Hermann, Grand Prix d’Angoulême 2016 : Le Belge qui ne plaisait pas à tout le monde (2/2)

13 février 2016 32 commentaires
  • Après des débuts tonitruants au Lombard où Greg renouvèle substantiellement l'esprit "boy-scout" de la presse des jeunes pour offrir un journal aux thèmes et aux graphismes plus contemporains et plus diversifiés, Hermann entre dans une nouvelle ère. Il profite d'un passage dans un nouvel hebdomadaire, Super As, pour prendre lui-même le contrôle du scénario et créer de nouveaux albums, plus libres.
Hermann, Grand Prix d'Angoulême 2016 : Le Belge qui ne plaisait pas à tout le monde (2/2)
Les Tours du Bois-Maury, chez Glénat.

Au mitan des années 1970, la bande dessinée franco-belge traditionnelle perd de sa superbe. Le magazine Super As ressemble à une résistance, du bon gros classique pur et dur qui lutterait contre la nouvelle bande dessinée. Ho, voilà bien un raccourci qu’il faut envisager avec prudence. Justement grâce à des personnalités comme Hermann...

Sous les apparences d’une bande dessinée classique, ils sont plusieurs à s’emparer de sujets nouveaux ; l’humeur de l’époque ne peut que déteindre sur tous les artistes (ou les artisans comme Hermann se plaît à le rappeler souvent), ils ne sont pas isolés du monde. Hermann, peut-être parce qu’il sera désormais très productif va passer d’un monde à l’autre. Quels mondes ?, me direz-vous. Eh bien, de celui des personnages-rois à celui des auteurs-rois.

Suivant l’exemple de Giraud, Hermann va lui aussi changer de statut, ce ne sera pas le cas de Graton par exemple. On attend désormais le prochain Hermann, alors que jusque-là, on attendait le nouveau Bernard Prince ou le nouveau Comanche. Hermann est un chaînon, un transfuge et il poursuivra son parcours artistique en étant éminemment réactif, sensible à l’air du temps mais sans compromission aucune, c’est pas son genre. Il n’est pas considéré comme un auteur à la pointe, comme le sont Tardi , Bilal ou Bourgeon, pourtant Hermann est bien présent à plusieurs de ces moments-clés , ces étapes essentielles dans l’évolution du média.

Hermann dans la collection Aire Libre, chez Dupuis : Missié Vandisandi

La BD historique 2G

Jacques Martin a inventé une certaine forme de bande dessinée historique. Grâce aux éditions Glénat, Hermann sera avec Bourgeon et Juillard un de ces auteurs qui, dans les années 1980, vont perpétuer et transformer le genre. Bois-Maury est un roman graphique mais personne ne le sait. Les dix premiers tomes, ce sont dix chapitres d’une quête de 500 pages . Hermann va montrer encore une fois l’humain dans sa geste la moins glorieuse, la plus triviale. On sera à nouveau dans la boue, la terre, la caillasse. Le peuple, les nobles, les chevaliers, les guerriers, les paysans,... tous se méfient de tous. Une quête, une épopée.

La cinquantaine est arrivée, bien entamée, Hermann est une machine à faire de la bande dessinée. Chaque année verra au moins deux livres paraître, quelquefois trois. On lui reprochera parfois ce rythme. Ses plus virulents détracteurs en profiteront pour railler cette création métronomique douteuse. En oubliant que la plupart des auteurs n’ont jamais fait autre chose : ils doivent très souvent suivre un rythme d’enfer. Hermann s’en accommode fort bien ; plus encore, il en fait un mode de vie.

« Road-bédé »

Peut-être que les hasards éditoriaux l’ont placé là ; peut-être qu’en fait , Hermann était aussi taillé pour animer une série à l’italienne, ou à l’américaine. C’est-à-dire à un rythme effréné, mensuel. C’est vrai que Jeremiah a ce petit goût pulp ; un côté Tex Willer, ces séries reprises depuis des décennies par différents auteurs, presque les mêmes histoires mais pas tout à fait les mêmes histoires. Jeremiah correspond assez bien à cette humeur ; Hermann n’a pas de panne d’inspiration, les albums se suivent. Il plonge son personnage dans de nouvelles aventures, c’est encore une quête, un road-movie, une road-bédé empruntant là encore aux codes du cinéma de genre, le précédant ou leur étant contemporain. Il y a du Mad Max, du cinoche avec des morts-vivants, des villes-fantômes ou autres freaks perdus dans une Amérique dévastée...

Récits auto-conclusifs

À noter que ses séries, Bernard Prince ou Comanche ont fait l’objet de tentatives de reprise. Sans grand succès, d’ailleurs. On n’était pas loin de l’erreur de casting : même si rien n’a été déshonorant, rien n’a scintillé non plus. Des coups dans l’eau en définitive. Il n’a pas un dessin interchangeable, on vous le dit !

Hermann dans la collection "Signé", au Lombard : Caatinga

Depuis les années 1980, encore une fois, Hermann, contrairement à pas mal de ses collègues de la même génération va essayer des choses. Sans lâcher sa série annuelle, il va, chaque année, travailler sur des one-shots. Des « un-coup » plutôt, qui ne sont pas considérés comme des romans graphiques pour des raisons que peu de gens pourraient définir avec précision (format ? cartonné couleurs ? pagination ? ), mais pourtant on est bien là dans des récits auto-conclusifs (je tenais à placer ce terme-là, j’adore sa fatuité). Des récits où Hermann s’empare d’un sujet et en tire un récit juteux, dense. Tout ne sera pas du même niveau, tant pis, ce qui compte c’est raconter. Et là, luxe suprême, Hermann va faire alterner ses éditeurs : il ira (seul ou avec Yves H.) dans les deux collections “de prestige” de ses éditeurs historiques, Signé chez Lombard et Aire Libre chez Dupuis, qui ouvrira le ban.

L’album Monsieur Vandisandi parle du Congo belge. Cet album est important dans sa carrière. Il me semble qu’un auteur se définit par l’approche qu’il a de son métier, sa manière de redéfinir perpétuellement son propre statut. Il mènera de front des séries pures et dures, et puis, en plus de ça, se permettra des récits divers... Mine de rien, c’est une démarche risquée : on ne sort pas si facilement d’une série, c’est rassurant une série, c’est douillet. Sans ces one-shots, on ne serait pas au tome 34 de Jeremiah mais au moins au tome 54 !

Or donc, à plus de 60 ans, quand pas mal d’auteurs s’apaisent, on dirait qu’il se passe l’inverse chez lui : il se lâche, il devient de plus en plus lui-même, se diversifie sans cesse, voyage dans ses albums. C’est assez remarquable. La curiosité est un état d’esprit, une ouverture au monde. Il l’observe ce monde, se nourrit de l’actualité ou de l’histoire, et a des choses à en dire.

Sans doute l’oeuvre d’Hermann la plus liée à l’actualité : Sarajevo Tango (Aire Libre, Dupuis), ici dans sa traduction allemande chez Carlsen.

Il accompagne ces récits de changements techniques majeurs ; car on n’a pas encore insisté sur cet aspect mais Hermann est un graphiste. Rappelons au passage l’importance de sa collaboration avec Fraymond sur la série Jeremiah, son apport fut considérable. Il faut aller revoir le travail pour le Jeremiah tome 9 : Un Hiver de clown pour comprendre. Hermann est un ogre de travail, et j’ai tendance à croire qu’il a pris à Fraymond comme il était allé prendre chez Greg une part de technique pour pouvoir ensuite se l’approprier et imprimer sa marque.

Mister Hermann et Docteur Huppen

Il fut très vite un grand du noir et blanc, un maître du pinceau dès les premières années ? Ça n’avait pas échappé à Jean Giraud, ils s’admiraient mutuellement. Il est passé au rotring, à la plume, à la couleur directe... Un seul mot d’ordre : ne jamais s’emmerder. Chacun de ces one-shots aura sa couleur, son ton, son intention. Il ne sera plus seul dans ces “pas de côté”. Son fils, désormais, a embarqué dans le périple hermanien . On imagine sans peine que le découpage reste l’affaire en grande partie de Hermann lui-même , Yves H. apportant une moisson d’idées et probablement une culture plus fraîche, un regard neuf qui rejoignent les obsessions du paternel.

Le western sera revisité plusieurs fois ; Hermann est un cow-boy dans l’âme. Il y aura aussi un livre avec Jean Van Hamme lui-même, histoire encore d’essayer autre chose. Tous ces albums portent sa marque. Car si les sujets sont divers, les lieux différents, les points communs apparaissent, évidents. One-shots ou séries, c’est toujours du Hermann . Les cent et quelques albums forment en quelque sorte une fresque.

Derrière Hermann

Mon pote André Geerts avait eu une formule assez rude mais que j’ai trouvée pertinente : il disait de Hermann qu’il était « un dessinateur de culs ». Il dessine en effet souvent des culs, des personnes à hauteur de cul. Des culs d’hommes, de femmes, de chevaux ou de bovins. Il place régulièrement sa caméra (pardon pour ce poncif), à hauteur de cul en effet, les gens de dos.

Le cul, la saleté, le corps... , ce n’est pas anodin. Outre le fait que cela permet un plan intéressant, il est dans le médian, la moitié du corps, mais aussi appareil génital, la trivialité. Les jambes souvent écartées, arquées, les bottes dans les cailloux du Wyoming, les pieds dans la boue médiévale, les godasses dans la poussière du désert de l’après-bombe ou enfoncées dans toutes les neiges ou les sables du monde...

Hermann aussi est un “dessinateur-météorologique” : dans ses histoires on a chaud, froid, on se les gèle, y a du vent , bise ou sirocco, on n’est jamais à l’abri. La vie, c’est être en danger de mort.

Hermann , qualifié à tort de misanthrope (on y revient plus loin) est au contraire un amoureux des humains, même s’il les considère comme des sales bêtes. Il aime les corps. Il aime le corps.

A hauteur de cul,...
(c) Hermann

Chorégraphe

Baru a souvent évoqué qu’il trouvait son principal intérêt dans la chorégraphie de ses pages . Elles sont des mises en scènes où les personnages s’élancent, s’étirent, se penchent, courent, se frappent, dansent littéralement. Comment n’avoir pas décelé cela également chez Hermann ?

On ressent le plaisir à trouver l’attitude juste, parfois théâtrale, parfois hyper-naturelle, qui sont comme la résultante d’éprouvantes séances de croquis. Non, c’est pourtant la seule mémoire qui le lui permet. On est bien dans un ballet , Hermann virevolte et fait virevolter, il anime l’espace. Il utilise le langage de la bande dessinée avec cette option spectaculaire. Comme Jijé dans Jerry Spring, comme Giraud dans Blueberry, l’intention de Hermann est bien dans cette volonté de retranscrire le mouvement, le bruit, le son, la lumière : ces réminiscences cinématographiques qu’il faut réinventer pour qu’elles soient réussies. Ils sont nombreux les dessinateurs réalistes à vouloir transposer cette sensation de véracité, de vérité. Ces dessinateurs reconnaissent tous l’importance de Hermann.

Ils l’ont bien regardé , ces auteurs qui l’ont parfois dépassé en notoriété ou en succès public. il a fait quelques émules. Hermann est, avec Giraud, un modèle pour pas mal de dessinateurs.

Polémique

Hermann, Grand Prix d’Angoulême 2016, a énervé pas mal. Sans revenir sur les couacs de l’organisation, soyons charitables, l’erreur est humaine, l’apparition de son nom a suscité rejet et dégoût chez beaucoup. Cela ne m’a étonné qu’à moitié : ce n’est pas que je la sentais venir, cette animosité, mais certains signes ne trompent pas. Tentons de formuler, de verbaliser ce sentiment pour peut-être mieux comprendre cette mauvaise humeur de certains. Après tout, elle n’est pas feinte, mais aussi parfaitement injuste sur certains points.

Il me semble avoir décelé un élément important : la belgitude d’Hermann. Opposée à l’humeur (on ne peut pas dire générale ce serait abuser) qui émane de la majorité des auteurs français, Hermann est moins « politiquement correct. » Il n’est pas dans ce courant humaniste, il serait un brin plus sévère, plus rustre voire fruste.

En fait, il semblerait qu’on ne lui pardonne pas un mot concernant la peine de mort. C’est assez effrayant de se voir mis au ban d’une certaine société à cause d’un malentendu : il s’en est expliqué, mais trop tard, le mal était fait. Passons, je ne veux pas me faire d’ennemis, j’essaie juste de comprendre.

Une certaine misanthropie... humaniste !
(c) Hermann & Mosquito

Hermann misanthrope ?

Alors, sans doute que ceux qui ne sont pas d’accord avec ses opinions (au fait, lesquelles ?) doivent associer sa rugosité d’esprit à son graphisme à l’ancienne, on va probablement schématiser en disant qu’un gars qui dessine des culs et des sales gueules est un sauvage qui n’aime pas les gens. Donc c’est un facho, pardi !

Je suis pas avocat mais que reproche-t-on à mon client ? D’être franc du collier et de ne pas mâcher ses mots ? Il me semble qu’on lui ait petit à petit fabriqué un avatar loin de la réalité. Clint Eastwood, lui, est arrivé à inverser l’image que les gens avaient de lui .

Allons plus loin : c’est ce regard impitoyable et pourquoi pas, oui, une forme de misanthropie qui vont être le moteur, le carburant de l’artiste . Mon raisonnement ne tient qu’à moitié puisque je ne pense pas qu’Hermann soit ce monstre d’inhumanité. Il a des coups de gueule, des coups de cœur, il s’émeut du sort de certains de ses contemporains, il n’est pas ce salaud. Il l’a prouvé avec son Sarajevo-tango où il mélangea (selon moi) le pamphlet et la pochade. Exprimer son sentiment ces années-là sur ce sujet-là (la guerre en Bosnie) sous la forme d’une bande dessinée, était en soi un acte notable.

Sa seule collaboration avec Jean Van Hamme : Lune de Guerre (Aire Libre, Dupuis)

Grand Prix

Un conclusion ? (ouf !) Il y a donc eu 43 grand prix. On a vu cette année encore se déchaîner les passions dans l’épisode de la présélection, dans les reculades, les ruades et autres propositions du FIBD. On a pu rire et s’énerver. Hermann voyait son nom cité pour le Grand Prix depuis des années. Et lui, bourru de chez bourru, en a eu marre de jouer à Poulidor et avait fini par dire que ça ne l’intéressait pas, qu’il le refuserait ce Grand Prix le cas échéant. Ça n’a pas adouci son image de type renfrogné. L’an dernier, encore une fois dans les finalistes, il avait quand même modéré, tempéré, annonçant que OK d’accord, s’il gagnait le trophée, il se plierait aux conventions, mais c’est bien pour vous faire plaisir et aussi pour ses éditeurs. Son fils aussi, semble-t-il, lui a fait prendre conscience de l’importance de ce couronnement.

Traîner Hermann dans la boue, c’est un comble, lui qui la dessine si bien ( vous avez lu Comanche Le Désert sans lumière ?). Injuste de ne voir en lui qu’un dessinateur réaliste banal, conventionnel et sans ambition. C’est au contraire, un artiste au regard fin qui a mis en scène des vrais gens, des tronches, des gueules, des physiques de toutes sortes, des moches surtout, c’est vrai .

Misogyne ? Là encore : Comanche. Une femme patronne de ranch, loin des stéréotypes, des potiches sexy, c’est pas mal pour un misogyne. Greg avait dès le début des années 1970 réfléchi à tout ça. Hermann a mis en scène un monde viril mais il faut lire certains épisodes de la série Les Tours de Bois-Maury pour voir qu’on est loin des clichés machistes.

Il y a eu 43 raisons pour élire les 43 grands prix. Art Spiegelman n’a pas été élu pour les mêmes raisons que Jean-Claude Denis. Quand celui-ci a été sacré, on n’a pas vu des tombereaux d’insultes venir sanctionner ce qui est, rappelons-le, le résultat d’un vote . Hermann énerve, il agace, il clive, à quoi est-ce dû ? Mystère.

Le quatrième Belge, après Franquin, Jijé et Schuiten à coiffer la couronne ne le fait pas dans la sérénité complète, car il se met à dos une foule de personnes qui, tout simplement, ne l’ont jamais lu ! Mais comme il l’a dit fièrement, il sait aussi que de nombreux votes prouvent que beaucoup l’aiment passionnément et ce, depuis de longues années. Hermann est dans les grands admirés, les plus copiés, mais il est en même temps dans les grands rejetés. C’est comme ça.

À propos de grandeur, les Grands Prix d’Angoulême n’ont pas seulement cette vocation idéale de récompenser une personnalité qui aurait marqué de son empreinte le 9e art (peut-on décemment dire ça des 43 noms ?) , ils ont aussi une autre ambition, bien plus réaliste : fêter, le temps d’une année, un talent, qui est l’une des nombreuses facettes de cet art, de ce métier. Il y en a a priori autant que d’artistes, il faut s’en réjouir.

Hermann s’est représenté en sanglier. Ce n’est pas anodin. Outre le fait que cet animal se retrouve dans les forêts de ses Ardennes belges, l’étymologie du mot lui convient parfaitement et il le sait. Sanglier vient de singularis porcus, littéralement un cochon solitaire. Le mot sanglier a la même racine que singulier qui donne "single" en anglais. Il s’agit bien de sa personnalité, loin des foules et des festivités, Hermann va devoir se faire violence dans sa 78e année.
(c) Hermann. Dessin réalisé pour le Festival de Solliès-Ville.

(par Sergio SALMA)

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32 Messages :
  • - "Auto-conclusif ? Auto-conclusif ? Mon mais est-ce que j’ai une tête d’auto-conclusif ? ! ? ! "
     :-))

    Merci pour ces deux articles passionnants.

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  • Merci et bravo à Sergio Salma pour ces deux articles qui rendent justice au géant qu’est Hermann.

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  • Sur Wikipedia cet article porterait la mention "Non-Neutre".

    À noter que ses séries, Bernard Prince ou Comanche ont fait l’objet de tentatives de reprise. Sans grand succès, d’ailleurs.

    Le reprise de Bernard Prince par Dany est bien supérieure à celle de Hermann, Dany est un bien meilleur dessinateur (et pas que pour dessiner les femmes, choses que Hermann ne sait pas faire du tout).

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    • Répondu par Sergio Salma le 14 février 2016 à  00:13 :

      Un dessinateur n’est pas meilleur qu’un autre, c’est absurde de penser comme ça. Dany est un merveilleux dessinateur mais dans un autre registre ; Bernard Prince est une série qui a besoin de rudesse, de violence, d’une âpreté , un réalisme que Dany n’a pas vraiment dans le large spectre de ses possibilités. Ce n’est donc pas contre lui que je donnais mon point de vue mais sur l’adéquation dessinateur et univers. En 2010, Hermann a d’ailleurs tenté lui-même une reprise de Bernard Prince.

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      • Répondu le 14 février 2016 à  10:39 :

        "Un dessinateur n’est pas meilleur qu’un autre, c’est absurde de penser comme ça."

        Merci pour cette argumentation critique imparable.

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        • Répondu par xav kord le 14 février 2016 à  11:08 :

          Monsieur Salma ne peut pas répondre à ce type de phrase idiote (si vous préférez à absurde) sur un forum. Il faudrait reprendre à zéro avec vous toute l’histoire de l’art et vous amener à réfléchir à ce qu’est le dessin.

          Pour vous faire admettre qu’il est stupide de comparer un dessinateur (ou un peintre, un sculpteur, un chanteur, un danseur, etc.) à un autre, il faudrait surtout parvenir à briser toutes vos représentations, qu’en sus vous assimilez à des vérités incontournables : on part de très/trop loin avec quelqu’un qui est persuadé de pouvoir établir un Classement Mondial des Dessinateurs...

          Votre réponse sarcastique était donc largement de trop à l’endroit de quelqu’un qui s’est fendu d’un superbe article réussissant à aborder le statut complexe d’Hermann au sein de ses pairs sans jamais verser dans le texte polémique ou donneur de leçons. Merci, Monsieur Salma.

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          • Répondu le 14 février 2016 à  15:07 :

            D’une petite phrase qui s’amuse, vous tirez beaucoup de conclusions, non ?

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          • Répondu par F. Biancarelli le 15 février 2016 à  09:51 :

            Ingres à ses élèves : "... Connaître le cheminement de l’ art : Michel-Ange avant tout, puis Raphael qui doit toute sa grandeur à Michel-Ange..."... Quel con ce Ingres, Il faudrait reprendre à zéro avec lui toute l’histoire de l’art et l’ amener à réfléchir à ce qu’est le dessin.
            Pour lui faire admettre qu’il est stupide de comparer un dessinateur (ou un peintre, un sculpteur, un chanteur, un danseur, etc.) à un autre, il faudrait surtout parvenir à briser toutes ses représentations, qu’en sus il assimile à des vérités incontournables

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            • Répondu par cordebois le 15 février 2016 à  10:30 :

              Eh oui, Monsieur Biancarelli ! Et on peut trouver nombre de phrases similaires émises par l’un ou l’autre des faiseurs, Hermann en tête, d’ailleurs.

              Les faiseurs font des choix radicaux qui sont tout à fait légitimes, car -un, ils doivent tracer leur chemin et ne pas se perdre en route et -deux, on ne leur demande pas d’avoir une attitude de regardeurs...

              Vous remarquerez que les artistes font de piètres observateurs de leur art, et c’est heureux : quand on a le nez dans le guidon, il est contre-productif de se regarder pédaler.

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              • Répondu par F. Biancarelli le 15 février 2016 à  12:48 :

                Ce qui n’ a rien à voir avec le cheminement de l’ art et le fait de devoir à quelqu’un. Mais admettons que ça en est un... Voici la démonstration que nous avons faite vous et moi... Qu’il est des textes définitifs (ceux où l’on insulte l’autre) qui se trouvent très vite révéler toute leur médiocrité.

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                • Répondu par cordebois le 15 février 2016 à  15:25 :

                  Oh, je pense que vous exagérez : ni Dany ni Hermann n’ont été réellement insultés, la remarque était juste extrêmement réductrice quant à leurs talents respectifs...

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              • Répondu par Sergio Salma le 16 février 2016 à  00:55 :

                M. Cordebois, il semble que vous souffriez d’un grave problème en ce qui concerne la bande dessinée ; vous êtes dans le malentendu habituel. Le double malentendu( applicable aussi dans d’autres domaines artistiques).

                Le premier qui est de qualifier de faiseur selon des règles et postulats qui , vous ne le savez pas, changent constamment. On a considéré très longtemps Hitchcock , Ford ou Wilder comme de simples faiseurs parce qu’ils étaient sans trop de retenue dans le système des studios, des stars, de l’industrie. Alors que leur démarche à l’intérieur de cet espace n’était soumise qu’à de simples contraintes logistiques, au niveau artistique ils ont prouvé leur grande maîtrise .

                On peut schématiser en bande dessinée et considérer que l’âge d’or est aussi l’époque où la mainmise des "majors", des comités de surveillance, de la censure, des maisons "conservatrices" était la plus prégnante. Franquin ou Hergé ont été à leur manière des faiseurs, fournissant à la demande des éditeurs et un lectorat impatients. En quoi le fait "de tracer leur chemin" aurait un effet négatif ? Je ne comprends pas votre thèse.

                Le deuxième piège dans lequel vous tombez est la mauvaise approche de l’outil bande dessinée. Vous vous arrêtez au graphisme, au dessin. Sans comprendre ce qui fait la richesse d’un auteur comme Hermann ; il y a une idée par case dans le lien que celle-ci entretient avec la précédente et avec la suivante. Uderzo ou Eisner ont également été des éponges, la filiation purement graphique est anecdotique. Votre appellation faiseurs ou regardeurs est une absurdité puisque selon vous il faudrait donc partir ex nihilo pour mériter votre bienveillance.

                De très grands artistes sont de formidables théoriciens, vous devriez lire les entretiens avec Munoz par exemple, de nombreux cinéastes sont d’excellents observateurs, Scorsese regarde partout, dans le passé, autour de lui, les cinéastes peuvent être des cinéphiles comme ils peuvent être coupés du monde d’ailleurs ; cette relation à leur média en fait n’entre en rien dans la qualité de leur travail.

                Plusieurs cinéastes majeurs sont d’ailleurs issus de la critique ou ont littéralement été portés par leurs prédécesseurs.
                De grands écrivains peuvent être des lecteurs compulsifs , peu d’ailleurs ne l’ont pas été. Une partie du renouveau dans les années 90 est le fait d’auteurs qui ont littéralement étudié, parfois avec un regard incisif le monde de l’édition.

                En quoi serait-il contre-produtif de (se) regarder ? Cette observation de votre part ne tient absolument pas compte des deux moteurs de l’évolution, de la maturation de chacun des artistes càd son propre regard autocritique (très souvent sévère pouvant aller jusqu’au dégoût) et dans le même temps le besoin d’émulation permanent, l’envie de se confronter à ses contemporains.

                Bref, je crois que votre volonté d’en découdre fait apparaître une assez grande méprise ( pas loin du mépris d’ailleurs) de ce qui est la culture populaire , mélangeant allègrement selon votre subjectivité ce que vous pensez être la réalité des faits avec votre simple vision de lecteur lambda. Peut-être un peu plus de sollicitude envers ceux qui vous entourent serait-elle bienvenue.

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                • Répondu par cordebois le 16 février 2016 à  11:42 :

                  M. Salma, je pense que nous sommes partis sur un malentendu. A l’origine, je réagissais à la phrase lapidaire qui prétend que "Dany est bien meilleur dessinateur qu’Hermann", assertion que vous avez qualifié vous-même d’ "absurde".

                  En substance, j’avance l’idée que le dessin n’est pas un sport et qu’il est donc ridicule d’essayer d’établir un classement (à la compétence ? à la performance ?)... On me répond à travers un exemple : Ingres ne s’est pas gêné pour établir une hiérarchie.

                  C’est là où j’oppose le faiseur au regardeur ; j’ai utilisé ces termes pour ce qu’ils sont, au plus simple (simpliste ? il est assez compliqué de développer sur ce support) : le faiseur étant celui qui fait, sans vouloir entrer dans le débat artiste/artisan, le regardeur celui qui... regarde (les vocables de lecteur, spectateur, etc. me paraissant tous trop restrictifs). Dans mon esprit, rien de péjoratif dans ce terme de faiseur comme vous semblez le croire.

                  Pour en revenir au créateur, dénomination que j’aurais pu employer en première intention, mais qui me paraît pour le coup trop connoté (ah ! le sens que chacun attribue aux mots !), je soutiens la thèse qu’il n’est pas forcément le meilleur observateur de ses pairs, et je le maintiens.

                  Certes, vous m’opposez des exemples forts pertinents de critiques (donc regardeurs) devenus cinéastes (donc faiseurs :) ). Vous avancez aussi, et c’est imparable, que (quasiment) tout créateur se nourrit de l’histoire de son médium (à part peut-être ces artistes que l’on classe dans l’ "Art Brut"...).

                  En revanche, et c’est là où, peut-être, nous sommes en désaccord, je ne peux pas penser à un créateur comme à un expert dans l’histoire de son art. Au risque de me répéter, le créateur doit suivre son chemin (ici aussi, il semble que vous donniez à cette expression un sens qui m’échappe), tracer son sillon, faire ses choix. En d’autres termes, Monet a le droit de déclarer que Delacroix, c’est de la daube (pas de nouveau malentendu : à ma connaissance, il ne s’est jamais exprimé ainsi, mais à mon sens il en aurait eu le droit ; et d’ailleurs, dans une certaine mesure, il a fait bien pire en terme d’irrespect de la peinture dite "académique"...), et Dany est légitime à penser qu’il est bien meilleur qu’Hermann, et vice versa.

                  Pour nous tous, les autres, qui regardons tout cela, c’est beaucoup plus compliqué.

                  Pour tout vous dire, je suis parfois fatigué de tous ces commentateurs qui distribuent çà et là leurs bons points sur le thème du "bien" ou "mal" dessiné, je suis agacé par tous mes pairs qui confondent leurs propres appétences, leurs parcours personnels, leurs histoires, avec une échelle d’évaluation de la Belle Chose...

                  Cependant, n’y voyez aucun mépris de ma part ; parfois, c’est un jour où je prends le temps de défendre les faiseurs (et décidément, j’y tiens) des jugements à l’emporte-pièce de mes petits camarades...

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                  • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 16 février 2016 à  16:29 :

                    Comme il est écrit : "Paix aux hommes de bonne volonté" ;)

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                    • Répondu par Sergio Salma le 16 février 2016 à  19:52 :

                      C’est malin, je suis parti en vrille à cause du mot" faiseur" qui est quand même dans le langage des gens passionnés souvent utilisé péjorativement .Pour ma part, j’avais bien formulé " je place Hermann au-dessus " pour bien insister sur le fait qu’il s’agit là de mon goût personnel et sans imaginer une seconde une quelconque compétition on est bien d’accord sur ce point au moins.

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                      • Répondu par cordebois le 17 février 2016 à  00:52 :

                        Monsieur Salma,

                        Je pense même qu’on est d’accord sur bien plus que ce point...

                        Si vous voulez tout savoir, j’ai moi-même, dans une vie antérieure, eu une production graphique où je me revendiquais en tans que faiseur ; je n’ai jamais auparavant réalisé que ce terme pouvait avoir un sens péjoratif ; vous m’aurez au moins appris cela !

                        Par ailleurs, je/nous ne sommes pas si clair-s que cela : j’ai moi-même défendu la "supériorité d’Hermann face à Giraud", contredisant tout ce que j’ai pu énoncer ci-dessus... ^^

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        • Répondu par Sergio Salma le 14 février 2016 à  11:40 :

          Cher Personne, il suffit de lire les phrases suivantes pour la petite argumentation .Bien à vous.

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          • Répondu le 14 février 2016 à  15:03 :

            Les phrases suivantes suffisaient, non ?

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            • Répondu par Sergio Salma le 14 février 2016 à  18:12 :

              Je tenais à dénoncer l’incongruité . Et un autre commentaire vous met le nez dans le caca. C’est vrai, ce n’est pas très plaisant pour vous.

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    • Répondu par Norbert le 14 février 2016 à  00:34 :

      Vous plaisantez ?

      J’adore Dany et son "piège aux 100.000 dards était plutôt sympathique (il en reste un parfum de "Histoire sans héros", fabuleux), mais "Orage sur le cormoran" était une calamité (vous l’avez regardé ?), sans doute desservi par le scénario faiblard d’un Greg démobilisé.

      On est loin de l’excellent "Forteresse des brumes" par exemple...

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  • Moi c’est plutôt un ours que j’ai rencontré à deux reprises en séance de dédicace, mais sanglier lui convient bien aussi...

    Autant l’auteur me ravit (j’achète et lis toute sa production depuis ses débuts, y compris Jugurtha et Nic, j’ai été biberonné à Comanche et Bernard prince, puis Jeremiah et les divers "un-coup"...), autant l’homme est un peu abrupt pour qui n’a pas le même caractère de bûcheron...

    Mais ceci n’enlève rien à cela, et son Grand Prix est enfin le bienvenu ! Félicitations à lui !

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  • "Frustre"... Vous avez trouvé le mot juste qui exprime parfaitement ce qui m’a finalement toujours un peu posé problème avec Hermann, qui s’est toujours complu dans la représentation des bas instincts de l’humain.

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    • Répondu par Sergio Salma le 14 février 2016 à  00:08 :

      Il y a deux mots, fruste et rustre. Vous en inventez un troisième, pourquoi pas , c’est un néologisme qui fait mouche.

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      • Répondu le 14 février 2016 à  10:00 :

        Ah ah ah, une bête faute de frappe et me voilà inventeur de mots ! Mais c’est vrai que ce "frustre" illustre parfaitement ce qui me pose problème chez Hermann. un terrible manque d’humanisme qui transpire au travers de ses scénarios et de ses dessins. On trouve beaucoup plus de salauds que de belles âmes dans ses histoires. Quand à ses femmes, fort laides, elles sont bien trop souvent réduites au rôle de "proies sexuelles". Mais tous ceux qui ont un tant soit peu côtoyé Hermann le savent, c’est sa triste vision de l’humanité qu’il dessine, ce qui finalement fait de lui un vrai Auteur. Hermann mérite amplement son grand prix !

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        • Répondu le 14 février 2016 à  15:05 :

          C’est bien comme mot "frustre", surtout avec un accent Liégeois !

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  • Un grand merci pour ce tres interessant article sur M. Hermann. J`ai eu la grand chance de rencontrer cet extraordinaire artiste a des festivals BD en France et en Italie et par la suite de l`inviter - avec l`aide de Wallonie Bruxelles dirige a l`epoque par le tres dinamique Daniel Sotiaux - au Salon Roumain de la BD, en 2007, a Constanta, pour y presenter notamment la trilogie Transylvania, ecrite par Yves Huppen un an plus tot.
    J`ai passe des instants merveilleux en compagnie de ce titan de la BD et de Dany, un autre auteur dont j`adore l`oeuvre. Je les ai ecoute parler des heures de leurs univers, on a beaucoup rigole, nous sommes allez ensemble visiter le Musee d`Archeologie de la ville a minuit (!) - c`etait la Nuit des Musee - et ils ont dessine des tres belles dedicaces aux bedephiles roumains francophones presents sur le salon.
    Bref, un souvenir inoubliable, et depuis 1992 quand je suis venu la premiere fois en France, apres la chute du communisme, chaque annee quand je reviens en France ou en Belgique, j`achete au moins un nouveau album de Hermann.
    Encore un fois un grand merci a Sergio Salma, que je lis avec plaisir dans Spirou de temps en temps.
    Dodo Nita

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    • Répondu par Antonio Iriarte le 14 février 2016 à  14:41 :

      Merci, et bravo, M. Salma, pour ces deux excellents articles qui font vraiment le point sur ce qu’est le créateur Hermann. Je le suis depuis 1966 et "Tintin", ai lu et possède tous ses albums. À ma grande surprise, il a toujours eu autant de détracteurs féroces que d’admirateurs, et ce dès les premiers jours. Je me souviens d’avoir défendu son graphisme (avec mes moyens limités) en cour de récréation... way back when. Ce Grand Prix ne fait que lui rendre justice, bien que tardivement. Ses bouquins sont toujours aussi intéressants (même si son fils au scénario n’a presque jamais proposé des histoires à la hauteur du talent de son père).

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  • Merci monsieur Salma pour ces articles. Que cela déplaise, Hermann est un grand qui mérite amplement ces accolades.

    Une petite note du biologiste que je suis : le nom latin du sanglier est "sus scrofa". "Singularis porcus" est une invention de Goscinny dans Astérix... on voit bien l’influence qu’a Astérix au nombre de fois ou on cite sérieusement ce calembourg :-)

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    • Répondu par Sergio Salma le 14 février 2016 à  18:21 :

      Ah non, je ne crois pas que Goscinny, grand spécialiste des sangliers il est vrai, soit l’inventeur de la formule. Ce n’est pas du tout un calembour . Sus scrofa c’est Linné qui a défini cette appellation sans rapport avec le côté solitaire d’ailleurs.

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      • Répondu par Matthieu V le 14 février 2016 à  21:21 :

        Après recherche, effectivement, j’ai parle trop vite

        Merci, vous m’avez appris quelque chose :-)

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  • N’empêche, les couvertures des albums d’Hermann, elles sont franchement ringardes. Compos et typos épouvantables ! Quelles maquettes pourries qui ne mettent pas en valeur son splendide travail !

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    • Répondu par Don Geraldo le 14 février 2016 à  21:09 :

      Contrairement à vous je les trouve en parfaite adéquation avec le contenu, on n’est pas trompé sur la marchandise (contrairement à d’autres albums dont le dessinateur de couverture est différent).

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