"Gorgonzola" (L’Égouttoir) : un fanzine qui dure

9 août 2019 1 commentaire
  • Né il y a presque quinze ans, le fanzine des Éditions l'Égouttoir, est l'un des rares à avoir su durer en associant bandes dessinées, critiques et entretiens. Son vingt-quatrième numéro, sorti en janvier 2019, ne déroge pas à sa ligne : de nombreux auteurs invités ainsi qu'un copieux dossier sur la bande dessinée croate contemporaine immergent rapidement le lecteur dans la bande dessinée alternative.

Gorgonzola est un fanzine « pounk » - comme l’écrivait son maître d’œuvre Maël Rannou au moment de son lancement - qui connaît une exceptionnelle longévité. Il fêtera en octobre ses quinze ans et a attiré des dizaines d’autrices et auteurs de France et d’ailleurs en ayant su se renouveler, adoptant un profil de plus en plus professionnel tout en conservant son esprit artisanal des débuts.

"Gorgonzola" (L'Égouttoir) : un fanzine qui dure
Couverture de Gorgonzola #01 © Mickaël Roux / L’Égouttoir 2004

Son premier numéro a été photocopié et plié en octobre 2004. Il faisait vingt pages et ne coûtait qu’un euro. Un fanzine ficelé de bric et de broc, avec un côté un peu « à l’ancienne » - il ne faut cependant pas remonter au-delà des années 1970 - comme Maël Rannou l’affectionne. C’est le premier d’une série de treize numéros dans la formule d’origine, qui dure jusqu’en décembre 2007 : une vingtaine puis une quarantaine de pages (à partir du numéro 8) sous une couverture rigide, le tout en noir et blanc. Nous y trouvons des auteurs qui sont encore au sommaire aujourd’hui, comme El Chico Solo ou Docteur C. [1].

À partir du quatorzième numéro, daté d’octobre 2008, Gorgonzola prend de l’ampleur. La couverture devient souple mais en couleurs. La pagination augmente nettement, passant à plus de 140 pages. Et le fanzine n’est plus photocopié mais imprimé, ce qui lui confère un aspect très proche des revues portée par des éditeurs ayant davantage de moyens. Les bases restent cependant identiques : des bandes dessinées, des illustrations, des entretiens, des textes critiques, dont une partie est regroupée dans un dossier thématique à partir du numéro 16, écrits et dessinés par des auteurs venus de divers horizons, de l’Amérique latine à l’Europe scandinave.

Extrait de Gorgonzola #24 © Florian Huet / L’Égouttoir 2019

Le meneur de cette entreprise au long cours est Maël Rannou. Nul autre que lui, certes accompagné de quelques-uns dont son frère Gwendal, n’aurait eu assez de ténacité pour parvenir à allier longévité et qualité. Éditeur et auteur, bibliothécaire et écologiste, polyamoureux hyperactif passionné et poilu - nous dressons ce portrait après avoir lu ses « ego-zines » - que nous pouvons rencontrer aussi bien en festival que dans les colonnes des Cahiers de la BD ou de du9.org, Maël Rannou semble infatigable. Il est à n’en pas douter l’un des meilleurs connaisseurs français de la bande dessinée alternative et du fanzinat, mais maîtrise aussi les classiques. Évidemment, tout cela ne l’a guère rendu riche. Mais il continuera quoi qu’il arrive.

La preuve avec le dernier numéro en date de Gorgonzola, paru en janvier de cette année. Maël Rannou a d’abord eu la sagesse de confier la maquette à David Amram, donnant au fanzine un coup de jeune offrant un meilleur confort de lecture. Il a ensuite proposé la couverture et la quatrième respectivement à Léo-Louis Honoré et Cléry Dubourg, deux des piliers des Éditions Les Machines, montrant ainsi que les micro-éditeurs sont davantage partenaires que concurrents. Et il a fait appel à des auteurs habitués de Gorgonzola, comme L.L. de Mars, Alex Chauvel, Jean-Luc Coudray ou Stanislas Gros, ou de sa maison d’édition L’Égouttoir, comme Florian Huet et Léo Duquesne.

Enfin, il a pensé le dossier central, cette fois-ci consacré à la bande dessinée croate contemporaine. Né d’une rencontre avec Stipan Tadić et d’un voyage, ce faux thème - Maël Rannou admet qu’une nationalité ne fait pas un sujet en bande dessinée mais forme plutôt un prétexte à découvertes - s’avère d’une grande richesse, surtout pour ceux qui ne connaissent par la revue Komikaze. Car si quelques rares auteurs croates ont été édités en France, dont Miroslav Sekulic-Struja chez Actes Sud et Igor Hofbauer chez L’Association, la plupart demeurent inconnus. Une anthologie, accompagnée de deux textes à vocation plutôt historique, qui est donc bienvenue.

Gorgonzola est une valeur sûre du fanzinat, dont l’aspect professionnel en fait un titre proche d’une revue. Régulièrement nommée à Angoulême pour le Fauve de la bande dessinée alternative, elle recevra peut-être un jour ce prix. Mais, même si ce n’est pas le cas, nous sommes certains que sa vie se poursuivra.

© Léo-Louis Honoré / L’Égouttoir 2019
© Cléry Dubourg / L’Égouttoir 2019

(par Frédéric HOJLO)

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Gorgonzola #24 - L’Égouttoir - maquette de David Amram - traductions de l’anglais par Glotz, de l’espagnol par Claire Latxague & du croate par Dinko Kreho - lettrages par Yvang - format A5 - 162 pages en noir & blanc - couverture souple - parution en janvier 2019.

Autrices & auteurs présents au sommaire :
- couverture de Léo-Louis Honoré & Cléry Dubourg,
- dossier sur la bande dessinée croate avec Matko Vladanović, Dinko Kreho, Danijel Žeželj, Damir Steinfl, Ena Jurov, Ivana Armanini, Stipan Tadić, Marko Dejška, Vinko Barić & Helena Janečič,
- dessins & bandes dessinées d’El Chico Solo, Ernan Cirianni, Imagex, Germán Genga, Jack Exily, Léo Duquesne, Florian Huet, David Amram, L.L. de Mars, Guy Boutin, Vincent Lefèbvre, Alex Chauvel, Yvang, Jean-Luc Coudray, Cléry Dubourg, Stanislas Gros & Docteur C.

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[1On peut même trouver à cette époque des pages de Laurent Colonnier, connu des lecteurs d’ActuaBD pour ses commentaires aussi aimables que fréquents.

 
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