d’Eiichiro Oda commence à entrer dans la légende en devenant le manga le plus vendu au Japon de tous les temps, devant Dragon Ball et Kochikame.

Le tome 57 écoula 1,6 million d’exemplaires la première semaine : un record !

Les années 2010 et 2011 marquent un tournant pour One Piece, aussi bien en France qu’au Japon, et correspondent au véritable début du « phénomène One Piece » tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Fin 2009, sort au Japon le premier film d’animation One Piece dans lequel s’investit Eiichiro Oda : Strong World. Si le film apparaît peu original pour les lecteurs historiques, il s’agit d’une excellente synthèse du manga. Parallèlement, ce dernier se trouve à un tournant de son récit avec la « Bataille de MarineFord » qui constitue le bouquet final de la première partie du manga, réalisée d’une main de maître.

Les résultats sont fulgurants : les semaines qui suivent la sortie de Strong World voient les ventes du manga s’emballer. Sur l’année 2010 One Piece vend 32 millions d’exemplaires, en 2011 presque 38 millions ! À cette époque le manga est déjà à une soixantaine de tomes et l’effet « rattrapage » des anciens tomes est sidérant ! [2]

One Piece devient le manga ayant vendu le plus rapidement 100 millions d’exemplaires (entre 2008 et 2012). En novembre 2013, pour la sortie du tome 72, la série dépasse la barre des 300 millions d’exemplaires au Japon - et 45 millions dans le reste du monde. Et le 15 juin 2015 One Piece entre officiellement dans le Guinness Book des records. L’œuvre d’Eiichiro Oda devient une institution au Japon avec des tomes qui se vendent aujourd’hui à 3 millions d’exemplaires chacun.

En France la situation évolue. Tout d’abord en 2008 : Kana achète les droits d’édition DVD de l’animé pour le monde francophone. Un nouveau doublage est réalisé et il n’y a plus de limite d’épisodes : Kana achète au fur et à mesure les nouvelles saisons.

Mais c’est en 2010 que tout s’accélère avec la diffusion de l’animé sur la TNT à une heure de grande écoute. MCM profite alors du succès grandissant de One Piece pour diffuser deux épisodes tous les soirs.

Sur les ventes du manga en France, le résultat est là aussi net : le tirage d’un tome passe de 100 000 à 2011 à 165 000 en 2012 [3] ! One Piece connaît ainsi un énorme bond de popularité en 2010 et 2011, et comme au Japon à la même période le manga enchaîne des records jamais vus. L’œuvre d’Eiichiro Oda voit son statut se transformer, passant de manga à succès en phénomène éditorial qui ne cessera plus d’être commenté et analysé.

Notons tout de même qu’en dépit de son statut « régénéré » en Occident, One Piece n’a jamais atteint la même popularité que Naruto durant son âge d’or. En effet le plus haut tirage d’un tome de One Piece en France est de 170 000 exemplaires, tandis que le tome de Naruto durant sa période la plus faste montait régulièrement à 250 000 exemplaires.

De même au niveau international, si on se réfère à MyAnimeList, le plus grand réseau social spécialisé en animé et en manga, Naruto compte à ce jour 229 834 lecteurs, Bleach 186 032 lecteurs et One Piece 174 112 lecteurs.

Aujourd’hui avec la fin de Naruto et de Bleach, mais aussi celle de Fairy Tail cet été au Japon, One Piece se trouve au sommet de sa popularité, sans rival sérieux, régnant en maître sur le monde du shônen manga.

Illustration officielle des 20 ans
© by ODA Eiichiro / Shueisha

Vingt ans de publication à fêter !

Cette année 2017 One Piece fête donc ses 20 ans. En France les éditions Glénat célèbrent cet événement avec une édition collector du tome 83 qui propose une jaquette spéciale rassemblant tout l’équipage de Luffy.

De plus à Japan Expo, le visiteur put profiter d’une animation spéciale, "Birthday Island", dont nous n’avons pas manqué de vous parler.

Au Japon bien entendu, les festivités prennent une tout autre ampleur. Tout d’abord le Weekly Shônen Jump propose tout le long de l’année, sur sa tranche et pour chaque numéro, une illustration d’une scène culte liée à un des héros. De plus quelques numéros proposent du contenu spécial comme des autocollants, un calendrier ou un tableau chronologique Sugoroku.

Par ailleurs, un compte twitter a été lancé en décembre dernier où les tantô -les éditeurs- d’Eiichiro Oda postent régulièrement pour communiquer autour de l’auteur et de l’anniversaire : https://twitter.com/Eiichiro_Staff. À la Tour de Tokyo, qui propose depuis 2015 un mini parc à thème consacré à One Piece, une galerie a été ajoutée, ONE PIECE Log Gallery, ainsi qu’un nouveau spectacle avec des personnages créés spécialement par Eiichiro Oda. Et à la fin de l’année, un livre consacré aux 20 ans de la saga du Chapeau de Paille est prévu au Japon.

Premier des trois numéros du magazine spécial anniversaire

Mais l’un des éléments les plus importants de cet anniversaire est sans conteste un magazine spécial en trois numéros, publiés le 7 juillet, le 4 août et le 1er septembre. Leur contenu fait évidemment la part belle à l’exceptionnel et ce sont Takahiro Habuta (second tantô de One Piece) et Akira Jean-Baptiste Hattori (sixième tantô de One Piece) qui en ont la charge.

Ainsi dans le premier numéro nous trouvons une nouvelle, en trois parties, écrite par Shou Hinata, qui retrace la vie de pirate de Portgas D Ace, le frère de Luffy tragiquement disparu. Mais également une longue interview du mangaka et des différents tantôs qui ont travaillé avec lui, un poster spécial en trois parties, une mini séquence dessinée par Oda sur « Si Sabo avait sauvé Ace », des illustrations d’invités, des storyboards, des croquis de personnages, un avis de recherche de Luffy et une mini BD « Oda et ses Assistants ». Ouf !

En plus de ces magazines spéciaux les numéros 33 et 34 du Weekly Shônen Jump de cette année proposent également un contenu exceptionnel.

Ainsi dans le numéro 33, sorti ce lundi 17 juillet, toutes les séries ont placé discrètement un chapeau de paille dans leur chapitre. Nous y trouvons aussi un one-shot dessiné par Shimabukuro Mitsutoshi, l’auteur de Toriko, qui revient sur son amitié avec Oda, tous les deux ayant débutés en même temps dans le Jump, ainsi qu’un message du mangaka [4] :

« Alors, toi, quel âge as-tu maintenant ? Tu étais né il y a 20 ans ?
Luffy, qui avait 17 ans à l’époque, a lui aussi pris 20 ans, et maintenant il a 19 ans...
Hum ? Est-ce que tu sais que Luffy a reçu son chapeau de paille de « cette » personne ?
Luffy, au départ, a pris la mer seul. Il n’avait pas encore de compagnons.
Montrer le passé des personnages, voir d’où ils viennent, et voir ce qu’ils deviennent dans le futur, permet de créer un lien entre les lecteurs et les personnages. C’est comme si les personnages de One Piece étaient des amis d’enfance et qu’on les voyait grandir.
Luffy, depuis qu’il est enfant n’est pas très doué pour mentir. Ou alors, c’était un pleurnicheur. C’est devenu un adulte. Ou alors il ne change pas. Et Zoro... Et Nami...
Je ressens que c’est grâce au fait qu’on suit attentivement l’évolution des personnages (qu’ils grandissent, deviennent des adultes) qu’un lien profond s’est créé entre vous et la bande à Luffy.
Je terminerais One Piece, c’est sûr. Et je serais très heureux si vous me suivez dans cette aventure jusqu’à la fin.
Merci de me soutenir depuis 20 ans. Pour encore un peu de temps, je compte sur vous.
 »

Enfin parmi la multitude d’annonces, comme un nouveau jeu vidéo, un nouveau téléfilm animé, un nouveau spectacle de Kabuki, un partenariat avec la ville de Kyoto (pour un événement sur le pays imaginaire de Wano en octobre), l’officialisation d’un One Piece Day (le 22 juillet) par la Japan Anniversary Association, une présence de Luffy sur toutes les couvertures des 28 magazines édités par Shueisha, et d’autres à venir, la plus fracassante reste l’annonce d’une série TV live produite par le studio hollywoodien Tomorrow Studios !

Une annonce que chacun accueillera à sa façon. Il s’agit, précisons-le, d’un partenariat entre le producteur Marty Adelstein (Prison Break, Teen Wolf) et ITV Studios. Et Tomorrow Studios a déjà une autre célèbre série japonaise en cours de préparation, elle-aussi sous forme de série TV live : Cowboy Bebop !

Un récit à la force tranquille, capable de changer sans vraiment en avoir l’air

Enfonçons une porte ouverte : One Piece est une série-fleuve. Elle est publiée depuis 20 ans, compte à ce jour 872 chapitres et 85 tomes reliés, et ce n’est pas encore fini, même si nous nous acheminons doucement mais sûrement vers la dernière partie.

Par une sorte de tradition, Eiichiro Oda ou ses éditeurs indiquent aux lecteurs tous les 3 ou 4 ans un état d’avancement de l’histoire. Un chiffrage à prendre avec toutes les précautions d’usage car entre deux annonces son évolution ne progresse souvent pas tant que ça. Ainsi en juillet 2016, il a été annoncé que One Piece était arrivé à 65%... et en 2012, c’était "60%" qui avait été avancé. Nous serons au moins d’accord sur le fait que plus de la moitié de l’histoire prévue par le mangaka a été dessinée !

Comment Eiichiro Oda s’y prend-il pour maintenir l’intérêt et recruter de nouveaux lecteurs alors que plus une œuvre est longue, plus elle rebute le lecteur en général ? Au-delà des considérations un peu passe-partout sur la « qualité » de l’œuvre, certaines structures et certains choix artistiques nous semblent participer de façon clé au maintien de l’intérêt de One Piece.

Tout d’abord sa construction narrative à la fois simple et souple, tout comme ses enjeux, permettent de jouer sur la longueur tout en donnant le sentiment aux lecteurs d’avancer. Ainsi, le but du héros est de devenir le Roi des Pirates. Pour cela, il doit trouver un trésor légendaire, le One Piece, qui se trouve sur une certaine île, qui elle-même se trouverait au bout d’une mer particulière : Grandline.

Le tome 12 : "La légende est en marche"

La première partie des aventures de nos héros s’est déroulée dans une des quatre mers « régionales » de ce monde imaginaire, Eastblue. C’est au tome 12 que la bande à Luffy quitte Eastblue et entre dans Grandline. Cette dernière a la particularité de faire le tour du monde mais ne peut être presque traversée que dans un seul sens : nous avons donc une entrée officielle et une destination finale dont la nature reste aujourd’hui encore entourée de mystères.

Ainsi depuis plus de 70 tomes, nos héros naviguent sur Grandline, allant d’île en île, qui se révèlent autant de lieux d’aventures, proposant à chaque fois un arc narratif plus ou moins long, impactant plus ou moins les diverses intrigues générales qui n’ont cessé de croire et de se complexifier au fil des années.

Ce parcours est balisé par des escales et des îles annoncées, parfois très longtemps, à l’avance, et même par un « mi-parcours de Grandline », la fameuse île des Hommes-Poissons, évoquée dès l’époque d’Eastblue et atteinte par nos héros au tome 62 !

C’est ce voyage relativement balisé, avec une destination finale connue, du moins symboliquement, et un certain nombre de « check points », qui permet de mesurer une progression formelle mais aussi un déroulement en termes de promesses faites au lecteur, et donc tenues par le mangaka. Ainsi se construit un véritable sentiment d’avancement et non la simple idée que l’auteur étire artificiellement son récit... du moins pas trop !

One Piece constitue donc véritablement un grand récit de voyage. Cependant, même si chaque escale est l’occasion de découvrir un nouvel univers, peuplé de nouveaux amis et ennemis, il y a un historique à « gérer ».

Illustration du chapitre 598 qui marque le nouveau départ des héros en 2010
© by ODA Eiichiro / Shueisha

Pour cela c’est la méthode traditionnelle du genre « shônen manga » qui a été utilisée : une ellipse de deux ans. Ainsi au moment où nos héros arrivent à mi-parcours de Grandline, après une grande bataille épique, au tome 60, One Piece redémarre avec de nouveaux designs pour ses héros et un âge d’aventure tout neuf ou presque.

Ce « renouveau » débute en 2010, la fameuse année où comme nous l’avons évoqué plus haut un tout nouveau lectorat, aussi bien en France qu’au Japon, arrive sur le titre. Dans les faits, Luffy et sa bande s’apprêtent à entrer à ce moment-là dans la seconde partie de Grandline, au nom évocateur de « Nouveau Monde », avec un personnel en partie régénéré et avec une nouvelle dynamique.

En effet, que ce soit du côté de la Marine ou des Capitaines Corsaires, antagonistes privilégiés de la série, nous assistons à un certain nombre de départs et d’arrivées de nouvelles têtes. Du côté de l’aventure, pour le lecteur c’est aussi le lancement d’un temps fort longtemps attendu : celui où les héros vont enfin être confrontés aux légendaires Empereurs Pirates régnant sur le Nouveau Monde, évoqués pour la première fois en 2006... Même si la réelle entrée en manière de ces derniers ne se fera qu’à partir de l’année 2015 dans le récit !

« Pire Génération »

On le voit, Eiichiro Oda sait ménager ses effets, en partie grâce à sa structure qui assure une certaine « stabilité » à son récit. Cet aspect apparaît comme un élément rassurant pour le lecteur, tout en permettant à l’auteur une certaine souplesse : on connaît la route, certaines étapes, mais comme tout voyage il y a celles qui ne sont pas planifiées.

Cependant One Piece a bénéficié d’une autre bonne idée, soufflée à Eiichiro Oda par un de ses éditeurs : celle de la création de la « Pire des Générations » : une dizaine de pirates, avec leur équipage, de la même génération que nos héros, qui arrivent en même temps au fameux « mi-parcours » de Grandline, et qui ont le même but : se faire un nom dans le Nouveau Monde !

La "Pire Génération"
© by ODA Eiichiro / Shueisha

Ces personnages sont rapidement devenus populaires, en particulier auprès du nouveau lectorat, qui a pu facilement s’identifier à ces « nouveaux » venus (comme eux) dans One Piece. Surtout, depuis l’entrée dans le Nouveau Monde, ils sont devenus incontournables et omniprésents, à travers des jeux d’alliance dont l’objectif est de faire tomber les fameux Empereurs Pirates. Il s’agit sans aucun doute d’un élément essentiel, avec l’ellipse, qui a permis à One Piece de conserver une certaine fraîcheur, sous la forme d’une porte d’entrée symbolique et narrative offerte au nouveau lecteur.

Cependant ces évolutions ne se sont pas faites sans un certain prix à payer. En effet, comme toute série-fleuve, en dépit d’avoir une quête claire, certains enjeux narratifs ont évolué depuis 2010. Les thèmes principaux de l’œuvre, l’aventure et les rêves, ont glissé doucement vers des intrigues de guerre de type géopolitique. Si les îles constituent toujours un élément suscitant émerveillement et dépaysement, il est désormais moins question d’aventures dans un lieu exotique que de plans et d’alliances, en vue de préparer la chute des pirates maîtres du Nouveau Monde.

En ce sens le récit met désormais moins l’accent sur les prouesses de ses héros que sur la gestion d’un personnel, mais aussi de situations, toujours plus nombreux et complexes, où les grandes mêlées et les événements simultanées sont devenus prédominants. Grande conséquence : le temps d’activité visible d’un personnage devient bref, ne dépassant plus guère les quelques pages consécutives, tant il y a de personnages et de situations à gérer et à faire tourner. Un nombre important de personnages secondaires ne servent alors qu’à « incarner » et à « remplir » des fonctions et des lieux qui se doivent d’être le plus « grouillants » possible.

D’une certaine façon, One Piece est devenu aujourd’hui démesuré dans tous les sens du terme !

Reparti pour dix ans ?

Avec ses vingt ans, l’âge de la majorité au Japon, le manga d’Eiichiro Oda passe sans aucun doute un cap, avec d’un côté le début de la confrontation avec ses antagonistes ultimes, les Empereurs Pirates et, de l’autre, la reconnaissance d’un savoir-faire dans la création d’univers et de personnages qui fait référence.

Un anniversaire qui récompense également une gestion particulièrement efficace et maîtrisée d’un récit-fleuve, qui a su passer avec succès toutes les étapes clés d’une longévité exceptionnelle, maintenant une cohérence de forme et de fond étonnante pour une œuvre soumise au diktat de la prépublication hebdomadaire.

Ne reste alors qu’une question incontournable : encore combien d’années de One Piece ? À suivre !

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Du Côté du Soleil Levant :
- DCSL #0 : Meilleures ventes manga au Japon - Premier semestre 2017
- DCSL #1 : le difficile renouvellement du Weekly Shonen Jump

[1Certaines librairies proposent parfois à l’avance magazines et livres, et c’est ce qui est arrivé pour ce numéro de Jump qui fut proposé dans certains points le 19 juillet, ce qui explique que parfois cette date se trouve utilisée à tort comme première publication de One Piece.

[2Ventes par année de One Piece au Japon :
- 2009 : 14 721 241 exemplaires
- 2010 : 32 343 809 exemplaires
- 2011 : 37 996 373 exemplaires
- 2012 : 23 464 866 exemplaires
- 2013 : 18 151 599 exemplaires
- 2014 : 11 885 957 exemplaires
- 2015 : 14 102 521 exemplaires
- 2016 : 12 314 326 exemplaires

[3L’évolution du tirage moyen d’un tome de One Piece en France :
- 2004 : 25 000 exemplaires,
- 2005 : 50 000 exemplaires,
- 2006 : 60 000 exemplaires,
- 2007 : 65 000 exemplaires,
- 2008 : 72 000 exemplaires,
- 2009 : 80 000 exemplaires,
- 2010 : 95 000 exemplaires,
- 2011 : 100 000 exemplaires,
- 2012 : 165 000 exemplaires,
- 2013 : 170 000 exemplaires,
- 2014 : 165 000 exemplaires,
- 2015 : 170 000 exemplaires,
- 2016 : 145 000 exemplaires.

[4Traduction par MangaMagJapon.

 
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